Des mystères de la cuisine, des quantas et du chat de Schröninger enfin révélés !
Bonjour les zamis !
Alors aujourd'hui, comme je n'ai absolument rien d'intéressant à dire sur la culture marocaine, je vais vous parler de cuisine. Ou plus exactement, de moi en train de faire la cuisine sous le regard dubitatif d'Amina, ma bonne, qui a décidé il y a de cela assez longtemps que j'étais très gentille mais absolument infoutue de faire quoi que ce soit de mes dix doigts... De fait, cela m'arrange pas mal, dans la mesure où elle cuisine très bien et où cela m'évite de faire à manger quotidiennement, ce qui est plutôt pénible et ce, même si j'adore cuisiner de temps en temps.
Malgré tout, parfois me vient cette perverse envie de manger un plat qui m'étais habituel avant d'avoir tout ce confort. En règle général, rien de bien complexe, des pâtes, une salade, un gateau... Jusqu'à il y a environ une semaine, à chaque fois que je tentais d'indiquer à Amina mon intention de cuisiner quoi que ce soit, elle me regardait d'un air bizarre, me disait oui, oui, et se précipitait en cuisine pour le faire avant moi... Avec des résulats mitigés. Ben oui, quand on sait pas ce que c'est qu'un guacamole et qu'on vous le décrit plus ou moins comme une purée d'avocat, on réduit des avocats en purée. Ce qui a pour résultante, ben... des avocats écrasés, quoi. Bref, il a fallu que je ruse pour me réintroduire subrepticement dans la cuisine, qui n'est plus mienne depuis longtemps, en fait, depuis le premier jour où Amina y a mis les pieds, ce qui occasionne un certain nombre d'éléments étranges, voire quantiques dans son organisation, mais j'y reviendrais un peu plus bas. Or donc, subreptice (et malgré tout, repérée immédiatement par une Amina sur le qui-vive), je me glisse dans la cuisine avec la ferme intention de réaliser des spaguettis bolognaises. Rien de terrible donc, mais il a fallu que j'insiste longuement sur l'importance de ma détermination pour qu'Amina ne cuise pas les pâtes à 10h du matin histoire de me couper l'herbe sous le pied. Après donc avoir réaffirmé mon autorité patronesque, je parviens enfin à réaliser des nouilles, nouilles qu'Amina goûte du bout des lèvres, un sourire poli mais crispé aux lèvres, s'attendant certainement à ce qu'elles soient imangeables. Nonobstant, une fois la cérémonie de la première bouchée en apnée, et constatant que l'ensemble de son système digestif n'était pas absolument révolté par le traitement inhumain que je lui faisais subir, elle s'est resservie trois fois. Bon, en même temps, c'est pas non plus super compliqué à faire des pâtes, mais à la voir, on aurait vraiment dit que j'avais inventé un moyen de locomotion intergalactique.
De même, hier, pour le goûter, nous avons mangé un peu de brownie que j'avais fait quelques jours plus tôt (hors de ses heures de présence). Tout d'abord, elle le regarde, dubitative, en goûte une bouchée, me dit, c'est bien ça ! Se ressert, goûte avec un peu de crème fraîche au sucre, comme moi je le mange habituellement, hum, c'est très bon, ça !!! Se ressert, et finis par me dire, un peu verdâtre d'avoir mangé quand même un bon tiers de brownie en 5 minutes arrosé de quatre ou cinq louchées de crème, j'aime pas le chocolat, mais comme ça, c'est bon !!! (Ben oui, je comprend qu'elle aime pas le chocolat, quand elle fait un gateau au chocolat, elle met une cuillerée à café de chocolat en poudre... ça colore, mais c'est pas vraiment super goutû non plus.). Bref, elle me demande la recette, que je lui donne. Comme elle comprend pas tout mais souhaite malgré tout faire partager à ses enfants l'extraodinaire découverte des délices du chocolat, elle me demande si je peux en faire un devant elle et nous convenons que le lendemain, je réaliserais pour ses enfants et devant elle, un nouveau brownie. Aujourd'hui donc, une fois la recette réalisée, elle me dit, ayant enfin compris le secret de mon incroyable capacité à manier un fouet et un plat à gateau, "mais c'est facile comme recette !!!" Ben oui, c'est facile, jamais prétendu que c'était compliqué !!! Alors, elle a pris une drôle d'expression, à mi-chemin entre celle que devait avoir le Prophète la première fois qu'il a compris qu'il détenait la Vérité et la consternation : pauvre de moi, qui me vantait de savoir cuisiner, il s'agissait juste de réunir quelques oeufs, de la farine, du sucre, des noix, du beurre et du chocolat !!!! Comprenant à quel point elle avait été dupée dans son éphémère croyance en mes talents, elle n'a pas voulu goûter au crumble que j'avais fait hier soir, ragaillardie que j'étais par mon succès culinaire. Faut pas déconner non plus, y'a quand même toujours un risque. Et puis, je ne fais que des plats étrangers, pas de plats français, c'est bien la preuve que je ne sais pas cuisiner (bien sûr, diplomatiquement, elle ne me l'a pas dit comme ça, hein, elle sait combien il est important pour les enfants [et moi par extension] de se croire très forts). J'ai eu beau lui expliquer que les plats français comprenaient généralement ou du porc ou de l'alcool, voire les deux, ce qui rendait considérablement problématique leur réalisation à destination d'un public musulman, elle a hoché la tête d'un air entendu : le monde était revenu à sa vraie place.
Toujours est-il que j'ai tout de même réussi à négocier de pouvoir faire du lapin à la moutarde vendredi pour mes invités et pour midi, par la même occasion. Je lui ais donc donné pour instruction de m'acheter deux lapins. C'est alors qu'elle m'a dit : oui, bonne idée, comme ça, tu fais un lapin pour tes invités (sous-entendu : qui de toute façon n'auront pas d'autres choix que de le manger par politesse) et l'autre, je fais un tagine de lapin aux petits pois (elle adore les petits pois), ça c'est (vraiment) bon, tu verras ! J'ai renoncé à discuter plus avant le sujet pour l'instant... Mais je ferais mon lapin à la mourtade, na !!!
Ah ! Oui ! J'avais promis de vous expliquer le principe de l'organisation quantique de ma cuisine. Pour ceux qui ne sont pas familiers de la théorie des quantas, elle stipule que dans l'espace quantique, les choses peuvent être dans plusieurs endroits simultanément, émergeant et se déplaçant d'une manière complètement erratique dans toutes les directions à la fois. Et bien, c'est un peu ce que font mes ustensils de cuisine. Pour le déplacement, je sais pas, mais pour la l'émergence erratique et aléatoire, y'a de ça. Je m'explique : Amina trouve qu'avoir du paic citron sur son évier ainsi qu'une éponge, c'est pas propre (on aurait pu croire, pourtant...). Comme de toute façon elle a décidé que j'étais tout à fait incapable de découvrir les secrets d'utilisation desdits ustensils, elle les planque donc le soir venu puisqu'il ne serviront pas avant son retour le lendemain matin. De fait, il m'arrive relativement fréquemment d'avoir malgré tout besoin d'une éponge et de liquide vaisselle. Et là, commence la Quête. En toute logique, ils sont dans un placard... Oui, mais lequel ? Mystère... Elle en change quasi à chaque fois, impossible de trouver une logique dans l'affaire. Il m'est d'ailleurs régulièrement arrivé de les retrouver sur le balcon de ma cuisine qui sert de buanderie, en général planqué entre un déboucheur (un déboucheur ?!? Qu'est-ce qu'il fout là ?!?) et la lessive. Et s'il ne s'agissait que de ça !!! Elle a aussi pris l'habitude de mettre dans des endroits impossibles les éléments dont elle ne se sert pas. Le thé, par exemple, le VRAI thé, c'est le gunpowder dont on se sert pour le thé à la menthe. Tout le reste est fantaisie inutile qu'il faut bien souffrir de la part d'européens visiblement excentriques. Donc, l'earl grey et autres orange peco se retrouvent systématiquement sur l'étagère la plus élevée... D'un des placards, généralement le dernier dans lequel tu cherches et planqué derrière l'ensemble du contenu de ladite étagère. Que tu viennes à l'instant de le sortir dans l'espoir de te faire un thé à l'anglaise ne change rien à l'affaire : si tu tournes le dos, pfuit, c'est fini, y'a plus qu'à recommencer tes recherches archéologiques. Autre exemple, pendant des semaines, j'ai cherché à comprendre où mon hachoir, ma passoire et un certain nombre de couteaux avaient bien pu disparaître... J'ai fini par les retrouver par hasard SUR un des placards, à quelques centimètres du plafond !!!! Quand j'ai dit à Amina que je souhaitais les voir plutôt dans un tiroir, elle a dit d'accord, parce qu'on ne dit pas non à sa patronne, mais clairement, elle n'en voyait pas l'utilité...
Maintenant, imaginez-vous recevoir chez vous une copine qui adore le thé et avec qui vous êtes assez familière pour qu'elle se lève et décide de se le faire elle-même. Or donc, elle va dans la cuisine, finit par appeler, du cri rauque de l'animal en détresse, ses petites mains (elle fait 1,60m) tendue désespérément dans une vaine tentative d'atteindre l'étagère sur laquelle est planqué l'objet de son désir. Heureusement, JMA, intervient : c'est ça être un homme. Rassurée par la mâle présence qui garantie que désormais, tout va bien se passer et toute tremblante encore de s'être vue presque refusé l'accès à sa boisson favorite, ladite copine renverse un peu d'eau sur le plan de travail. Et alors là, catastrophe : où est cette @*%$¤£& d'éponge !!!! Après un quart d'heure de recherches qui finissent par localiser la bête derrière le butagaz, la susmentionnée copine revient me voir, effarée par la complexité absurde de la préparation de ce qui, jusqu'à présent, lui avait toujours semblé simple : Je peux savoir pourquoi tu joue à cache-cache avec tes éponges ?!? Ben moi aussi, j'aimerais bien savoir...
Mais j'ai une théorie là-dessus. JMA et moi soupçonnions déjà à voir le déplacement des gens et des choses dans la médina (ou des ustensils dans ma cuisine) que les marocains maîtrisaient bien le concept de quantas (déplacement erratique dans toutes les directions à la fois, sans savoir où les choses vont émerger de manière aléatoire, ergo, quelle sortie tu vas emprunter quand tu rentres dans la médina ? La seule différence notable est qu'a priori, tu ne ressors pas par deux endroits différents, mais ça reste à prouver...). Je suis désormais persuadée qu'Amina est en réalité une physicienne de très haut vol, bien plus forte que le marocain lambda. Non contente d'expérimenter la théorie des quantas dans ma cuisine, elle s'essaye également à celle du chat de Schrödinger. Avant d'ouvrir le placard (la boîte), l'éponge (le chat) est à la fois là et absente. Ce n'est que lorsque tu ouvres le placard et que donc tu observes et par là change la nature des choses que l'éponge s'y trouve ou non (et que le chat est mort ou vivant dans la théorie originale). C'est la seule explication rationnelle que je voie. Soumettez-la au Rasoir d'Occam (c'est ma journée théorie aujourd'hui, mais là, c'est une théorie philosophique qui stipule que l'explication la plus simple est nécessairement la bonne) et vous verrez que j'ai raison : rien ne saurait expliquer autrement l'organisation de ma cuisine.