De l'infinie capacité de renouvellement des aventures culinaires et domestiques...
Bonjour les zamis !
Quand j'ai eu fini, hier, de vous raconter mes démêlés culinaires et organisationels avec Amina, je me suis dit que j'en avais terminé sur ce sujet pour un bon bout de temps... Ben non en fait. Ma cuisine est définitvement le siège de nombreux phénomènes paranormaux dont je n'ai pas encore fait le tour.
Je m'explique : alors qu'Amina, enjouée et virvoltante comme à son habitude, me force à regarder à quel point ils sont beaux ses lapins, je vois, horrifiée, la joue de l'un d'entre eux se contracter et se détendre, se contracter et se détendre, rythmiquement, comme un petit coeur affolé qui battrait la cadence de la terreur. J'ai bien cru que j'allais faire une attaque. Comprenez-moi bien, savoir que la viande a été un jour un animal tout furry et kawaï (plein de fourrure et mignon dans l'acceptation rose bonbon du terme), c'est une chose. S'entendre raconter comment un quart d'heure avant, la bestiole aux grands yeux s'est fait sauvagement égorgée, vidée, dépecée et la voir bouger encore un peu, alors même que tu sais, que tu vois qu'elle n'a plus aucun organe interne, c'est franchement pas la même chose. A cet instant précis de terreur absolue (j'ai une peur panique des cadavres, à dire vrai, un lapin dépecé mais encore avec sa tête provoque déjà en moi un coup cardiaque horrible), deux souvenirs se sont bousculés et mélangés dans ma tête, provoquant un cataclysme à peine descriptible dans mon esprit déjà échauffé par d'abominables soubresauts d'angoisse métaphysique. Le premier se voulait rationnel et imposait à ma mémoire de me souvenir des expériences de savant fou que tout un chacun d'entre nous a vécu étant enfant dans les cours de biolo, à savoir, vous l'aurez évidemment compris, la cuisse de grenouille qui se contracte au rythme des décharges électriques qu'on lui impose. Le second, en revanche, me faisait visualiser une image d'un film de série Z entraperçu un jour sur Ciné FX : Les Rongeurs de l'Espace ou je ne sais plus très bien quoi. Un film très bien, dans le genre le Retour des Tomates Tueuses, si vous voyez ce que je veux dire. Dans ladite scène, donc, un lapin blanc aux yeux rouges d'une taille gigantesque se tenait devant une grotte dans laquelle une blondasse s'époumonait de terreur. Ce qu'il y avait de particulièrement marrant dans l'affaire, c'est qu'on voyait bien qu'il s'agissait d'un lapin modèle "expérimentation scientifique" standard se tenant tranquille devant une maquette et que lorsqu'on voyait la blondasse (en gros plan), on ne voyait effectivement pas le lapin... Lequel était filmé dans tous ses détails, histoire d'augmenter ton angoisse : un plan sur l'oeil rougeoyant, un plan sur les moustaches qui frémissent, un autre sur le museau qui renifle, etc.
Mélangez les deux, mettez-les dans ma cuisine et vous obtiendrez : un lapin géant mais dépecé dont la joue se contracte rythmiquement, pendant que je hurle, soudain devenue blonde et réduite à la taille normale d'un lapin, planquée dans un placard tandis qu'Amina explique comment on dépèce les lapins "comme les moutons, tu vois ? On les égorge et pis après on enlève la peau...." tout en donnant joyeusement des décharges électriques dans des cuisses de grenouilles pendues au plafond.
Heureusement, la vision d'horreur fut tellement insoutenable que je me mis à rire nerveusement d'abord, puis relativement hystériquement ensuite. Après quoi, nous avons pris le thé et mangé des beignets, ce qui a fait énormément pour dédramatiser la situation, vu que les beignets, c'est quand même relativement inertes, dans le genre.
Ceci dit, cela ne s'est pas arrêté là. Comme je m'étais remise un tant soit peu de mes émotions, je décidais placidement, de mettre du linge dans la machine à laver (souvenez-vous, c'est important, que la buanderie se trouve sur le balcon de ma cuisine) tandis qu'Amina lavait en chantonnant les bestioles, quand soudain, je fut presque victime d'une seconde crise cardiaque. En effet, alors que je m'apprêtais à partir de la buanderie, me retournant vers la porte, donc, que vois-je flotter juste devant mes yeux ?!? Les lapins !!!! Ben oui, après les avoir lavés, et avant de les ranger au frigo où ils attendront sagement d'avoir fini de ressembler à des cadavres et plus à de la viande pour que je puisse les cuisiner, elle a décidé de les faire s'égoutter... Sur ma corde à linge !!! Voyant mon horreur, elle m'expliqua tout à fait rationnellement qu'il fallait bien qu'ils s'égouttent mais que c'était pas grave, elle laverait la corde à linge plus tard...
Depuis, j'ai fait retraite dans ma chambre (et très exactement sous ma couette) et je sursaute à chaque fois qu'un chat entre dans la pièce. Et si c'était les lapins ?