Ite missa est

Publié le par Mel

Mon précédent post sur la laïcité a provoqué une réaction (une seule, malheureusement !) et j’ai vexé un ami, en tentant de recadrer les choses. Je te demande pardon, Hervé, ce n’était pas mon intention. Mais nous sommes désormais tellement loin du « attendre et voir » ! Nous n’avons pas su voir quand il le fallait et nous avons trop attendus.
 
Une question a hanté la France durant la deuxième moitié du XXe siècle et c’était : et nous, qu’aurions-nous fait si nous avions été confronté au nazisme ? Aurions-nous collaboré ? Aurions-nous fermé les yeux ? Aurions-nous su être résistants ?
 
Il m’apparaît que nous aurons bientôt à nous la poser au présent, cette question. Oui, je sais, mon ton est trop dramatique, sans doute, je dois exagérer. Pourtant… Une chose est particulièrement frappante si l’on considère l’histoire du national-socialisme allemand et de son leader tellement charismatique, Hitler. Son projet démentiel était écrit noir sur blanc bien avant son accession au pouvoir par des voies légitimes. Mein Kampf, ce livre qui décrivait jusqu’à la nécessité de la « solution finale », la pire abomination que l’humanité ait su créer, il était là, à disposition de tous et chacun. Pourtant, bien des gens ont déclaré ignorer ses intentions. Et je crois bien maintenant, alors même que j’étais très longtemps incrédule à ce propos, qu’ils étaient sincères. Ils ne s’étaient même pas consciemment mentis à eux-mêmes, non, ils ont simplement ignorés ce qui ne les arrangeait pas de voir et qu’on ne leur mettait pas d’une manière trop flagrante sous le nez. Etaient-ils des monstres, ces allemands ravis du redressement économique de leur pays ? Etaient-ils atroces ces gens qui, se disant qu’ils ne pouvaient rien faire, n’ont pas levé le petit doigt pour protéger les juifs, qu’ils n’aimaient à dire vrai pas tant que ça ? Non, ils se foutaient de la « grande politique ». Ce qu’ils voulaient, c’était que les choses changent. Une rupture, voyez-vous. Le redressement de leur pays, le droit d’exprimer de la fierté nationale, un leader qui comprendrait le peuple, qui n’aurait pas peur de bousculer la tradition, qui serait « comme eux, quoi ».
 
Le fondement du fascisme (quelle que soit sa forme et le nazisme n’en a été qu’un seul des très nombreux exemples parsemant le XXe siècle) tient à deux éléments : le populisme et une conviction forte que l’on peut porter en avant comme un étendard et contre laquelle on ne peut pas aller. Pourquoi ? Parce que le fascisme sait jouer sur les mots. Cela s’appelle la dialectique. Transformer le sens des mots. Par exemple, à ceux qui nous reprochent de ne pas respecter le devoir de réserve imposé par la loi de 1905 sur la laïcité, demander si les religieux sont des citoyens de seconde zone. Si un président est condamné à ne parler que de sécurité routière. Ou alors, dire que la vision positive que nous avons de cette fameuse loi de 1905 est une reconstruction historique à posteriori, qu’elle a provoqué beaucoup de souffrances chez les catholiques, cette loi. Proposer à l’inverse une « laïcité positive » contraire à cette « conception étroite de la laïcité » dont souffre la république actuelle.
 
Face à cette dialectique, il ne s’agit plus d’interpréter les propos, mais de les analyser. Mais pour cela, encore bien entendu, faut-il les lire. On a l’embarras du choix.
 
Il y a le discours de Latran, qui exprime l’admiration du président pour Msg. Lustiger, un grand homme du « catholicisme d’ouverture » s’il en fut, celui-là. (EDIT : pour rappel, Msg Lustiger s'opposa à la réforme Vatican II, dont l'apport principal est l'oeucuménisme. Il fut excomunié par Jean-Paul II mais réhabilité par Benoît XVI, une des premières mesures du nouveau pontife, ce qui en dit long sur la nouvelle politique vaticane.) Il y a aussi le discours de Ryad et celui du Crif, où il précise sa pensée : foin de la laïcité française, vive le respect témoigné publiquement aux bienfaits religieux. Il y a le rapport Machelon, qui explique à quel point il serait bon que l'état puisse financer et dédouaner d'impôts des associations religieuses, prévoir des espaces de culte dans les plans d'urbanisme, financer la construction des lieux de culte, etc. Il y la le discours de Benoît XVI en Italie, qui lui aussi, parle de cette fameuse "laïcité positive". Il y a le concile espagnole qui appelle au "vote utile et chrétien" pour les conservateurs contre les socialistes qui veulent promouvoir des lois "perverses et contre le droit sacré de la famille" comme l'union civile entre homosexuels.
 
Mais contentons-nous de regarder en France : déjà, avant même son élection, notre président avait publié un livre très explicite : La République, les religions, l'espérance. C’est là la meilleure part de l’affaire : penser que notre président, comme d’autres avant lui, expose clairement ses vues sans que personne ne les lise qui ne soit déjà convaincus de leur justesse, ce qui fait que tout le monde s’en fout.
 
Je pense à un ami en ce moment même. Un ami qui lui, contrairement à beaucoup d’entre vous qui ne voient pas venir tout cela et pensent que j’exagère, s’intéresse de près à la politique. Un ami enthousiaste pour notre président, ou qui en tout cas l’était il n’y a pas si longtemps. Un ami engagé. Un ami pourtant anticlérical au possible. Un ami qui croit vraiment aux valeurs de la République et qui a contribué activement à mettre au pouvoir cet homme dont les convictions profondes étaient dès la base posées : nous allons au-delà d’un conflit avec l’Islam et pour le gagner, il nous faut nous redéfinir en tant que chrétien. Oui, parce qu’au fond, c’est cela qu’il dit, si on lit bien entre les lignes. Et cet ami, je crois bien qu’aujourd’hui, lui qui ne peut pas ne pas lire, lui qui ne peut pas faire autrement que de comprendre ce vers quoi on va, il doit se mordre les doigts ou alors devoir se mentir très fort à lui-même, parce que sa situation est difficile. Il fait partie d’une association que l’église catholique a longtemps et continûment poursuivie de ses foudres. Il sait bien ce que voudrait dire à terme une république dirigée par le clergé. Mêmes sous couverts de laïcité positive.
 
Qui pourrait s’élever contre la religiosité de notre président, puisqu’il fait preuve de tolérance et de respect vis-à-vis des autres religions, hein ? Qui ? Comme puis-je oser dire qu’il s’apprête à appuyer un conflit entre occident et Islam alors qu’il est partisan d’une Union Méditerranéenne à égalité avec les pays du Maghreb ? Quoi, parce qu’il a dit que la Méditerranée était l’endroit de tous les enjeux et de tous les risques, tels que le « risque de guerre des civilisations sur fond de différences religieuses. » ? Mais n’est-ce pas vrai ? Ah, non, tiens, c’est vrai, ce n’est pas tout à fait vrai : nous n’avons pas nécessairement de différence religieuse avec les musulmans. Pas mal de français sont musulmans. C’est la deuxième religion du pays. Et puis de toute façon, la France ne se définie pas en fonction d’une religion, normalement. Ce qui fait qu’on ne devrait peut-être pas poser les choses ainsi. A moins que… Si ? Selon notre président, la France est culturellement chrétienne et renier cela serait renier son histoire, voyez vous. Selon lui, la France, depuis Clovis, est fille aînée de l’église. Et il est temps de renouer d’une manière positive les liens qui nous unissent au Saint-Siège.
 
Vous sentez-vous prêts à cela ? Moi, non. Mais peut-être que c’est justement parce que je suis catholique que je sais reconnaître la fin de l’office : Ite Missa Est. La messe est dites, et la loi de 1905 est baisée jusqu’au trognon.
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Publié dans Réflexions en vrac

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A
 Je suis d'accord avec l'analyse d'Hugo, à savoir « Je pense qu'il veut régenter toutes les croyances pour avoir encore plus d'emprise sur les gens ». Le moyen-âge était une époque bien pratique pour nos dirigeants où la religion indiquait qu'il était normal d'être à sa place aussi basse soit-elle et où la seule loi était celle du roi, « je vous embastille car tel est mon bon plaisir ». Je pense que Mr Sarkozy veut rétablir « le sabre et le goupillon », c'est à dire avoir tout le pouvoir entre ses seules mains.\rIl a déjà bien aiguisée le sabre puisqu'il peut maintenant enfermer ad vitam aeternam toute personne ayant déjà eut une condamnation de 15 ans ou plus, quel que soit le délit ; il peut aussi enfermer toute personne pour une durée de 2 ans pour récidive, pour un motif aussi bénin qu'un vol de parapluie ; on est aussi fiché via ADN maintenant pour le moindre délit (0,5g d'alcool dans le sang par exemple) et il aura, bientôt, l'ensemble de nos connections internet durant un an au lieu d'un mois aujourd'hui (les fournisseurs d'accès disent que cela va coûter très cher mais pourront-ils résister longtemps ?) mais comme on est déjà fliquer dans tous nos déplacement avec le pass navigo, la carte bancaire et des milliers de caméras...\rSarkozy peut donc mettre en prison n'importe qui pour une durée longue sans motif valable.\r\rReste maintenant à convaincre les gens que cette situation est « normale » et bien que tous les médias s'y attachent avec un certain succès depuis dix ans, il leur manque encore une caution « morale » qui permette de dire que non seulement c'est normal mais qu'en plus c'est juste puisque c'est dans souhaitable, divinement souhaitable. Et quel meilleur vecteur pour ce message que la religion ? Comme il serait facile pour lui, d'avoir un conseil religieux à qui il pourrait dicter ce qu'il faut dire au peuple le week-end prochain dans tous les temples / églises / mosquées de France.\r\rSarkozy est déjà monarque mais avouez que « monarque de droit divin », c'est quand même mieux non ?\rDe ce point de vue, la remise en cause de la laïcité est extrêmement dangereuse, elle n'est que la suite logique d'une politique qui veut tout contrôler : informations / justice / vie privée / économie.
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D
Coucou !Melanie, c'est toujours un plaisir de te lire, un petit péché mignon. Mais alors là, même si je pense être d'accord avec toi, j'avoue ne pas avoir tout compris dans ton article^^. Ne t'offusque pas, j'essaierai de le relire un jour ou j'ai les idées plus claires...BisesDidier
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H
Lors de la campagne présidentielle, chaque fois que quelqu'un s'enflammait pour Sarkozy, je lui demandais: " Ahhh tu es pour que l'on revienne sur la séparation de l'Eglise et du pouvoir? Vous avez lu son livre sur la place de la religion?". Et là les gens occultaient systématiquement la question et partaient dans une longue diatribe contre les autres candidats trop peu charismatiques pour diriger le pays. Et Nicolas lui il sait ce qu'il veut.... Donc c'est facile de dire qu'on savait pas. Les gens ne voulait pas savoir. Tous coupables.<br /> Par contre je ne pense pas que Sarkozy fasse tout ça par idéalisme chrétien. Je pense qu'il veut régenter toutes les croyances pour avoir encore plus d'emprise sur les gens.<br /> En tous cas content de voir que tu reprends parfois le plumme sur ces pages.
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