de la condition des femmes au Maroc
Bonjour à tous !
Alors, chose promise, chose due, voici donc un ch'tit post sur la condition des femmes au Maroc.
Mais avant tout, vous remarquerez que j'ai réorganisé les catégories de manière à ce que les choses soient plus claires et simples pour tout le monde. Comme ça, les lecteurs extérieurs auront plus facilement accès à ce qui les intéressent en premier lieu et quand je fais un billet d'humeur, il sera clairement affiché comme tel et non comme une info pertinente ;-)
Bon, ceci acté, nous parlions donc de la condition des femmes et, dans le post précédent, des relations hommes-femmes. Evidemment, les deux sont en partie liés. Mais regardons d'abord purement la condition "légale" des femmes.
Dans la constitution marocaine, clairement inspirée de la constitution de la Ve république, il est énoncé que les hommes et les femmes sont égaux en droits. En gros, cela veut dire qu'elles ont le droit de voter.
En revanche, dans le code civil, rubrique droit des famille, voilà ce qu'on trouvait il n'y a pas si longtemps (la réforme vient à peine de se faire il y a moins d'un an) :
- l'épouse doit obéissance à son mari
- un homme peut avoir 4 femmes
- une femme ne peut pas se marier sans le consentement d'un tuteur
- le mari a le droit de répudier sa femme quand il le veut, mais la femme ne peut demander le divorce que s'il est prouvé qu'elle a subit un préjudice, et parmis les préjudices sont retenus : le défaut d'entretien, l'abandon du domicile conjugal, rien de plus.
- le mari a le droit "dans une mesure raisonnable" de punir sa femme désobéissante (en gros, les femmes battues n'ont que ce qu'elles méritent.)
- un enfant né hors mariage ne saurait être reconnu et la responsabilité du père, même s'il est notoirement connu, ne saurait être engagé, sauf dans le cas de fiançailles officielles.
- En revanche, l'autorité parentale d'un enfant légitime n'appartient qu'à l'homme.
- les biens du couple appartiennent au mari qui en dispose comme bon lui semble, etc.
Depuis la réforme, la situation est vaguement améliorée :
- la polygamie est toujours autorisée, mais la femme peut demander lors de son mariage à signer un contrat qui interdit la polygamie à son mari. Si elle ne le fait pas, tant pis pour sa pomme, évidemment. Si l'homme souhaite malgré tout avoir une seconde épouse, avec un tel contrat, le divorce est accordé automatiquement. Pour avoir le droit d'épouser une seconde femme, il faut que la première femme soit mise au courrant, ainsi que la seconde et qu'un juge se prononce en faveur du second mariage.
- la clause d'obéissance est retirée
- la femme n'a pas besoin d'un tuteur légal pour se marier
- l'âge légal du mariage pour les hommes et les femmes est harmonisé (18 ans, au lieu de 15 pour les femmes avant)
- la répudiation doit faire l'objet d'un jugement. Par ailleurs, le divorce est plus facile à obtenir pour les femmes même sans apporter la preuve d'un préjudice.
- l'autorité parentale est conjointe
- un enfant né hors mariage PEUT être reconnu. Dans ce cas, il a tous les droits d'un enfant légitime et le père est tenu de partiociper à son éducation, y compris au niveau pécuniaire. Malgré tout, aucune obligation n'est faite au père notoirement connu qui ne souhaiterais pas reconnaître un enfant illégitime.
- le contrat de mariage prénuptial peut déterminer ce qu'il en sera de la gestion des biens du couple.
C'est, certes, une très nette amélioration par rapport à avant et il semble que beaucoup d'états arabes envient le libéralisme marocain (dixit l'article très intéressant que Nabghik y a consacré sur son blog : http://nabghik.over-blog.com/). Malgré tout, quelques remarques en vrac :
- certes, les femmes n'ont plus besoin d'un tuteur pour se marier. En revanche, si elles veulent épouser un étranger, il faut l'accord d'un juge. Pour les hommes épousant une étrangère, ce n'est pas nécessaire.
- la répudiation doit être validée par un juge, d'accord, mais être répudiée, ce n'est pas tout à fait la même chose que divorcer... On est encore loin de l'égalité, là encore.
- d'accord, une femme peut demander un contrat prénuptial, déterminant ce qu'il en est des biens du couple et interdisant la polygamie à son mari. Mais qui le fera ? " Allons, ma gazelle, tu ne me fais pas confiance ? Pourquoi tu es comme ça, dis ? Tu sais bien que je ne te ferais jamais de mal..." La peur de ne pas trouver d'époux fera, j'en suis sûre, que bien souvent, ces nouvelles clauses ne seront tout simplement pas utilisées...
- d'ailleurs, en règle générale, est-ce que le nouveau code va vraiment changer la donne ? Les mentalités sont difficiles à changer, elles. Et à part les cas les plus extrêmes (femme battue qui voit sa vie mise en danger par son mari et qui maintenant a un recours), au quotidien, je ne crois pas qu'une femme se mariera si courrament sans l'accord de ses parents, qu'un mari accepte que sa femme lui désobéisse, etc.
Voyons donc l'état d'esprit actuel concernant tout ça, du côté des femmes comme du côté des hommes.
Clairement, les femmes aspirent à plus d'égalité dans leurs rapports avec les hommes. La plupart d'entre elles travaillent et doivent malgré tout assumer l'intégralité des tâches ménagères et ce, sans se plaindre, bien entendu. Un exemple tout bête : Amina, ma bonne, est mariée à un marin à la retraite (les militaires sont, ici comme ailleurs, à la retraite jeunes). Il ne travaille plus, donc et touche une retraite de 1000dhs par mois, dont il donne la moitié à sa soeur pas mariée (qui donc, traditionellement, est à la charge de ses frères à la mort du père et reçoit de l'argent de chacun de ses frères). Sur les 500dhs restants, il garde 300dhs pour ses cigarettes et les pots avec les copains. Reste 200dhs qu'il donne effectivement à Amina pour tenir sa maison. On comprend donc pourquoi elle a besoin de travailler, la pauvre (vous remarquerez que sa belle-soeur, elle, n'en fout pas une rame, une soeur est plus importante qu'une femme, c'est très clair).
Amina travaille donc 5 jours par semaine pour moi et fait le ménage et la nourriture, le tout de 10 heures le matin jusqu'à 18 heures le soir, plus les courses qu'elle fait le matin ou le soir, en dehors de ses heures de présence chez moi. On peut donc dire qu'elle travaille beaucoup. Le matin, elle se lève à l'aurore pour faire le ménage chez elle et préparer la nourriture pour sa famille et le soir en rentrant, rebelotte, ménage, nourriture, débarrassage, etc. Après, elle se couche épuisée, on la comprend, on le serait à moins que cela. Mais comme son mari, lui, ne travaille plus, il se couche tard et très régulièrement, vers minuit, une heure du mat', il la réveille pour qu'elle lui fasse un thé ou quelque chose à grignotter !!!! Est-il vicéralement incapable de se faire un thé tout seul ? Non, c'est juste qu'il s'agit là de son devoir d'épouse, déjà bien qu'il l'autorise à déserter le domicile conjugal dans la journée pour aller travailler ailleurs. Elle doit s'occuper de lui, point à la ligne. Vous remarquerez comment l'obligation de travailler pour subvenir aux besoins de la famille s'est insidueusement transformée dans le discours du mari en abandon de ses devoirs ? Elle veut travailler ? D'accord, mais qu'elle assume ! Pourtant, c'est pas comme si elle avait vraiment le choix...
Malgré cet état de fait, Amina considère que son mari est gentil. Il n'a pas d'autres femmes et ne la bat pas, il ne lui fait pas d'histoire, sauf pour ce qui est de sa soeur, à qui il accorde tout, y compris les affaires de sa femme. Exemple : la soeur d'Amina vit en France et quand elle revient, évidemment, elle fait des cadeaux à sa famille, dont une télé à Amina. Mais la télé de sa belle-soeur est tombée en panne. Le jour même, le mari d'Amina a donné à sa soeur la télé d'Amina... Le WE, Amina fait une grande partie de sa lessive... A la main, parce que son mari a bien acheté une machine à laver, mais pour sa soeur. Bien entendu, Amina pourrait faire la lessive chez sa belle-soeur, comme le lui a suggéré son mari. Mais alors, qu'elle fasse aussi celle de sa belle-soeur, après tout, puisqu'il y a une machine, cela ne lui coûte pas grand-chose, non ? Et des exemples comme ça, il y en a des tonnes. Et pourtant, c'est un "bon mari"...
Du coup, les jeunes femmes modernes aspirent soit à des rapports à l'européenne, c'est à dire où chacun fait sa part, soit à trouver un mari qui soit suffisament riche pour qu'au moins, elles n'aient pas à travailler à l'extérieur. Seulement voilà : les hommes se refusent même à envisager des rapports égalitaires et très peu d'entre eux ont les moyens de subvenir aux besoins d'une famille tout seuls.
Quand aux relations hors mariage, là encore, elles ont pour beaucoup de marocaines, tout d'un piège, purement et simplement. Il est admis maintenant que les femmes puissent connaître l'amour physique avant le mariage. Donc, en clair, il FAUT qu'elle couche avec un garçon dès lors que celui-ci le veut et qu'il se déclare sérieux, sinon quoi ? Elle ne lui fait pas confiance ? Elle ne l'aime pas, peut-être ? Pour plaire et donc se marier, beaucoup acceptent (et même si elles en ressentent du plaisir, n'oubliez pas que le but du jeu reste avant tout le mariage, seul moyen d'avoir une relation sérieuse. Coucher avec un garçon, c'est donc un enjeu et un risque plutôt qu'une bonne vieille partie de jambe en l'air qui fait du bien par où ça passe). Mais bien souvent, le garçon, une fois obtenu ce qu'il veut, passe à la suivante et lui tient le même discours : "mère de mes enfants... blabla... couche avec moi pour prouver que tu m'aimes, blabla..." Arrivés à 35 ans, quand ils se disent que se caser ne serait pas mal, vers qui se tournent ces Casanova ? Vers maman, pour qu'elle leur trouve une gentille fille d'une vingtaine d'années, bien sous tous rapports et docile. L'amour ? Mouais, surévalué, tout ça... Bref, il y a les femmes qu'on baise et les femmes qu'on épouse et celles qu'on épouse, on le fait encore bien souvent par l'intermédiaire de la famille. Mais si tu es une femme qui ne veut pas d'un mariage arrangé, comment tu fais ?
Certaines ont trouvé la parade : elles portent le hijab, le foulard. C'est un moyen très clair de dire : "attention, je suis une bonne musulmane, donc une femme respectable, donc si tu veux juste coucher avec moi, passe ton chemin." D'accord, de cette manière, certaines trouvent un mari, mais à quelles conditions ? Elles sont bonnes musulmanes, n'est-ce pas ? Une bonne musulmane obéit à son mari, accepte qu'il ait plusieurs femmes, s'occupe de sa maison et ferme sa gueule, voilà.
Comme vous le voyez, avant de pouvoir arriver à l'égalité prétendue dans la constitution, il va falloir faire beaucoup de chemin...