des départs et des débuts
Bonjour les zamis !
Ce matin (enfin cette nuit, à 5 heures du matin), maman est repartie en France. Bien que j'ai été ravie de la voir, et en particulier qu'elle passe dans les meilleures conditions possibles le début de sa convalescence (une nourriture saine 3 fois par jour, aucune tâche pénible à effectuer, un climat propice à un meilleur moral et une meilleure forme), je suis également heureuse qu'elle soit partie.
En effet, elle est arrivée immédiatement après la fin du plus gros de mon installation. A peine avais-je trouvé Amina, ma bonne, et reçut mes meubles, qu'il m'a fallu recevoir maman et faire tout momn possible pour qu'elle se sente bien. Du coup, c'est comme si ma propre installation dans mes petites habitudes et autres conforts minimes du fait d'être chez soi en avait été retardé d'autant, puisque les habitudes prises avec elle ne seront nécessairement pas les miennes seule (enfin, avec JMA, mais ce que je veux dire c'est sans élément extérieur à mon couple).
Je commence donc à envisager sérieusement ma vie ici sous un jour qui ne soit que le mien et à le planifier :
- 10 heures : arrivée d'Amina, thé et relecture du boulot de la veille.
- matinée : travail d'écriture
-midi : repas avec Amina, qui marque la fin de la période d"écriture obligatoire
- après-midi : travail de recherche, courses, et toute autre chose que j'aurais à faire (voir des gens, aménager telle ou telle chose, etc.)
- 18 heures : départ d'Amina, thé et repos.
De cette manière, j'espère me créer un rythme qui m'oblige à écrire plus sérieusement et plus régulièrement. Il importe peu au final que ce que j'écrive le matin soit intéressant ou bon. Si et quand je tiendrais le bon bout pour quelque chose, je suppose que, comme cela m'étais accoutumé, je travaillerais matin, midi et soir. Mais il importe de s'imposer cette régularité minimum du travail matinal de manière à ne pas dépendre de mon moral, de mon 'inspiration' (l'autre terme pour désigner la flemme qui s'empare de toi dans les intervalles de créativité), ou de mon envie.
De la même manière que, lorsque j'étais journaliste, j'étais fière et contente d'un article sur trois seulement que j'écrivais, non que les autres soient mauvais, mais qu'ils ne représentaient pas ce que je pouvais faire de mieux, je suppose qu'il en sera de même de mon travail d'écriture. Mais en journalisme, j'avais atteint ce point où, même si ce n'était pas excellent, c'était acceptable. Et pour en arriver là, il m'avait fallu travailler. Je veux en arriver au même point en écriture et cela demande que je m'y attelle que j'en ai envie ou non, à heure fixe.
Du coup, je remets mon rythme entre les mains d'Amina, qui devient un arbitre externe. Quand elle arrive, je commence, quand elle m'appelle pour le déjeuner, je finis. De cette manière, pas d'échappatoire du genre "encore 5 minutes" ou "j'aurais bien le temps plus tard" ou " j'ai d'autres choses à faire".
Seule exception à cette règle : le petit-déjeuner de Casa Accueil une fois par mois, qui réunit l'ensemble des adhérentes pour se retrouver, rencontrer les nouvelles et échanger autour d'un thème.
Si vous venez me rendre visite, ce rythme même, je refuse de le changer. Je serais ravie d'être disponible pour vous dans l'après-midi et le soir, mais le matin, il faudra que vous considériez que je ne suis pas là, jusqu'au déjeuner. Comme si j'étais au bureau, quoi.
C'est sans doute ce qu'il y a de plus proche d'une résolution de nouvelle année que je puisse faire, mais pour moi, c'est une résolution de nouvelle vie, en fait. Espérons que je m'y tienne !
Sinon, à part cela, JMA m'a fait remarqué que mes réflexions sur la vie à Casa et son coût étaient exagérées. C'est assez vrai : il ne faut pas 25 000 à 30 000 dhs pour vivre bien à Casa, quand on est un couple sans enfants. C'est juste qu'avec cette somme, qui n'est pas si énorme, on vit royalement. Or il est vrai que, dans mon esprit, vivre royalement est justement l'un des avantages de vivre au Maroc. Cette vie-là, nul hormis les très très riches ne peuvent en bénéficier en France. Et ici, c'est finalement assez simple. Il suffit de relativement peu d'argent. 25 000 dhs, cela fait à peine 2083€.
En France, pour cette somme, on vit correctement en province, avec les plus grandes difficultés à Paris (ou plutôt en banlieue, soyons honnêtes si l'on ne veut pas habiter un studio), bref, ce n'est pas le Pérou. Ici, c'est le confort inimaginable d'une bonne, d'un appartement de très grand confort, bref, c'est la vie rêvée.
Mais si personellement, et dans la mesure où je n'en suis toujours pas revenue de cette chance extraordinaire, j'insiste beaucoup sur ce point, pour être honnête, le Maroc, c'est aussi :
- se nourrir beaucoup, beaucoup mieux
- travailler sur un rythme très différent : ici, les gens commencent tôt, vers 8h30, mais ils prennent 2 heures pour déjeuner, longue pause durant laquelle ils reviennent chez eux, et le soir, à 18, 19 heures max, ils sont rentrés à la maison. C'est donc un rythme extrêment différent du stress et du surmenage à la française. C'est probablement plus efficace aussi : les marocains travaillent beaucoup, mais ne se stressent pas comme les français. Les choses se feront, comme et quand elles doivent se faire. Si on leur demande de faire plus que leur maximum dans le cadre de leur travail, c'est que cette demande est déraisonnable, pas qu'eux ne sont pas assez performants.
- un climat extraordinaire : le soleil 300 jours par an, plus de 20° cinq à six mois par an, mais rarement plus de 30°, bref, c'est le pied. En revanche, le climat de Casa étant très humide, vous aurez toujours un peu le nez qui goutte, comme l'hiver, il ne fait jamais ni vraiment chaud, ni vraiment froid, vous ne saurez pas toujours comment vous habiller et vous retrouverez régulièrement ou trop ou pas assez couverts. Ceci acté, c'est quand même fabuleux et personellement, à part une gastro, je n'ai pas eu l'habituel cortège de rhumes et de crèves qui empoisonne mes hivers. Et comme je suis très, très fragile, c'est vous dire à quel point un tel climat est bénéfique.
- une vie plus "humaine", moins morose, plus chaotique mais aussi plus naturelle dans sa conception même : l'espoir d'une vie meilleure pour ses enfants est un moteur réel pour les gens ici. Les études sont une voie vers l'amélioration, SM le roi est perçu comme progressiste et préoccupé du bien-être de son peuple, le droit des femmes est en train de changer et d'améliorer la condition féminine, bref, les choses avancent. C'est très agréable de vivre dans une telle ambiance. Certes, les choses sont moins uniformes ici qu'en France, certes, la pauvreté est criante et les différences de niveau de vie sont hallucinantes, mais les choses vont de l'avant. Si certaines choses qui nous apparaissent être des droits fondamentaux ne sont pas en vigueur ici (le fait de pouvoir vivre en couple sans être marié, l'homosexualité, l'avortement, etc.), l'ambiance est à les permettre, c'est un progrès en cours. tandis qu'en France, j'ai le sentiment qu'à l'inverse, on remet en cause les choses : les pro-life gagnent chaque jour du terrain, les acquis sociaux sont remis en question, mais la solidarité, elle, n'est pas là. Cet élan vers l'avenir, c'est à mon sens un des atouts les plus flagrants du Maroc et de la vie ici.
Bref, il n'y a pas que l'argent qui compte, bien sûr, mais vous vous en seriez douté, je pense. Nul besoin de vivre au niveau de ce que je décris pour ressentir les effets bénéfiques du Maroc. Mais si en plus, vous avez les moyens de ce confort, alors c'est le paradis. Ceci dit, essentiellement, c'est une vie absolument différente de celle que vous connaissez en France. Au départ, on pense que vivre là ou ailleurs ne change pas grand chose et après tout, au Maroc, presque tout le monde parle le français, donc les contraintes d'adaptation sont moindres par rapport à un autre pays. Mais il ne s'agit pas de cela : vivre dans un autre pays, c'est vivre dans un autre état d'esprit. Même s'il est possible de manger, de s'habiller exactement de la même manière qu'en France, de se faire coiffer chez Dessange, épiler chez Yves Rocher, etc., cela n'est toujours pas pareil. D'ailleurs, généralement (et heureusement), singer les habitudes que l'on avait en France, on ne le fait pas plus de 15 jours. On s'en crée de nouvelles, qui vont avec une vie qui n'a tout simplement pas le même goût. Ergo, si vous êtes heureux en France mais voulez simplement vivre "mieux" dans le sens de "plus confortablement", le Maroc n'est pas pour vous. Si, en revanche, vous n'êtes pas heureux de votre vie en France et souhaitez autre chose, tentez le Maroc, vous y vivrez effectivement mieux et incomparablement plus confortablement.