Mel fait pleurer les flics (et inversement)
Alors, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais notre voiture n'est toujours pas immatriculée. Le fait est que la carte de séjour de JMA a pris son temps pour venir, or elle était indispensable pour faire la demande de carte grise, laquelle est elle aussi très en retard pour cause de changement de système, puisque désormais, il s'agit d'une carte grise magnétique, s'il vous plaît et que cela prend bien le triple de temps à fabriquer, n'est-ce pas connu ? Quoi qu'il en soit, la bagnole ayant déjà 8 mois et l'immatriculation provisoire s'en ressantant (ben oui, on donne aux nouvelles bagnoles des numéros allant croissant avec le temps, de telle sorte que le policier malin voit d'un coup d'oeil si la voiture, normalement équipée de plaques normales dans les 2 mois est en règle ou non), dès que je vois un barrage de police, je sais que je vais me faire arrêter, c'est automatique. Comme me l'a dit une fois un agent rigolard, "ben oui, plaque provisoire, c'est logique, hein !" Sous-entendu : une bonne chance sur deux que tu sois pas en règle et donc que tu payes ton écot à la maréchaussée, faut pas nous en vouloir, petite, la vie est dure. Certes, la vie est dure, impitoyable, même, pour ces chevaliers de la route, car eh oui, messieurs, je suis en règle. Même si c'est bizarre, ben si. De telles sorte que, lorsqu'un policier zelé se frottant déjà les mains à l'idée de la petite obole qu'il pourra sans trop transpirer me soutirer m'arrête, je prends un malin plaisir à voir son doux visage se décomposer tout d'un coup, son asurance s'envoler quand il constate l'impensable : c'est pas moi qui lui paierait son prochain café. L'un, en particulier, m'a presque fait pitié, avant que je ne parte en France, alors qu'il m'arrêtait tout content sur la route de Mohammedia : on aurait cru que je l'avais privé de noël et c'est d'un air misérable qu'il me rendit mes papiers et me pria de passer mon chemin. Mais aujourd'hui, je suis tombée sur un malandrin que je ne suis pas fâchée d'avoir déconfit. Le triste sire m'arrêtant, se mit à me parler en arabe (jusque là, rien que de très normal). Néanmoins, une fois éclairci le fait que je n'étais pas marocaine, mais bien française et que je ne comprenais pas un traitre mot de ce qu'il me racontait, il se fâcha tout rouge, limite me traitant de menteuse, puisque j'avais la tronche d'une marocaine. Je subodore qu'il pensait que j'étais une "marocaine des missions", soit bourgeoise trop snob pour avoir appris le darija, le patois marocain. Ce en quoi, son attitude n'était pas des plus flateuses et quand il consentit à me parler français, ce fut pour exiger de voir mes papiers, y compris ma carte de séjour afin de prouver que j'étais bien française, puis, voyant que oui et qu'en plus, tout était nickel, me demanda d'un air soupçonneux pourquoi le nom sur l'assurance n'était pas le mien. C'était celui de JMA, ben oui, c'est mon mari, lui dis-je. Il gromela vaguement, fit mine de ne pas vraiment me croire, mais finalement, bien à regret, lâcha l'affaire. On voyait que cela faisait mal, pourtant. Il aurait bien aimé me trouver en infraction pour quelque raison que ce soit. Et moi, limite bouillante de rage l'instant d'avant, je redémarrais exultante, quoique jamais, je vous prie de le croire, je n'ai manqué de politesse envers ce malapris. C'est dans cet état que, pas 500 mètres plus loin, je négligeais de m'arrêter à un stop qui, pour se trouver tourné du mauvais côté et au trois-quart dans le fossé sans être doublé d'un marquage au sol, m'expliqua gentiment le flic suivant, n'en était pas moins valide. A lui, je payais donc mon écot et quand je repartis, il me salua en disant tout sourire "et bienvenue au Maroc, hein !" C'est là que je me suis dit 1) que les petites joies mesquines sont toujours punies et 2) que décidément, j'aimais bien ce pays.
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