Je suis un pokémon

Publié le par Mel

... Oui, dis comme ça, je sais, ça peut surprendre. Mais si l'on y réfléchit 5 minutes, y'a de ça. Je m'explique. La plupart des gens évoluent au fil du temps, progressivement, dans leurs idées et leurs convictions, sans trop d'à coup. Certains n'évoluent même pas du tout et restent acrochés à la musique de leur adolescence, les valeurs de leur milieu social et la télé toute leur vie. Moi, j'évolue à la manière d'un pokémon. Il y a un avant et un après telle ou telle mini-révolution sous mon crâne et je ne pense tout simplement plus de la même manière. Du coup, je peux dater précisément mes améliorations intellectuelles, éthiques ou émotionelles (oui, j'aime à penser que je progresse, même s'il est évidemment possible d'envisager le contraire.).

La première de ces transformations eut lieu entre mes huit et mes neuf ans, en bateau à voile. J'appris deux choses alors qui ne me quittèrent plus : 1) le sentiment de liberté sans limite, 2) la lecture et le fait qu'en elle, je pouvais retrouver ce sentiment de liberté sans limite. Magique : prenez une gosse malheureuse comme les pierres, dyslexique en diable, mettez la dans un bateau parti pour la traversée de l'atlantique, secouez un peu et ça donne... une future intello qui a largement sumonté sa dyslexie (après avoir surmonté son mal de mer, mais bon... Fallait pas secouer autant, moi j'dis !).

La seconde eut lieu à 15 ans, alors qu'une voiture renversait mon scooter par l'arrière et que je crus mourir. Ce jour là, en quelques dizième de secondes, je compris que ce que je tenais pour Mal (voler 10 franc à maman, mentir pour cacher une connerie de rien, fumer en cachette) était des peccadilles mais que ce que je tenais pour normal (les petites mesquineries, les petites phrases salopes pour faire mal, les fois où l'on sait qu'on blesse et où l'on ne demande pas pardon, les petites manipulations si faciles pour obtenir tel ou tel avantage) était monstrueux. Mes valeurs en furent changées à jamais. Et si bien sûr, cela n'a pas suffit à faire de moi quelqu'un de dépourvu de mesquinerie ni ne m'a empêché, parfois de proférer des petites vacheries, depuis, j'ai toujours essayé de me restreindre et de demander pardon. Je vous rassure : je ne suis pas devenue voleuse pour autant, ni d'ailleurs ne ment très souvent. Mais j'exagère beaucoup, en revanche. Quoique pas là. Ou alors, pas consciemment.

La troisième me fit découvrir les joies du raisonnement logique, en première. Je devais avoir entre 16 et 17 ans. Mon prof de français, un homme amer, qui détestait ses élèves qui le lui rendait bien, aimait les plans et la logique formelle. Cette insistance à affirmer que nos idées ne pouvaient en aucun cas l'intéresser, qu'une dissertation n'est qu'un exercice ayant des règles strictes à suivre sans lesquelles d'ailleurs aucun d'entre nous ne parviendrait à penser droit me fascina. Elle confirmait une vague impression que j'avais depuis longtemps, à savoir que sans ces règles, point d'évaluation possible, en effet. Et alors, quoi ? L'enseignement littéraire serait purement et simplement de la foutaise. Cela ne pouvait pas être. Je passais 6 mois à tenter péniblement de suivre cet exercice dépourvu de sens en apparence qu'est la rédaction dans les règles d'une dissertation. Non sulement thèse - antithèse - synthèse, mais également 3 paragraphes par partie, chacun d'entre eux rigoureusement de même longeur. A la fin, j'avais appris à ordonner ma pensée et à analyser un sujet. Fascinant ! Ma première incursion dans le monde des concepts. C'est à cet homme mort en cours d'année et qui ne fut pleuré par personne que je dois l'intégralité de mes études littéraires, de ma carrière de critique et de ma vocation raisonnée à devenir écrivain. Autant dire qu'il fut pour moi un Sensei, un maître à penser et que je lui suis à jamais reconnaissante.

La quatrième fut émotionelle et se décompose en trois étapes : les premières phases de ma maladie, l'annonce du cancer de mon père, puis sa mort. J'avais entre 22 et 24 ans. Quand je suis tombée malade, j'ai commencé à grossir énormément. Mais JMA continua à m'aimer et il m'appris que je pouvais être aimée, pour moi, pas pour mon apparence qui était, avant ma maladie, ce que je croyais être mon meilleur atout. Quand le cancer de papa se déclara, tout d'un coup, tout le ressentiment que j'avais pour mes parents s'est envolé et je compris que l'amour était plus fort que tout autre sentiment et qu'il était seul important. Quand papa commença d'agoniser, après que nous ayons passé une année entière à discuter à coeur ouvert et qu'il me demanda virtuellement l'autorisation de mourir, je compris qu'aimer était une responsabilité et un cadeau qui ne me quitterait jamais. Et en ces deux années, il m'a été donné de comprendre l'amour, mon père et la mort.

La cinquième se produisit lors des débuts de diagnostic de la maladie qui m'a obligé à arrêter de travailler. On venait de m'annoncer (à tort) que j'avais un cancer. Je savais que je ne travaillerais plus jamais. Que j'allais mourir. J'avais peur. JMA était tellement terrifié qu'il fuyait autant que possible toute discussion, de crainte d'avoir à se confronter à son impuissance. Et je voulus me réfugier auprès de ma meilleure amie. Seulement voilà : son père venait d'avoir une embolie cérébrale et c'était elle qui avait besoin de moi, pas l'inverse. Ce jour-là, alors que je la consolais du mieux que je pouvais, je compris que j'étais vraiment seule, mais que ce n'était pas grave, parce que c'est cela, être vivant, et que peut-être allais-je mourir, mais en attendant, je vivais. Je n'eus plus peur de mourir. Son père est mort et moi non, les choses étaient dans l'ordre : c'est bien elle qui avait besoin de moi et non l'inverse, tant qu'on est vivant, il faut gérer les priorités et advienne que pourra. Après, lorsque j'en eu réellement besoin et que ce fut une priorité, elle fut là pour moi comme j'avais été là pour elle, ce jour où l'on m'apprit que j'avais un cancer que j'attend toujours.

La sixième de ces minis-révolutions sous mon crâne, je la refusais tout de go. Elle disait en substance, alors que JMA et moi étions au plus bas, que le monde était laid, la haine plus forte que l'amour, que la vie était injuste et que la mienne ne valait rien. Mais cela, je n'ai pas voulu le croire et j'ai eu raison.

En ce moment, je vis la septième transformation. Ou alors la sixième, puisque la précédente, je n'en ai pas voulu, je l'ai tellement rejetté comme insuportable et stupide qu'elle n'a pas eu de prise sur moi. Mais je ne sais pas exactement ce qu'elle sera, cette transformation. Je sais qu'elle a trait à la valeur de la vie et des choix, qu'elle est, finalement, plus philosophique qu'autre chose, le sens de l'engagement, ce que j'ai à dire et ce que j'ai à vivre, de pourquoi c'est important et en même temps dérisoire... Et je me réjouis. Je la sens bien, cette révolution-là. Et puis, j'ai toujours regretté d'être un peu primaire question philosophie. Pour une littéraire, ne pas être capable de comprendre Kant, c'est un peu honteux, tout de même ! Ceci dit, je ne crois pas que je serais capable, demain, de comprendre Kant. Mais je pense en revanche que le courage qu'il m'a fallu pour tenter d'écrire (et donc tenter de cerner ce que je veux dire), changer de pays et de culture, continuer à avancer quand tout me donnait perdante est en train de m'apprendre le sens de la vie, si ce n'est en règle générale, du moins pour moi. A dire vrai, ce blog dont la fonction a largement outrepassé le contrat de départ (donner des nouvelles aux copains restés en France), m'aide dans le processus, je crois. Une forme de thérapie et de formalisation.

Cela fait environ un an que cette transformation couve. Mais là, je la sens imminente. Alors du coup, j'attend. Je ne lis pas, je ne vais pas à la piscine, je n'écris pas, je ne travaille pas, je ne poste rien sur ce blog, je ne fais rigoureusement rien d'autre qu'attendre. Et me réjouir. Cela ne devrait plus être long, maintenant. Peut-être vais-je atteindre la phase Bulbizarre ?
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Publié dans Réflexions en vrac

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H
Après mûre reflexion, j'opterai plutôt pour une évolution en Leviator! L'avantage est que tu auras rapidement accès aux attaques Hydrocanon,Danse Drace et Ultralaser. Trop cool.
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J
Ben la vie est ainsi faite comme disait Lapalisse... chaque jour le repos régénère l'actif, chaque cycle de saison régénère le vivant...l'alternance EST l'évolution...certains ont des fréquences modulatoires courtes et sans grande amplitude, qui paraissent donc plus rapides que chez d'autres, où elles sont longues et forment de vraient montagnes russes, mais toutes sont équilibrées, tant que l'émission/réception radio se fait...et si on suit le chemin du fil d'Ariane, il mêne toujours vers la lumière ;o) allez petit scarabée, après chaque mue, laisse suffisement sécher tes ailes au soleil, tu n'en voleras que mieux avec jusqu'à la suivante... N'as tu pas remarqué qu'au sud, le temps n'a pas la même valeur qu'au nord ? Les jours y semblent plus longs, bien qu'ils n'aient que 24 heures, comme partout ailleurs. Le soleil y porte au repos, alors qu'au nord, il porte à l'action, et l'ombre au travail bien fait, longtemps pensé (au soleil ;o)))) pour en économiser les gestes, lents et précis, alors qu'ailleurs, on cherche à faire rimer vite fait avec bien fait, ce qui, en plein midi, est une abération tout autant qu'y chercher quatorze heures. Ce n'est pas de la paresse, c'est une autre façon d'organiser le temps, celui d'apprécier la vie, d'en humer la saveur. Le soleil...hé-bé ça fatigue ! un peu de repos n'a jamais fait de mal à personne, bien au contraire ;o) peut-être commences-tu à te décider tout simplement d'accepter l'évolution temporelle de ton nouvel environnement...
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M
Mon bon ami, je fonctionne comme cela : je n'attends pas volontairement, je ne fous pas rien pour le plaisir. C'est juste que, en plus d'être un pokémon, parfois, je suis un vieil ordi qui rame. Tant que je n'ai pas compilé toutes les données, je suis paralysée, tu peux faire Ctrl Alt Suppr que ça change rien, bouger la souris tant que tu veux, tu ne fais que ralentir le processus. Faut que le programme se mette en route, quoi. Et j'ai pas de reboot manuel, moi. On peut pas me débrancher et recommencer. Donc j'attend.Mais la chose importante dans l'histoire, c'est qu'en général, quand je me mets à attendre stupidement que mon cerveau connecte deux et deux et veuille bien me le signaler afin que je redevienne un individu productif de la société, c'est que la transformation est presque terminée. Or donc, je devrais redevenir fonctionelle rapidement et en général (mais là, je parle des fois d'avant, je sais pas ce que ça va donner cette fois-ci), je suis beaucoup plus performante et débordante d'énergie.Quand à quand je vais mourir, pourquoi ou comment, en effet, là dessus, nous sommes tous logés à la même enseigne et à dire vrai, je m'en contrefous. Une autre chose que j'ai appris lors de mon accident de scooter, c'est que l'on a toujours le temps de se mettre en règle avec soi-même au moment de mourir. Pour toi, à cet instant précis où tu sais que tu vas mourir, là, maintenant, le temps s'étire à l'infini et tu peux à loisir revoir ta vie, te révolter, être en colère, être triste, être fataliste et finalement être soulagé de mourir parce que cela est bien et que ta vie, pleine ou vide de sens, fut ta vie et que cela est suffisant. Je le sais, je l'ai vécu. Je le revivrais encore, probablement définitivement cette fois-ci, et cela ne me fait pas vraiment peur. Je n'ai pas peur de mourir en ayant rien fait de ma vie, parce que l'on ne peut rien en faire d'autre qu'une vie, je n'ai pas peur non plus de mourir trop jeune car être vivant, c'est être assez âgé pour mourir. Ceci dit, j'aime bien vivre, c'est pas toujours agréable, mais quand même, c'est ma vie, j'y suis attachée. ;-)Bref, je fais dans l'attente active ou bien alors dans la réflexion passive. Que veux-tu ? Je suis comme ça.Ah ! Et quand même : merci pour l'outrageux compliment du début. C'est un brin trop mais tout de même... Je suis bien assez vaniteuse pour l'apprécier à sa juste valeur et m'en trouver flattée.
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E
Oui, décidément, ce blog outrepasse tout ! D'abord c'est quand même beaucoup mieux écrit que... Ben, que tout ce que j'ai pu lire sur un ordinateur jusqu'ici. Ensuite, cela appelle la confession (par ailleurs inutile) de tous ceux qui se sentent touchés par le texte... Et peu importe qui lit, d'ailleurs.Peut-être que je ne suis pas arrivé aussi loin dans le Livre des Transformations, même si je peux comme toi dater certains changements dans ma vie (mais pas tous, loin s'en faut), mais s'il s'agissait de moi je n'attendrais pas.Je veux dire, partant du principe que personne ne sait quand on va casser sa pipe (maladie ou pas, hein, et il ne faut pas dramatiser, on est tous logés à la même enseigne question décès...), il ne me sied pas d'attendre sans rien faire...Si ça vient, quand ça vient, et que ça n'est pas en mon pouvoir de contrôler ce que ce sera et comment ça viendra, alors quelle différence cela fait-il si je suis en train de pisser à ce moment là ?Je pense que je pourrai l'apprécier tout autant.Cela n'est pas nouveau, et ça fait penser à Carpe Diem (Ah, encore un souvenir d'adolescence pourri que celui-là !), quoique ça tient autant chez-moi à un désir de mise à profit que de la volonté de ne pas s'ennuyer (même si l'ennui est un luxe).Mais ça, c'est juste moi !
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