Vivre au Maroc pour un français : les chocs
Bonjour les zamis !
Il n'y a pas longtemps, une amie marocaine m'a demandé si certaines choses me choquaient quand je sortais dans la rue, par exemple, et je lui ai sincèrement répondu que non, rien ne me choquait particulièrement dans la rue, ni dans la société marocaine en général. Mais c'est alors que je me suis mise à réfléchir à mon expérience perso du monde, qui n'est pas tout à fait celle de tous les français... Et puis aussi, à mes quelques copains qui sont venus nous voir de France et à leurs réactions sur ce pays. Et puis aussi aux commentaires sur mes posts sur la vie ici... Et oui, en effet, je suppose qu'il y a des chocs à surmonter pour vivre ici quand on est français. Des choses que je ne remarque pas ou plus, par habitude et parce que j'ai vécu étant enfant aux antilles où tout l'aspect chaotique que peut avoir le Maroc est très largement développé aussi.
Bref, cela commence certainement par un choc visuel. Le mélange des genres, d'abord, avec les gens de tous les niveaux de richesse qui se côtoient un peu partout, des gens habillés traditionellement, d'autres tout à fait comme on pourrait l'être à Paris, certains comme seules quelques minettes ou gamin de clip de rap l'oseraient, etc. Ensuite, ces espèces de ligne de démarcation quasi invisibles entre un quartier et un autre, où en trois pas on a changé d'ambiance et d'univers, presque d'époque, en fait. Les gens qui se mettent à prier dans les parcs, surtout le vendredi pour la prière de midi. Les charettes qui côtoient les voitures de grand luxe avec chauffeur. Les bidonvilles. La pauvreté omniprésente, affichée en quelque sorte, via les cireurs de chaussure ou les vendeurs de cacahouettes, par exemple. Les vendeurs des rues, qui essaient de te fourguer tout et n'importe quoi, du caniche à la fausse rolex en passant bien sûr par les incontournables DVD pirates. Bref, quelque chose de pas "léché" comme la France peut l'être, où l'on trouve les pauvres dans les quartiers de pauvre, ou alors dans le métro, les produits à vendre dans les magasins, où les riches sont habillés passe-partout, où tout le monde va au supermarché, bref, où les différences s'estompent, en quelque sorte. Oui, je suppose que ça, c'est choquant. Ce n'est plus tout à fait la même conception de l'humanité, en fin de compte. Cela explique certainement le rejet violent, les accusations de saleté et de sordide que lancent quelques expats, parce que c'est le bordel et qu'ils n'arrivent pas à se créer de points de repère clairs sur ce qu'ils peuvent faire et dire, où ils peuvent aller et être eux-mêmes.
Les différences hommes-femmes sont choquantes également. J'en ai longuement parlé, je ne vais pas revenir dessus, mais si je vois cela avec un peu de recul, dû à des années de réflexion sur la condition féminine dans le monde et ce qu'elle implique de combat au quotidien pour les deux sexes, j'ai vu par expérience des gens y réagir très mal. Un copain, notamment, l'a très mal compris et vécu. Je pensais pourtant que pour un homme, c'était plus simple, parce que la situation les avantage, mais en fait, non. Avoir été baigné toute sa vie dans un équilibre, certes pas parfait, mais instinctif et se voir refuser tous les acquis qu'il amène, cela peut être très perturbant, très déstabilisant, en fin de compte. Cela implique de regarder tout le monde sans a priori et de redécouvrir toutes les conventions sociales de base, celles que l'on connait instinctivement en France et que l'on a même pas conscience d'avoir dû apprendre, quelque part entre la primaire et le collège. Là encore, avoir été confronté à d'autres civilisations et d'autres modes de vie étant enfant a dû me donner l'habitude et l'entrainement de ce genre de choses. Faire cet effort m'a semblé naturel, mais il faut dire que j'ai cherché spécifiquement ces normes non-dites dont je connaissais l'existence, même si je ne savais pas en quoi elles consistaient. Cela doit être bien plus dur quand tu veux être ouvert mais que tu ne sais pas à quoi...
Les comparaisons entre la France et le Maroc sont également à peu près inutiles : ce n'est pas le même monde, pas la même histoire, pas la même pensée, pas la même vie. Aussi, quelqu'un qui souhaiterait aborder le Maroc par comparatifs successifs est voué à l'échec et à la confusion. Mais d'un autre côté, tout le monde ou presque parle le français, les gens connaissent pas mal la culture française, bref, les signaux de reconaissance primaires sont là, mais ils ne correspondent à rien : le français inocent qui se promène ici est confronté à un puissant flot d'informations erronées qui le pousse encore une fois à l'incompréhension inquiète, probablement. Comment comprendre instinctivement que le supermarché, c'est du luxe, que Etam, la marque qui sous-habille nos préados fait la mode ici, que les casquettes, dans l'esprit des gens, c'est les vacances in au bord de la piscine et pas les logos publicitaires d'Intermarché ? Ce ne sont que quelques exemples de mini-chocs à surmonter, mais je crois que ce sont les pires, en fin de compte. Ce qui choque les gens, français ou autres, d'ailleurs, ce n'est pas d'aborder l'étrangeté : après tout, ils sont é l'étranger, ils s'y attendent. C'est de devoir remettre en cause leurs référents inconscients parce qu'ici, ils ont acquis une autre valeur.
Le Maroc, c'est presque comme la France. Et c'est dans ce presque que réside tous les chocs. Et... Oui, à la réflexion, je suppose qu'ils peuvent être violents.
Il n'y a pas longtemps, une amie marocaine m'a demandé si certaines choses me choquaient quand je sortais dans la rue, par exemple, et je lui ai sincèrement répondu que non, rien ne me choquait particulièrement dans la rue, ni dans la société marocaine en général. Mais c'est alors que je me suis mise à réfléchir à mon expérience perso du monde, qui n'est pas tout à fait celle de tous les français... Et puis aussi, à mes quelques copains qui sont venus nous voir de France et à leurs réactions sur ce pays. Et puis aussi aux commentaires sur mes posts sur la vie ici... Et oui, en effet, je suppose qu'il y a des chocs à surmonter pour vivre ici quand on est français. Des choses que je ne remarque pas ou plus, par habitude et parce que j'ai vécu étant enfant aux antilles où tout l'aspect chaotique que peut avoir le Maroc est très largement développé aussi.
Bref, cela commence certainement par un choc visuel. Le mélange des genres, d'abord, avec les gens de tous les niveaux de richesse qui se côtoient un peu partout, des gens habillés traditionellement, d'autres tout à fait comme on pourrait l'être à Paris, certains comme seules quelques minettes ou gamin de clip de rap l'oseraient, etc. Ensuite, ces espèces de ligne de démarcation quasi invisibles entre un quartier et un autre, où en trois pas on a changé d'ambiance et d'univers, presque d'époque, en fait. Les gens qui se mettent à prier dans les parcs, surtout le vendredi pour la prière de midi. Les charettes qui côtoient les voitures de grand luxe avec chauffeur. Les bidonvilles. La pauvreté omniprésente, affichée en quelque sorte, via les cireurs de chaussure ou les vendeurs de cacahouettes, par exemple. Les vendeurs des rues, qui essaient de te fourguer tout et n'importe quoi, du caniche à la fausse rolex en passant bien sûr par les incontournables DVD pirates. Bref, quelque chose de pas "léché" comme la France peut l'être, où l'on trouve les pauvres dans les quartiers de pauvre, ou alors dans le métro, les produits à vendre dans les magasins, où les riches sont habillés passe-partout, où tout le monde va au supermarché, bref, où les différences s'estompent, en quelque sorte. Oui, je suppose que ça, c'est choquant. Ce n'est plus tout à fait la même conception de l'humanité, en fin de compte. Cela explique certainement le rejet violent, les accusations de saleté et de sordide que lancent quelques expats, parce que c'est le bordel et qu'ils n'arrivent pas à se créer de points de repère clairs sur ce qu'ils peuvent faire et dire, où ils peuvent aller et être eux-mêmes.
Les différences hommes-femmes sont choquantes également. J'en ai longuement parlé, je ne vais pas revenir dessus, mais si je vois cela avec un peu de recul, dû à des années de réflexion sur la condition féminine dans le monde et ce qu'elle implique de combat au quotidien pour les deux sexes, j'ai vu par expérience des gens y réagir très mal. Un copain, notamment, l'a très mal compris et vécu. Je pensais pourtant que pour un homme, c'était plus simple, parce que la situation les avantage, mais en fait, non. Avoir été baigné toute sa vie dans un équilibre, certes pas parfait, mais instinctif et se voir refuser tous les acquis qu'il amène, cela peut être très perturbant, très déstabilisant, en fin de compte. Cela implique de regarder tout le monde sans a priori et de redécouvrir toutes les conventions sociales de base, celles que l'on connait instinctivement en France et que l'on a même pas conscience d'avoir dû apprendre, quelque part entre la primaire et le collège. Là encore, avoir été confronté à d'autres civilisations et d'autres modes de vie étant enfant a dû me donner l'habitude et l'entrainement de ce genre de choses. Faire cet effort m'a semblé naturel, mais il faut dire que j'ai cherché spécifiquement ces normes non-dites dont je connaissais l'existence, même si je ne savais pas en quoi elles consistaient. Cela doit être bien plus dur quand tu veux être ouvert mais que tu ne sais pas à quoi...
Les comparaisons entre la France et le Maroc sont également à peu près inutiles : ce n'est pas le même monde, pas la même histoire, pas la même pensée, pas la même vie. Aussi, quelqu'un qui souhaiterait aborder le Maroc par comparatifs successifs est voué à l'échec et à la confusion. Mais d'un autre côté, tout le monde ou presque parle le français, les gens connaissent pas mal la culture française, bref, les signaux de reconaissance primaires sont là, mais ils ne correspondent à rien : le français inocent qui se promène ici est confronté à un puissant flot d'informations erronées qui le pousse encore une fois à l'incompréhension inquiète, probablement. Comment comprendre instinctivement que le supermarché, c'est du luxe, que Etam, la marque qui sous-habille nos préados fait la mode ici, que les casquettes, dans l'esprit des gens, c'est les vacances in au bord de la piscine et pas les logos publicitaires d'Intermarché ? Ce ne sont que quelques exemples de mini-chocs à surmonter, mais je crois que ce sont les pires, en fin de compte. Ce qui choque les gens, français ou autres, d'ailleurs, ce n'est pas d'aborder l'étrangeté : après tout, ils sont é l'étranger, ils s'y attendent. C'est de devoir remettre en cause leurs référents inconscients parce qu'ici, ils ont acquis une autre valeur.
Le Maroc, c'est presque comme la France. Et c'est dans ce presque que réside tous les chocs. Et... Oui, à la réflexion, je suppose qu'ils peuvent être violents.
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