Space Opéra : renouveau et maturité

Publié le par Mel

Comme je vous le disais la dernière fois, les années 80 voient le déclin du Space Opera usé jusqu’à la moelle au profit notamment du Cyber Punk qui colle mieux aux nouveaux horizons que permet la technologie réseau. Mais dès 1990, s’amorce le renouveau du genre, tous azimuts. Evidemment, les technologies ont changé et il est désormais courant de trouver des hommes cybernétiques ou génétiquement modifiés pour vivre plus longtemps, être mieux adaptés à leur environnement, etc. Mais la grande révolution, c’est que désormais, tous les styles sont permis. Le Space Op’ n’est plus un sous-genre bien balisé mais un imaginaire à part entière et à ce compte-là, tout le monde a une idée sur comment l’exploiter.
Comment devenir novateur avec des poncifs en trois leçons magistrales
Commençons avec Hypérion de Dan Simmons. On y voit défiler tous les éléments de l'âge d'or : extraterrestres, intelligences artificielles, flottes spatiales, portes à transfert instantané interplanétaire, voyage temporel… D’ailleurs, l’auteur joue avec brio la carte des références aux classiques. Et ça devient un Space Op’ flamboyant et très, très loin d’être simpliste. Sur la planète Hypérion, c'est la panique : des millions d'habitants tentent de prendre d'assaut les derniers astronefs pour s'enfuir avant l'arrivée des Extros, des envahisseurs en guerre avec la confédération terrienne. Pendant ce temps, sept pèlerins que rien n'aurait dû rassembler rallient la petite planète de l'Hégémonie pour y rencontrer le gritche, un monstre incompréhensible, capable de maîtriser le temps. Qu'y a-t-il de commun en effet entre le "boucher de Bressia", un écrivain réduit au silence, un détective privé amoureux, un prêtre catholique traumatisé par une atroce parodie de la crucifixion, un érudit dont la fille rajeunit chaque jour, le chef des Templiers et un consul de l'Hégémonie alcoolique ?
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Orson Scott Card sera notre deuxième expert ès méchants extraterrestres avec La Stratégie Ender. Et n’y va pas de main morte : ils sont carrément insectoïdes, beurk ! Mais heureusement, un adolescent sera à même de les éradiquer grâce à un entraînement intensif basé sur les jeux vidéos. Le hic, c’est que le second tome du cycle, Xénocide, nous apprend qu’en fait, ils n’étaient pas si méchants que ça, les vilains pas beaux. Le reste de la saga prône donc la tolérance et la compréhension envers les autres, à la manière bon enfant d’Orson Scott Card, l’un des meilleurs conteurs contemporains.

David Brin, lui, c’est la Hard Fiction son innovation, comprenez la science-fiction la plus exigeante et rigoureuse qui soit, et cela lui aura valu deux prix Hugo bien mérités. Cet ancien consultant pour la NASA est donc l’auteur du Cycle de l’Elévation, dans lequel les extraterrestres (eh oui, toujours eux !) sont légions et organisent un système colonial pour faciliter le développement scientifique des espèces naissantes. Bien sûr, certains en profitent pour intervenir sur le patrimoine génétique de leurs protégés jusqu’à en faire des serviteurs zélés. Les humains, quant à eux, ne sont guère mieux que des idiots savants abandonnés, même s’ils ont eux-mêmes pris sous leur aile les dauphins et les singes.
Vous prendrez bien un zombie avec votre Space Op’ ?
Oui, vous avez bien lu, quelqu’un a bien eu l’idée saugrenue de mettre des zombies et autres revenants dans du Space Op’ à part cela tout ce qu’il y a de plus pur jus, c’est Peter F. Hamilton dans le Cycle de L’Aube de la Nuit. L'univers qu'il décrit emprunte évidemment les clichés de la conquête des étoiles : planètes vastes et exotiques, peuples de multiples cultures différentes, empires galactiques s'affrontant pour imposer leur conception de la civilisation aux humains dispersés dans l'espace et vaisseaux surpuissants pour relier les uns aux autres. Le décor étant posé, on peut commencer à s'amuser. Hamilton imagine le destin de nombreux protagonistes luttant contre le péril que représentent les morts-vivants. Comment un univers ultra technologique peut-il tolérer l'irruption de zombies sans verser dans la parodie ? Tout simplement en développant l'aspect spirituel qu'on aurait tort de négliger face aux progrès de la science. La nanotechnologie, la génétique et la physique quantique sont envisagés comme des étapes sur le chemin de l'illumination, un impératif pour une société futuriste confronté au retour des morts dans la réalité. Car les zombies ont à leur disposition une puissance énergétique devant laquelle toute la technologie humaine est impuissante. Au final, c’est fabuleusement Space Op’ et la créativité débridée de Hamilton rend l’ensemble du cycle profondément jouissif. D’autres auteurs s’amusent à mêler des éléments de fantasy au Space Opera, mais d’une manière finalement bien plus classique. Ainsi, Pierre Bordage, dont on vous a parlé dans le précédent numéro de RPG Online compose une fresque mystique très remarquée en France, ce sont Les Guerriers du Silence. Mais là, la fantasy s’intègre naturellement au Space Opera, elle en est finalement son prolongement logique comme d’ailleurs une sorte de retour aux sources. Foin de toutes ces technologies compliquées et pas avérées. Et si on décidait plutôt que l’on peut traverser l’espace par la force de la pensée et le chant du Silence ?
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Le loisir est père de l’utopie
C’est du moins ce que développe deux auteurs qui ont marqués le Space Op’. Puisqu’il est français, commençons par Ayerdhal, avec le Cycle de la Bohème et l’Ivraie. Ylvain est un apprenti kineïre qui rêve de projeter ses créations en holorama sensuel pour les milliards d'hommes sur les centaines de mondes civilisés qui composent l'Homéocratie. Mais les jeunes visionnaires sont souvent en proie à l'incompréhension des maîtres. S'ensuit alors un véritable roman de cape et d'épée psionique où les combats se traitent à l'échelle des projections mentales plus qu'à celui des armes. Trois femmes accompagnent Ylvain dans son combat contre la chape de silence que le Comité Éthique cherche à imposer au poète maudit. Toutes rivalisent de beauté et de talents exceptionnels. Si leurs ambitions et leurs tempéraments diffèrent, elles ont en commun une haine : l'adulte bouffi à travers l'espace et le temps. Le métier de kineïre est-il un art nouveau, simplement destiné à éblouir l'esprit, un phénomène récessif entraînant l'humanité vers le suicide ou une mutation génétique capable d'engendrer le surhomme de demain ? Ce don qui précipite les insatisfactions adolescentes vers un mouvement bohème offrira-t-il une alternative politique à une Homéocratie qui a mis des siècles à se débarrasser des idéologies utopistes ? Au final pleine de panache, cette toute première œuvre de ce qui est devenu un des plus grands auteurs français souffre malgré tout de quelques défauts « d’adolescence », pourrait-on dire. En revanche, le Cycle de la Culture de Ian M. Banks marque le plein épanouissement de la maturité. D’une richesse et d’une intelligence inégalées et servie par un style inimitable de finesse et d’humour, la Culture mêle humains, extra-terrestres et drônes (robots intelligents) dans une société aux valeurs anarchistes : ni loi, ni hiérarchie, ni argent, ni propriété. Les machines produisent les richesses, les intelligences artificielles, aussi discrètes et mystérieuses qu'efficaces, gèrent les ressources. Les vivants se contentent de vivre, c’est à dire de voyager, jouer, faire du sport, s'aimer, changer de sexe, etc. Cependant la Culture est expansionniste : elle grandit au fil du temps, persuadée - mais a-t-elle tort ? - qu'elle est la meilleure forme d'organisation sociale. Un service appelé Contact étudie les civilisations étrangères rencontrées puis Circonstance Spéciale cherche le moyen de les infiltrer afin de les rendre plus conformes aux idéaux de la Culture, en particulier le respect de la vie, de la justice sociale et de l'écologie. Au final, si la Culture est une forme de société idéale par son profond respect de l'individu, elle se montre également pragmatique à l'extrême quand sa survie ou ses idéaux sont en jeu, quitte à devenir cynique et manipulatrice. Indispensable à toute bibliothèque digne de ce nom, la Culture fait partie de ces cycles qui marqueront l’histoire de la SF.
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Publié dans Science-fiction

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M
En effet, c'est un des cycles majeurs du Space op' des années 80-90. Et Dan Simmons, un écrivain irrégulier par ailleurs, capable du pire (des merdouilles infâmes genre la Loi de Darwin dans lequel on s'emmerde comme un rat crevé à lire des centaines de pages de description de course de bagnole quand déjà en film, c'est chiant) comme du meilleur (je pense notamment récemment à son délirant space op' en deux énormes volumes Illium et Odysseus qui transcrit la guerre de Troie sur Mars), a signé là un chef d'oeuvre, tout simplement.
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V
J'ai dévoré toute la série des Hypérion, Endémyon... écrite par Dan Simmons !!!
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