Chronique de l'uchronie
Dans les temps où je faisais des études littéraires en même temps que j'étais journaliste, mon directeur de recherche m'avait demandé de lui faire quelques exposés sur l'uchronie. Je vais donc vous faire une petite chronique de l'uchronie, à partir aussi bien de mes exposés et mini-mémoires de l'époque que de mes articles. Le ton change, forcément. Et on va commencer par l'académique : définition de l'uchronie puis demain, petit résumé de quelques uchronies françaises, anciennes ou modernes que j'ai traité.
Définition
Définition
Le mot uchronie apparaît pour la première fois dans un article de Charles Renouvier pour la Revue Philosophique et Religieuse en 1857. Construit sur le modèle de l’utopie (du grec u-privatif topos-lieu), l’uchronie[1] (u-privatif chronos-temps) signifie littéralement le non-temps autrement dit, l’histoire alternative. Tout part du postulat qu’un événement aurait pu se passer différemment, et que l’histoire telle que nous la connaissons n’aurait jamais existé. A l’origine concept philosophique essentiellement spéculatif sur l’histoire et le devenir humain, l’uchronie est l’aboutissement logique de la réflexion historique amorcée[2] au XIXème siècle. Il est à noter que dès 1836 (et donc avant la lettre), ce que l’on appellera plus tard une uchronie paraît en France sous le titre de Histoire de la Monarchie universelle: Napoléon et la conquête du monde (1812-1832), portant bien sûr sur un monde dans lequel Napoléon ne fut jamais vaincu. L’uchronie en tant que ressort d’une histoire parallèle n’est donc pas une nouveauté. Cependant, elle a semblé disparaître pendant assez longtemps pour n’émerger de nouveau qu’après la seconde guerre mondiale, grâce notamment à des auteurs anglophones tels que Philip K. Dick, pour le Maître du Haut-Château, dans lequel l’Allemagne gagne la seconde guerre mondiale par exemple. Le schéma de construction d’une uchronie est à l’origine relativement simple : partir d’une divergence plausible de l’histoire pour justifier les changements qui interviennent. « Le monde y est comme un arbre touffu dont chaque branche est une histoire, différente de toutes les autres, dont la différence réside dans le fait qu'elle a quitté, à la suite de l'altération d'un événement souvent minime, le tronc principal de l'histoire » affirme Pierre Versins[3]. A noter également le titre complet du livre de Charles Renouvier : Uchronie (Utopie dans l'Histoire), Esquisse historique apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu'il n'a pas été, tel qu'il aurait pu être. Il s’agit bien donc de respecter un principe de vraisemblance historique, impliquant un point de divergence mineur comparable à un grain de sable qui aurait dérangé le cours de l’histoire. Cependant, cette définition de l’uchronie est appelée à changer pour se rapprocher de plus en plus de la notion anglo-saxonne de « mondes parallèles », notamment par l'ajout de fantastique dans l'uchronie ou bien la disparition d'un point de divergeance historique clair.
[1] «Uchronie, n.f. : (de chrono- d'après utopie; 1876) Philos. : reconstruction historique d'événements fictifs, d'après un point de départ historique et un ensemble de lois. »Larousse, Dictionnaire de la Langue Française, Lexis 1992.
[2] L’uchronie est en ce sens tout à fait différente de la science-fiction temporelle, basée sur le voyage dans le temps, qui s’intéresse essentiellement à la notion de paradoxes et s’appuie sur une hypothétique science du futur. S’il est vrai que le début de cette branche particulière de la littérature d’aventure est contemporain de l’uchronie (pensons notamment à H.G. Wells, The Time Machine : La Machine à Explorer le Temps), la construction et la démarche intellectuelle en sont très différentes.
[3] Pierre Versins, Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la science fiction, l'Âge d'homme, Lausanne, 1972.
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