De mon séjour en France
Bonjour les zamis !
Tout d'abord, je vous prie de bien vouloir me pardonner mon absence sur ce blog ces derniers jours. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, j'ai eu la flemme.
Mon séjour en France a été long et fatiguant et de retour à la maison, je n'ai eu de cesse de me reposer et de regarder le beau soleil du Maroc se refléter à l'infini sur la mer bleue saphir, bref, rêvasser tranquille quelques temps avant de me remettre à vivre dans le vrai temps avec les vrais gens, quoi ;-)
Que je vous raconte :
Or donc, si vous avez suivi un tant soit peu mon blog, vous savez que je suis allé en France dans l'espoir entre autre de rencontrer des éditeurs. Le jour même de mon arrivée, je me suis donc précipitée au salon du livre où mon rendez-vous avec l'éditeur qui voulait un polar féerique franco-marocain s'est fort bien déroulé. Je suis donc officiellement en train d'écrire un roman de commande pour cet éditeur qui devrait être publié l'an prochain, printemps ou automne, selon. De ce point de vue, donc, ma visite en France fut un complet succès. Pour ce qui est de mon autre projet littéraire, en revanche, cela va devoir attendre un peu. D'abord, parce qu'on n'a pas une telle chance insolente deux fois de suite, et ensuite parce que j'ai déjà du boulot jusqu'en janvier alors je ne voulais pas pousser trop loin et me retrouver à gâcher deux opportunités à force de ne pas avoir de temps pour peaufiner mes histoires. En revanche, je retournerais en France en novembre, pour les Utopiales et là, je le proposerais à tous les éditeurs potentiellement intéressés, sachant que mon premier roman devrait être presque terminé ou en tout cas, suffisament avancé pour que je puisse prévoir mes prochains mouvements.
A propos d'éditeurs, j'ai aussi contacté Milan Presse, qui me devait de l'argent pour un court roman pour enfants et réglé les détails administratifs, de telle sorte que je devrais être payée le mois prochain, ce qui va faire un bien fou à mon compte bancaire français.
Je suis donc désormais pas peu fière de pouvoir dire que je suis officiellement un écrivain qui gagne de l'argent de son travail et a un roman de commande en cours. J'ai le sentiment, à presque 29 ans, (le 21 avril, pour ceux qui auraient oublié ;-D) de recommencer entièrement ma vie, dans un nouveau pays, avec une carrière qui débute. C'est un sentiment assez réjouissant, en somme, cette idée d'avoir plusieurs vies en une. Cependant, j'espère bien que celle qui s'annonce si bien va continuer encore mieux et nous durer un peu. Je ressens de plus en plus le besoin de m'installer dans une routine comfortable, avec l'assurance certes, nécessairement fausse et cependant réconfortante, que demain sera tel qu'il doit être et tel qu'était aujourd'hui. C'est marrant comme il y a quelques années cette perspective m'eut semblé absurde et ennuyeuse. Désormais et de plus en plus, je crois que je vis mes aventures dans ma tête et mieux avec une couverture sur les genoux, un chat qui dort et un mari tranquille que dans l'excitation incertaine des plans pour ceci ou cela. J'ai toujours été casanière, je deviens routinière. Et j'ai malgré tout le sentiment de vivre plus pleinement et d'une manière plus intense...
Enfin bref, pour en revenir à nos oignons, j'ai également pu profiter de mon séjour parisien pour revoir la plupart des bons copains que nous y avons laissés et encore une fois, il me faut remercier Isabelle et Sandra pour s'être occupé de tout, en particulier bien sûr Isabelle qui nous a reçu avec sa gentillesse et son sens de l'accueil coutumier pour une soirée mémorable dans le genre de celles que nous faisions autrefois.
Après quoi j'ai pu aller voir ma soeur et sa famille pour deux jours dans sa nouvelle maison. Là encore, que du bonheur de retrouver sa famille et de voir évoluer les enfants si vite qu'on a l'impression de les rencontrer à nouveau à chaque fois tellement ils ont changé. Et puis bien sûr, il y eu Bordeaux, les copains de là-bas, maman qui, dieu soit loué, allait bien après une deuxième opération, et le film 300 qui m'a scotché à mon siège tellement il était beau et magnifiquement réalisé.
Voilà, vous savez tout de mon voyage, qui fut merveilleux. Cependant, home sweet home, j'étais bien contente de rentrer chez moi. D'abord, j'ai du boulot. Ensuite, ici, ça va pas tarder à être l'été et je me vois déjà en train de profiter du soleil et de la mer et puis quoi, je ne vis bien qu'avec mon mari et mes chats, c'est comme ça.
En ce moment, JMA bosse évidemment comme un petit fou, mais il est ravi parce que sa boite organise des cours d'arabe dialectal et qu'enfin, il va pouvoir s'y mettre. Il rencontre de plus en plus de gens au boulot qu'il aime bien et notre intégration se passe au mieux. Nous avons même trouvé des passionnés de jeu de rôle, c'est dire !
Un certain nombre de français qui vivent ici ressentent comme un déchirement la fin de leurs vacances en France et préfèrent mille fois la vie là-bas à la vie ici. Je ressens exactement l'inverse pour l'instant. Quand je suis arrivée à Paris, il pleuvait et faisait 5°. Le ciel était noir, les gens étaient mornes et mornes étaient les affiches électorales collées partout sur les murs, pelant grisement au gré des rigoles d'eau souillée qui dégoulinaient tristement. Des panneaux aux quatre coins des rues proclamaient 135€ d'amende à qui souillerait le sol d'un papier ou d'un mégot, les gens récriminaient dans le bus ou le métro, on ne peut plus fumer dans les lieux publics et il faut voir avec quelle tristesse se fument les mégots dehors, sous la pluie, nerveusement et surtout rapidement parce qu'on se les gèle ici. On est passé à l'heure d'été juste au moment où j'arrivais et le matin, en regardant le ciel plombé, je pensais, à cette heure ci à Casa, je serais encore sous les couettes. C'est que deux heures de décalage dans ce sens là, c'est dur, surtout dans la rigeur d'un petit matin gris.
En province, je me suis retrouvée à prendre un bus de liaison qui remplaçait le train pour cause de travaux sur la voie et une jeune femme n'a pas pu prendre la liaison parce son chien, un gentil corniaux arrivant à mi-mollet, n'avait pas de muselière. Et les gens dans le bus, au lieu de se dire que le chauffeur était un peu idiot avec son règlement, de gromeler qu'il avait bien raison, on ne sait jamais, et de regarder cette pauvre fille laissée au milieu de nul part avec son chien avec ressentiment pour le désagrément et la scène qu'elle provoquait. Sait-on jamais avec les jeunes, si ça se trouve, c'est une de ces gamines qui vivent dans la rue, hein, on sait pas d'où il vient son chien, pourrait être dangereux. Moi, je vous le dit, c'était une gosse charmante, propre sur elle avec un chien tout mignon et obéissant et elle n'avait rien d'une SDF.
Ici, les rues sont sales, sans doute, les murs lépreux, oui, la circulation chaotique et l'on voit même des moutons arnachés tout vivants sur le dos d'hommes en mobylette à l'époque de l'Aïd. Mais ce que l'on ne voit pas, c'est un chauffeur de bus dire à une jeune fille, c'est pas mon problème, le règlement, c'est le règlement quand elle lui demande comment elle va faire pour rejoindre sa destination s'il ne veut pas d'elle alors qu'elle a payé son billet. Ce que l'on ne voit pas, c'est cette méfiance sans fin, cette mine longue comme un jour sans pain sur le visage de tous les usagers du métro ou de ces gens traqués à la sortie des aéroports, des gares et des cafés fumant tristement et honteusement trois taffes de leur clope à 50 centime l'unité. Et oui, Paris sera toujours Paris quand Casablanca n'est qu'une ville industrielle pas belle, mais elle a plus d'âme en ce moment. Et je suis triste pour mon pays si beau qu'il soit en ce moment si frileusement racrapoté autour de valeurs d'hier, travail, famille, patrie, avec la haine de tout ce qui fera que demain sera pire qu'aujourd'hui.
Je suis triste, mais heureuse malgré tout : JMA et moi, nous ne sommes plus là pour penser que cette réalité sordide est la seule existante et je nous ressens un peu comme des survivants d'un cataclysme. Demain sera beau, Inch'Allah. Et sinon, nous verrons bien. Mais cessons d'avoir peur, tout est possible, surtout le meilleur.