Les résultats du bac
Il y a quelques jours que les résultats du bac sont tombés : le taux de réussite à la cession de juin est de 39,1%, ici. Si l'on compare ce résultat au 80% moyen constaté en France, plusieurs réflexions s'imposent immédiatement.
La première, c'est que nonobstant la fierté des bacheliers français, le bac en France ne constitue plus un examen bien difficile à même de faire la part entre les étudiants aptes à poursuivre des études suppérieures et les autres. Mais ça, je le savais déjà, d'ailleurs, le taux d'échec en première année de fac est ahurissant, en France. En ce sens, on peut certainement conclure que le bac marocain réussit mieux sa fonction d'écrémage et l'on peut être certain que seuls les meilleurs accèderont à un niveau suppérieur.
La seconde est en revanche moins joyeuse : 39%, ça fait quand même pas des masses, sachant que tous les enfants ne vont pas jusqu'au baccalauréat, loin s'en faut, entre ceux qui sont en échec scolaire avant et ceux qui n'ont tout simplement pas la possibilité de faire des études aussi longues avant de travailler ou de se marier.
J'ai à l'esprit l'exemple d'une jeune fille, une nièce d'Amina à qui j'ai donné des cours de français et d'anglais. Elle avait 15 de moyenne toute l'année, parle très correctement le français, même si elle n'est pas bilingue, a un niveau d'anglais assez mauvais mais comparable en tous points à celui d'un bachelier français lambda, bref, on aurait pu croire qu'elle parviendrait à réussir cette épreuve sans peine. Et bien non. Elle n'a pas le bac. Elle n'accède même pas à la cession de rattrapage, dont on nous dit pourtant que, de manière à remonter les stats nationales, on a abaissé la moyenne nécessaire pour y avoir droit. Dans sa classe de 43 élèves, seuls deux ont réussi le bac du premier coup et deux autres accèdent au rattrapage.
Là, y'a un souci : la conclusion logique est de penser que le baccalauréat est en effet une épreuve difficile ici, mais aussi que l'enseignement de sa classe au minimum (mais par extension, probablement d'un grand nombre de lycées publics défavorisés) n'est pas à la hauteur. Déjà, une classe de 43 élèves, cela dénote un manque de moyens évident, que l'on n'est pas loin de connaître en France, d'ailleurs. Mais surtout, une gamine qui a 15 de moyenne en terminale devrait en toute logique réussir son bac... A moins qu'elle ne soit pas notée selon des critères semblables à ceux qui lui seront demandés au bac.
Evidemment, reste la possibilité, à mon sens minime, mais admettons... Que cette jeune fille, au demeurant très émotive ait tout simplement paniqué et donc foiré son examen dans les grandes largeurs. Mais bon, encore une fois, le bac, c'est 10, le rattrapage, c'est 8, alors passer, du simple fait de la panique à un niveau valant 15 à moins de 8... Cela semble exagéré. D'autant que dans sa classe, moins de 5% des élèves sont admis à la première cession.
CQFD : son 15 de moyenne ne valait pas grand chose et les classes de terminale ne sont pas égales entre elles. Celle de cette jeune fille est visiblement mauvaise : moins de 5% de réussite. Il doit donc y avoir, pour compenser et arriver à ces 39,1%, des classes qui sont elles, excellentes. Et ce, hors missions étrangères puisque leurs élèves passent le bac étranger en question. Je crois que la carte scolaire apppliquée en France et remise en cause par notre nouveau président est décidément une bonne chose...
Quoi qu'il en soit, en tout, hors cession de rattrapage, nous avons donc 83 131 nouveaux bacheliers cette année. A tous ceux là, je dis bravo, parce que cela n'a pas l'air simple du tout, vous pouvez être fiers de vous.
A ces happy few, il faut rajouter tous ceux qui ont passé le bac dans les missions françaises ou espagnoles qui, comme je le disais, sont hors stats puisqu'ils passent le bac français ou espagnol. Eux, ont un taux de réussite exeptionnel, évidemment. Mais bon, d'un autre côté, comme je le disais, le bac français n'est pas super compliqué. On pourrait donc relativiser ces résultats. Ben en fait, non. D'abord, ces écoles privées et chères sont très cotés ici, ensuite, le bac français en général, comme tous les niveaux d'études français, est très valorisé au Maroc.
Et là, un vieux doute s'impose à moi, insidueux et inquiétant : si le bac français, facile et accessible à 80% des petits français de terminale pourtant pas tous des lumières est plus coté que le bac marocain, difficile et accessible à moins de 40% des petits marocains de terminale, déjà fort peu nombreux à avoir été jusque là, serait-ce que le bac marocain est moins "bon" ? Moins adapté ? Moins... mon esprit se rebelle à cette idée, difficile ?
A la réflexion, non, je ne crois pas : encore une fois, si je prends l'exemple de cette jeune fille, sur les deux seules matières où je connais son niveau, elle n'aurait dû avoir aucun problème. Son niveau d'anglais suffisait largement à lui obtenir un 10 en anglais première langue en France. Et quand au français, pour une langue étrangère niveau lycée, à l'échelle de la France, elle le parlait à la perfection. Evidemment, le français a un statut particulier, ici. M'enfin, si tout le monde le baragouine, seule l'élite est vraiment bilingue. Donc on en revient à l'idée que seule l'élite accède au bac. Alors la valorisation du bac français ne vient pas de son excellence, mais de son adaptation à ce qui est demandé en fac, à savoir un bon français, puisque les cours sont souvent donnés dans cette langue. Et aussi, probablement, à cette illusion que tout ce qui vient de la France est bon. Et enfin, évidemment, au fait que les missions françaises sont effectivement excellentes, du fait du nombre hallucinants d'enseignants, entre autre.
N'empêche, 39,1%, ça fait pas beaucoup...