Driss Benzekri et l'Instance Equité et Réconciliation

Publié le par Mel

Bonjour les zamis !

Dimanche soir dernier est mort un grand homme du Maroc, Driss Benzekri. Je doute que vous ayez jamais entendu parler de lui, si vous êtes français. Mais cet homme-là s'est engagé à fond pour les droits de l'homme ici. Incarcéré pendant les années de plomb, il en est sorti avec des idéaux indemnes et la volonté de restaurer la justice et la fraternité marocaine. Driss Benzekri était à la tête du CCDH (Conseil Consultatif des Droits de l'Homme) et est devenu, à sa fondation, le président de l'Instance Equité et Réconciliation, qui, en 2004, s'est attelée à la très difficile tâche de faire la lumière sur les exactions commises par le pouvoir depuis l'indépendance et bien évidemment, plus particulièrement durant les années de plomb.
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Son action a permis de réhabiliter des régions entières, marquées par la honte des prisons secrètes, des hommes de valeur, incarcérés de manière arbitraire et enfin de réconcilier le Maroc avec son passé très lourd. Son enterrement a presque provoqué des émeutes, tellement les milliers de personnes venues lui rendre un dernier hommage étaient émues.

Je crois que je vous en ais déjà parlé, mais si vous ne savez pas ce qu'est l'Instance Equité et Réconciliation, il est plus que temps de vous pencher sur le sujet. Entre 2004 et 2006, elle a minutieusement enquêtée sur les exactions commises par le régime avant 1999, recevant des milliers de témoignages de victimes, retrouvant le nom et la sépulture de plusieurs centaines de disparus, la trace de plusieurs milliers d'entre eux. Suite à cette gigantesque enquête, l'Instance Equité et Réconciliation a entamé un très ambitieux projet d'aide médicale et psychologique aux victimes et à leurs familles, de dédomagement des victimes (malheureusement très bas, les dédomagements, mais bon), d'aide à la restructuration des régions, à la réinsertion des personnes, etc.

Si le projet a été réclamé à corps et à cri par l'Europe et l'ONU, rendant tout d'abord méfiants et septiques un grand nombre de marocains, la mort de Driss Benzekri et l"émoi qui s'est ensuivi prouve, s'il en était encore besoin, à quel point il a été utile. Bien que toute la lumière n'ait pas pu être faite, bien que certains aient refusés de collaborer à ce grand projet de réconciliation et de justice nationale, l'Instance Equité et Réconciliation aura eu au moins le mérite de reconnaître publiquement les exactions d'état, de démanteler les prisons secrètes, d'ouvrir les charniers cachés et de permettre aux victimes et à leurs familles de faire leur deuil.

Le seul précédent à une telle initiative qui me vienne à l'esprit est la grande démarche de réconciliation entreprise par l'Afrique du Sud à la fin de l'apartheid, qui avait vu des comités parcourir le pays tout entier pour entendre victimes et bourreaux raconter les crimes de l'apartheid, afin que le pays puisse enfin s'unir sans faux-semblants. Très mal comprise à l'époque, cette initiative typiquement africaine qui postulait que faire la lumière sur les souffrances de tous et de chacun était plus important que punir les coupables, qui de toute façon se trouvaient des deux bords, a eu de quoi provoquer l'admiration. Car c'est en effet dans un climat serein que les noirs et les blancs vivent ensemble désormais, loin de l'esprit de vengeance auquel on aurait pu s'attendre, conscients de tous appartenir à leur terre d'Afrique.

Si l'Instance Equité et Réconciliation n'a pas été aussi loin, c'est dans le même esprit qu'elle a oeuvré et l'on peut dire aujourd'hui que, bien que des peurs et des ressentiments personnels se fassent jour encore régulièrement, elle a réussit sa mission. Non seulement Driss Benzekri, ancien prisonnier des années de plomb, faut-il le rappeler, a été totalement réhabilité dans son action tout au long de sa vie pour les droits de l'homme et la justice au Maroc, mais il fut salué par le gouvernement et le Roi comme un grand patriote.

Aujourd'hui, grâce à lui, grâce à tous ceux qui oeuvrent pour les droits de l'homme, nous sommes dans un autre Maroc, plus fort d'avoir reconnu ses errements passés et en paix avec lui-même... Même si tout n'est pas réglé, bien sûr. ;-)
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N
Salut MelUn grand homme effectivement s'est éteint. Un grand militant également.Merci.
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