Salut les zamis !
Alors aujourd'hui, et tant que c'est frais dans ma mémoire, je vais vous parler de notre petite excursion à Rabat, la capitale du Maroc qui se situe précisément à 91km de Casa, sur la côte atlantique, un peu plus au nord, et très exactement à l'embouchure du fleuve ouedBou Regred, anciennement, du temps de l'occupation romaine, Sala Colonia. Avant de vous montrer impressionnés par mon niveau culturel, sachez que je tire opportunément tous ces renseignements de mon guide touristique que d'ailleurs, j'avais oublié ce jour là, ce qui fait que je ne fait qu'extrapoler sur ce qu'on a vu et ce qu'on a raté et qu'on aurait dû voir, mais peu importe, c'était génial.
Sur la route de Rabat
Pourtant, la journée promettait un certain nombre de catastrophes. Il faut dire que, poussé par un enthousiasme inconsidéré, nous avions loué une voiture, clamant haut et fort notre envie de liberté de mouvement, (ce qui, sachant que ni Sandra ni moi n'avons le permis, signifie que JMA est devenu esclave du véhicule susmentionné, ce qui a de quoi être stressant, ici). Et bien évidemment, comme vous vous en souvenez peut-être, croyant dur comme fer que les récits d'apocalypse que nous faisaient les français concernant les routes marocaines étaient tout au plus des exagérations bénignes, nous roulions, inconscients de ce qui allait nous tomber dessus. JMA, lui, ayant récupéré la voiture l'avant veille, commençait à soupçonner la vérité, mais il était encore très loin du compte...
Or donc, l'autoroute qui relie Casa à Rabat... comment décrire cela? Imaginez une... autoroute, donc, mais avec des gens partout, des moutons, des dindons et même une poule qui se promèneraient sur les bas côté, sur le terre plein central qui délimite un sens de circulation de l'autre, et qui traverseraient sans prévenir et souvent sans regarder juste devant vos roues... C'est ça, mais en pire.
En fait, il y avait l'équivalent d'une foule un jour de marché sur cette autoroute. Comme nous avons fini par le déduire au vu des couleurs portées par tout ce beau monde, il devait y avoir un match de foot à Rabat ce jour là, opposant les deux équipes de Casablanca, qui, comme vous le savez, sont frères ennemis. Donc, tous les supporters de foot de Casa, d'un camp et de l'autre, voulaient s'y rendre. Mais tous n'en avaient pas les moyens. Donc tout ce que Casa comptait d'adolescents bourrés de testostérone et d'adrénaline se trouvait sur le bas côté à risquer sa vie pour essayer d'arrêter les voitures et faire du stop.
Et ça, c'est sans compter les voitures et mini camionnettes qui auraient dû être remisées à la casse depuis au moins 20 ans qui roulaient, avec la démarche erratique de l'ivrogne au dernier degré, chargées jusqu'à la gueule de supporters. Si dans un grand taxi conçu initialement pour être une Mercedes 5 places on peut mettre huit personnes plus le chauffeur (le concept même du grand taxi ici, 3 devant, 5 derrière), imaginez ce qu'on fait avec une camionnette... Dans l'une d'entre elle, j'ai compté jusqu'à 17 personnes, dans une chose qui avait dû être au beau temps des progrès automobile des années 70 un utilitaire de petite taille. Bien sûr, les portes de derrière étaient ouvertes, histoire que les 2 derniers puissent s'accrocher, leur pieds reposant sur le parechoc.
Et tout ça nous doublait allègrement, frôlait les gamins qui, faute d'espérer pouvoir aller au match avaient décidé de jouer à la roulette marocaine (traverser l'autoroute sans regarder, dans un sens puis dans l'autre, en hurlant pour évacuer la peur), faisait une embardée juste devant nous pour insulter une autre camionnette chargée de supporters de l'autre bord au point de frôler la chaussée avec la carrosserie, agitait des drapeaux, etc. Là dessus, il faut rajouter les moutons qui paissaient comme d'habitude sur les bas côté, les vendeurs de fruits et légumes sur les bandes d'arrêt d'urgence, les cueilleurs de fleurs sur le terre plein central, bref, la vie normale, quoi.
La Kasbah des Oudaias
Au bout d'un temps indéterminé (on dit qu'il faut une heure pour aller de Casa à Rabat, mais je vous jure, ça peut être long, une heure), nous arrivons donc sains et saufs dans ladite capitale du Maroc. Totalement au hasard, puisque j'ai oublié mon guide, nous repérons une porte fortifiée somptueuse et décidons d'aller voir ce que c'est. Ergo, nous laissons enfin la voiture et nous montons une pente digne de l'Everest (ça, c'est moi qui exagère, mais si vous croyez pouvoir en déduire que ma description de l'autoroute est exagérée, sachez qu'elle est en réalité probablement en dessous de la réalité. Au delà d'un certain cap, la réalité transcende tellement la fiction qu'il est nécessaire de l'édulcorer pour qu'elle paraisse crédible...). Et nous arrivons sur une large place devant ce qui est d'après mon guide, la Kasbah des Oudaias. La porte que je décris, absolument monumentale et magnifique serait, toujours d'après mon guide, Bab Oudaia. D'origine almohade, elle fut construite en 1195 et servait à l'origine à protéger un site stratégique à la jonction de l'océan et de l'ouedBou Regreg. A l'intérieur de ce qui reste de la forteresse se niche un petit village (disons, vu qu'il fait partie de Rabat, un quartier d'habitation) tout ce qu'il y a de plus charmant, avec des maisons peintes à la chaux et au bleu ciel, un peu à la manière d'un Sidi Bou Saïd marocain, vu que Sidi Bou Saïd, bandes d'ignares, c'est en Tunisie.
Bref, ça ressemblait quand même pas mal à Sidi Bou Saïd. Déjà, c'était tout en pente raide (teuf, teuf, teuf... Y'a pas à boire, dans ce bled ? Teuf... c'est beau quand même... Teuf...), et ce mélange de blanc et de bleu crus était tout aussi époustouflament beau... A couper le souffle (teuf...teuf) !!! Sauf qu'à Sidi Bou Saïd, ce sont les volets et les portes qui sont en bleus, et là, c'est le bas des maisons. Les portes, elles, sont assez fabuleuses : sculptées, ornées de diverses choses en bronzes dont on ne comprend pas bien le sens (je pense en particulier à une porte couverte d'assiettes, de chevaux, de ciseaux et autres bizarreries en bronze. Pas vraiment jolie, à dire vrai, mais surprenante, pour le moins !). Pour les plus belles et les plus ouvragées, il semblait de mise de peindre une partie des sculpture de bois en argenté, ce qui donne un aspect plutôt étrange et kitch à ce qui sont, du reste, des pures merveilles. Bref, c'était vraiment très rigolo et beau et crevant. On a pas regretté. Je lis dans le guide que nous sommes passés à côté de deux des merveilles du coin : la plateforme du sémaphore, de laquelle on est supposé avoir une vue somptueuse de l'estuaire et dont je soupçonne que c'est là que nous avons pris un pot mais comme nous voulions être au soleil et non sous les pergolas de bois, nous avons tourné le dos à la vue; et les jardins andalous, sensés se situer au sud de la Kasbah et être un des jardins à la française (pourquoi les appeler andalous, alors ?!?) les plus beaux du Maroc. Là, j'avoue, on a même pas vu un bout de verdure, donc on est vraiment passé à côté. Pourtant, à force de tourner et retourner (teuf...teuf...) dans le village, je pensais vraiment qu'on en avait exploré tous les recoins. Mais il semble qu'il soit situé près du musée des Oudaias devant lequel on est passé mais qui était fermé et qui se trouve être dans le palais de Moulay Ismail (une merveille architecturale qui date du XVIIème siècle et que l'on a juste entraperçue). Il est donc possible que nous soyons passé devant sans les voir, croyant sans raison que toute cette partie là était fermée entre midi et deux. Bref, c'était quand même bien.
La médina
Après, nous sommes redescendus par la médina fortifiée datant elle aussi du XVIIème siècle, médina que le guide qualifie d'aseptisée par rapport à celle de Marrakech. C'est pas faux, les rues sont larges, les commerces proprets, mais c'est très très beau. D'abord, elle est recouverte en grande partie d'un toit en bois ajouré qui tamise la lumière crue du soleil, ensuite les portes sont là encore très travaillées et belles, et puis, après les venelles tortueuses de la kasbah des Oudaias, ça faisait du bien de flâner. Nous sommes rentré par une grande place, sensée être l'ancien marché aux esclaves et nous nous en sommes échappés par des ruelles plus chaotiques vers notre voiture, en bas de la côte et à côté de l'estuaire.
La tour Hassan et le mausolée Mohammed V
De là, nous avons voulu faire un tour du côté de l'énorme Koutoubia que nous avions aperçus des hauteurs et qui se trouvait être la tour Hassan. Ce minaret, voulu par le sultan almohade Yacoub El-Mansour, devait être le plus grand et le plus beau du monde islamique mais n'a jamais fini d'être construit. La tour aurait dû faire 60m de hauteur et n'en fait "que" 44, ce qui reste impressionnant. Elle se dresse près de ce qui fut un jour un début de mosquée et fut entièrement détruit par un tremblement de terre en 1755. Il ne reste de cette entreprise pieuse que la tour et quelques piliers, posés à intervalles réguliers sur une immense place, ce qui n'est pas sans rappeler le Palais Royal à Paris et les colonnes de Buren. D'autant que, juste à côté se trouve le Mausolée de Mohammed V, une merveille architecturale toute de zellige blanc, devant laquelle des gardes à cheval tentent de rester impassibles dans la chaleur du jour. On y trouve la tombe du grand père du roi actuel, le fameux Mohammed V, libérateur du royaume et celle de Hassan II. Sandra qui y a fait un tour (tandis que moi je finissais de me remettre de mes exploits hautement sportifs dans la Kasbah) dit que c'est assez impressionnant. On entre dans une construction ouverte sur l'extérieur et on surplombe lesdits tombeaux, entourés de tout un tas de gardes en tenue d'apparat. En tout cas, vu de l'extérieur, c'est magnifique et c'est certainement un très bel exemple d'architecture marocaine.
Le site de Chellah et ses chats (oui, bon, d’accord, ses cigognes…)
Après quoi, ayant entendu dire que la ville de Salé, jumelle de Rabat, était magnifique, nous avons décidé de tenter d'y aller. Mais comme nous n'avions pas de guide, ben... On s'est planté. On était pas loin, en fait, il paraît que la tour se situe précisément à la jonction des deux villes, il eut suffit de traverser le fleuve et c'était bon. Mais on a rien vu. Alors on a tourné un peu et nous sommes tombés, en passant devant le palais royal, sur le site de Chellah, l'ancienne cité romaine de Sala Colonia dont je vous parlais tout à l'heure. Là encore, c'était superbe. Passé l'enceinte extérieure, et une fois payé l'écot modique donnant droit à la ballade (10dhs par personne, une misère !), on arrive dans des jardin en pente qui donnent sur les anciennes ruines romaines d'un côté, et la nécropole du sultan Abou el Hassan Ali datant du XIIIème siècle de l'autre. Un peu plus loin, on trouve également des tombes de saints et le bassin aux anguilles, réputé rendre la fertilité aux femmes qui vont s'y recueillir et donner des oeufs auxdites anguilles. Un peu partout nichent des cigognes, dont le craquètement accompagne rythmiquement la visite. Et en se promenant un peu, on peut distinguer là les restes d'un temple dédié à Jupiter, ici un arc de triomphe, à côté, les fondations de l'ancienne médersa avec ses cellules minuscules pour les étudiants coraniques et les salles d'ablution. Pour moi, ce fut le clou de la journée. Il faisait beau et le site était magnifique, ce qui amenait des couples de jeunes gens à se draguer gentiment un peu partout. Bien sûr, Sandra et JMA se sont beaucoup promenés, les touristes regardaient les cigognes et moi... Je suis restée assise une bonne demi heure, une chatte isabelle pastel à trois pattes sur mes genoux qui ronronnait comme une folle, après m'avoir sauté dessus avec un miaulement décidé et enjôlant. Elle était mignonne, cette petite chatte qui s'est donné avec tant de confiance !!! Les ruines, les cigognes, Jupiter et tous les saints pouvaient se rhabiller, j'étais bien. Je la regardais faire sa toilette, chercher une place confortable sur mes genoux, me réclamer des caresses et je pensais, le bonheur, c'est cela, très précisément. Je crois que je suis incorrigible, j'aime les chats passionnément et c'est la première fois qu'un chat se donnait à moi comme cela. J'étais émerveillée.
Rabat en elle même
Bon, bref, revenons à nos moutons. Après toute ces émotions, nous avons décidé de prendre un pot dans la ville moderne, que JMA a réussit à situer après quelques tours, vu que nous n'avions toujours pas de cartes et que les panneaux indicateurs sont rares. Nous n'avons que peu vu Rabat en tant que telle, au final, mais elle dégage une impression assez proche de celle de Versailles : très belle, très hiératique et un peu morte. C'est une ville calme, dans laquelle les gens roulent lentement, très propre et très, très éloignée du chaos de Casa. Une ville que tu ne peux t'empêcher de trouver superbe, mais en même temps, chiante comme la mort. Bref, une ville parfaite pour passer quelques jours, quelques heures de temps en temps, mais pas pour vivre. En revanche, ce que Casa fait de mieux en matière d'architecture est ici la base. Bref, c'est vraiment joli. Et plein de flics partout partout. Une telle concentration au mètre carré, ça en devient effarant, mais en même temps, c'est logique, la ville entière est le siège du gouvernement, des ambassades et de tout ce qu'il y a de plus officiel dans ce pays alors il y a des flics en tenue d'apparat qui font les plantons partout.
La route du retour et le soleil couchant
Après, nous sommes repartis par la route de la côte, longeant la mer sur un couché de soleil somptueux mais inopportunément situé presque en face de nous, ce qui ne simplifiait pas la tâche de JMA, mais que personnellement, j'ai énormément apprécié. Quand après deux heures de route et au niveau de Mohammedia (30 km de Casa, la ville balnéaire la plus courue du coin, mais aussi une assez grande ville comprenant pas mal d'universités), nous avons décidé de rejoindre l'autoroute « pour aller plus vite », innocents que nous étions, nous sommes tombés sur un bouchon monstrueux, généré par 3 accidents différents, dont l'un au moins avait été provoqué par l'embouteillage lui même puisque les voitures s'étaient carambolées sur la voie d'arrêt d'urgence transformée pour l'occasion en voie rapide par nos intrépides amis les marocains. Au final, l'autoroute était resserrée, perdant une voie de circulation, ce qui veut dire qu'au lieu de trois voies, nous en disposions de 5 (en comptant voie d'arrêt d'urgence et bas côté) mais à 20 à l'heure. Tout le monde cherchant à ruser pour aller plus vite, les voitures se doublaient tous les 3 mètres pour grappiller 5 centimètres, et c'est ainsi que nous eûmes la joie et le bonheur de voir coincée une sale bonne femme qui nous avait embouti par l'arrière avant de nous frôler sur le côté au point de retourner le rétro pour aller plus vite. Elle avait mal choisie son optimisation et je pense que lorsque nous sommes arrivés à la maison, elle ne devait pas encore être sorti de là.
Evidemment, il y avait autant de piétons qu'à l'aller, autant de camionnettes bourrées de supporters rentrant à Casa, bref, autant de bordel, quoi. Nous n'avons même pas pris la peine de savoir qui avait gagné ce match.
PS : Félicitations à tous ceux qui ont réussit à tenir jusque là : vous avez lu 15 430 signes. Cela représente quasiment 10 pages d’un livre de poche… ;-)
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