Dimanche 29 octobre 2006

Pour ceux d'entre vous qui ne connaissent absolument pas le Maroc, voici quelques infos de base :

Le Maroc est un pays du Maghreb qui fait 710 000 km2 à peu près (histoire de comparer, la France fait 675 500 km2, donc c'est à peine plus grand et là dedans, il y a tout plein de désert). La capitale en est Rabat, sur la côte atlantique, mais c'est Casablanca qui est le centre économique et démographique du Maroc. Le régime politique local est la monarchie constitutionelle et le roi actuel est SM Mohammed VI. Le climat marocain est varié, entre Marrakech qui est situé en plein milieu du désert qui connaît donc des écarts de température hallucinants, avec plus de 55°C l'été et des températures négatives la nuit en hiver, Tanger et son climat méditéranéen et Casa, située sur l'atlantique sans l'influence du Golfstream qui correspond à un climat tempéré. L'économie est basée en premier lieu sur l'agriculture, puis sur le tourisme, sur lequel SM compte beaucoup pour assurer le dévellopement du pays, et enfin sur l'industrie, surtout textile.  Ici, il n'y a pas de pétrole, ce qui n'est pas plus mal et préserve le pays des crises internationales. Le revenu minimum marocain est d'un peu moins de 2000 Dhs, soit moins de 200 euros par mois, mais il y a également une population richissime, bien plus qu'en France par exemple.

Concernant Casa, maintenant. C'est une ville de 5 millions d'habitants, l'une des plus grandes villes d'afrique. Le centre historique est composé d'une médina sympathique, mais qui, de l'avis général ne vaut pas celle de Marrakech. En revanche, l'ancien quartier français est somptueux. composé presque exclusivement de bâtiments de 3 étages à la façade blanche et stuquée, elle est un mélange étonnant de style art-déco mâtiné de mauresque. Beaucoup de rues ont leurs trottoirs sous arcades, et l'ensemble est de toute beauté. Malheureusement, très peu d'efforts sont faits pour préserver ce patrimoine architectural, donc les crépis s'en vont en charpie et des immeubles entiers tombent en ruine. Pour les parisiens, cela ressemble au Paris des années 60-70, quand on pensait que le top du top, c'était d'habiter le Vézinet. Pour les bordelais, c'est un peu le quartier St-Michel ou l'ensemble du centre il y a dix, quinze ans.

Du coup, c'est tout autour que la "vraie" ville active se crée. Il y a nombre de quartiers ici, tous différents les uns des autres, mais aussi tous modernes. Et comme au Maroc, on n'a pas la passion de l'entretien des immeubles, quand un quartier se décrépit, il change de population et devient plus populaire. On trouve des immeubles type buildings (mais pas énormément), beaucoup de résidences qui toutes, ont un magasin au rez-de-chaussé et des villas privées, de la plus petite (m'enfin, quand même 150m2 au minimum) aux plus extravagantes (1000 m2 avec piscine, etc.).

Tout bouge très vite ici. Du coup, d'une rue à l'autre, vous êtes devant le palais royal ou dans un quartier mal famé où l'on vend des pneus. Les adresses sont quasiment inutiles, ici. Quand vous prenez un taxi, il est bien plus simple de dire "allez en face des twins" que "rue machin". Faut dire qu'en plus, les rues ont souvent plusieurs noms : leur ancien nom français, le nom "marocanisé" et puis aussi les noms changés au passage d'un souverain à un autre alors...

Voilà, au final, le Maroc et Casa en particulier, se résument par leurs contrastes : des très riches aux très pauvres, de la plus grande modernité aux remparts des médinas, des femmes voilées aux femmes d'affaires très respectés.

Quand j'aurai plus le temps, je mettrais des photos, ce sera plus parlant.

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Lundi 30 octobre 2006

Bonjour les zamis !

A peine un jour que j'ai ouvert ce blog et j'ai déjà des copains qui réagissent dessus et m'envoie des messages d'encouragement. Merci, ça fait plaisir !

Sinon, comme je sais que vous êtes tous impatients de découvrir de visu comment est Casablanca mais que je n'ai pas eu le temps de faire des photos, j'ai fait une ch'tite recherche sur Internet pour vous montrer quelques images qui correspondent assez bien à ce que j'ai pu voir de la ville jusqu'à présent, entre notre arrivée hier soir et notre premier séjour de 15 jours en septembre.

Déjà, une petite carte de Casa la ville :

Et puis ensuite, bien sûr, de la mosquée Hassan II, dont je pense que tout le monde a entendu parler :

La ville moderne et ses trois ou quatre buildings :

ça fait très LA, vous ne trouvez pas ? Mais en fait, juste derrière et pis juste à côté, il y a des petites boutiques, des vendeurs de rue et des petites maisons... Mais bon, c'est impressionnant quand même, non ?

La médina :

Et enfin, une vue aérienne de la ville :

 

Voilà, dès que j'aurais un peu plus de temps, je vous mettrais des photos à moi, qui montrerons tous les aspects de Casa, pas seulement les plus lisses, qui sont aussi, comme chacun sait, souvent les moins intéressants. En tout cas, cette ville est extraordinaire, ça, je peux vous le garantir !

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Lundi 11 décembre 2006

Salut les zamis !

alors, voici les photos dont je vous avais parlé, que JMA a pris des fenêtres de notre appart'. C'est un petit peu notre Casa à nous, dans tous les sens du terme, lol.

Alors, voici d'abord l'école que je vois de la fenêtre de mon salon, de laquelle j'observe les enfants jouer durant les récréations. Et j'ai beau savoir à quel point les monstres sont sans doute aucun cruels, conformistes jusqu'à la démence et très probablement mal élevés, malgré tout, ce spectacle m'apaise et me semble refléter la beauté du monde et de la vie. Dans le fond à gauche, tout en haut de la photo, on voit deux immeubles jumeaux, c'est le Twin Center, le coeur de Maârif, le quartier commerçant moderne.

De la fenêtre de la salle à manger (c'est à dire qu'il s'agit d'un double séjour, donc de l'autre fenêtre du séjour si vous préférez), je vois donc un paysage urbain, avec, en arrière-fond, la mer et le phare d'El Ank. Comme vous le voyez, là encore, aucun vis-à-vis et une vue plutôt sympa...

De la chambre, je vois le port industriel (là, c'est le matin) et, à côté, la mer.

Le même port, la nuit, tout auréolé par la brume et les lumières diffuses, c'est rougeoyant et tout à fait impressionant à regarder.

La mer et les bateaux qui passent de la fenêtre de la chambre, toujours...

Voilà, ce sera tout pour aujourd'hui, mais c'est promis, on fera d'autres photos, de Casa bien sûr, de l'appart' aussi, dès qu'il commencera à être présentable.

En attendant ce jour béni où nous seront enfin confortablement installés, je vous laisse, j'ai encore des millions de choses à faire.

Bisous à tous et à très vite,

 

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Dimanche 21 janvier 2007

Bonjour à tous !

Alors, chose promise, chose due, voici donc un petit post sur le Maroc, et plus exactement sur Casa.

Casa est la seconde métropole d'Afrique et elle héberge 5 millions d'habitants. Si Rabat est la capitale politique du Maroc, son centre économique est Casa. Casa n'est pas réputée pour sa beauté, mais pour le travail. La plupart des marocains considèrent cette ville comme étant trop stressée, polluée, laide, européanisée et sans grâce. De fait, rien de cela n'est entièrement faux. Seulement, les descriptions ne lui rendent pas justice.

Je m'explique : en dehors de son centre historique, qui est complètement à l'abandon malheureusement mais qui présente de très beaux exemples d'architecture art déco mâtinée de mauresque, il est vrai que Casablanca est une ville moderne et très chaotique, construite sans réelle préoccupation d'harmonie. C'est d'autant plus vrai que, depuis la mort d'Hassan II, la ville, comme d'ailleurs le reste du Maroc, a vécu une véritable renaissance, qui s'est traduite par une expansion rapide dans... A peu près toutes les directions ! En clair, Casa a triplé de surface en 10 ans, avec la spéculation immobilière qui va avec, bien sûr. Et qui dit spéculation immobilière et urbanisation accélérée dit nécessairement dégradation du paysage, abandon plus ou moins rapide des immeubles abîmés au profit de nouveaux buildings ou résidences d'un standing de plus en plus important, donc accroissement des prix, donc augmentation proportionelle du nombre de bidonvilles puisque la classe populaire la plus démunie n'a pas les moyens de s'offrir un logement décent dans cette ville qui est en même temps leur meilleure chance de travailler. Quand à la pollution, c'est vrai aussi : la régulation d'émission de gaz d'échappement, c'est pour les chiens (et on n'aime pas les chiens en pays musulman) et la circulation est monstrueuse. Rajoutez à cela les industries, toutes concentrées dans cette région, et vous aurez un air d'une fraîcheur maritime toute théorique. Et encore, heureusement qu'il y a la mer, sans quoi, ce serait tout simplement irrespirable. Ah ! la mer, voilà ce qui sauve cette ville, me direz-vous. Ben en fait, Casablanca, comme la majorité des métropoles sises sur la mer n'est absolument pas tournée vers elle. Comme New york, quoi. Donc la mer, on la voit uniquement sur la corniche, à l'extremité de la ville, nulle part ailleurs. Le port, quand à lui, est un port industriel fermé et clôturé par une palissade énorme qui en bouche la vue. Il paraît qu'un jour naîtra à côté un port de plaisance, mais pour l'instant, le projet va et vient, au gré de l'humeur des investisseurs saoudiens qui n'ont pas l'air pressés.

Bref, comme vous le voyez, au premier abord, le tableau est plutôt sombre. Pourtant, si les marocains pensent pour la plupart que cette ville est un enfer sur terre, les trois quarts des Casaouïs pensent à l'inverse qu'il n'y a nul part où vivre ailleurs au Maroc. Et je ne suis pas loin de penser comme eux.

En effet, Casa, c'est tout ça, mais c'est aussi le coeur vivant de ce pays, tout ce qui se passe au Maroc commence à Casablanca, et elle a cette manière bien à elle de superposer des strates de réalités complètement opposées, la misère à côté d'une résidence somptueuse, un cireur de chaussures juste en face d'une bijouterie de grand luxe, la tradition face à la modernité, la ferveur religieuse dans un bar à alcool, la sorcellerie berbère combinée aux gadgets derniers cris, une jeune fille sexy en diable qui discute avec une autre voilée des pieds à la tête, des femmes libérées qui travaillent et sont le supérieur hiérarchique d'une dizaine d'hommes, mais qui vivent chez leurs parents en attendant le mariage, les couples qui se frôlent la main en se regardant, ravis et coupables de tant d'exhibitionisme, les enfants qui jouent dans les rues et que tout un chacun surveille naturellement pour que rien ne leur arrive, les buts tracés à la craie et délimités par des cailloux jusque sur des voies rapides, les hommes sérieux et pressés qui s'arrêtent pour tailler le bout de gras dans un café, les charettes à bras qui remontent une avenue en contresens, les 4X4 lavés quotidiennement et lustrés toute la sainte journée par le chauffeur, tout ces mélanges extravagants qui n'existent nul part ailleurs, voilà ce qu'est Casa.

Casa n'est pas belle, mais elle est séduisante, Casa n'est pas harmonieuse, mais son chaos est reposant, Casa est un mille-feuille. Dans certains endroits, je suis, moi, femme occidentale, comme un poisson dans l'eau. Dans d'autres, je ne pourrais pas mettre un orteil sans y risquer ma vie. Casa est tout sauf aseptisée, Casa n'est pas pour autant marocaine, Casa n'est que Casa et n'est comparable à nulle autre ville. Mais bon, hein, c'est pas parce que c'est impossible que je ne vais pas essayer, lol.

Une amie française mariée à un marocain et qui vit là depuis 40 ans m'a confié que Casa était une ville dangereuse parce que très sujette au soulèvement, au mouvement d'humeur. Ainsi, elle m'a raconté que lors de l'annonce de la première guerre du Golf, en une journée, toute la ville s'était soulevée contre les occidentaux et les juifs et les avait poursuivi. Le matin même, alors qu'elle allait faire son marché, les porteurs du marché, qui la connaissaient tous, l'avaient encadré et raccompagné jusqu'à sa voiture, en lui disant de ne surtout pas sortir de chez elle avant que les choses ne se calment. Un ami né ici mais élevé en France m'a dit que sa mère avait absolument voulu quitter cette ville suite à un incident de ce type qui avait vu la mort d'une institutrice lapidée en pleine rue par ses voisins et les parents de ses élèves. Dans les deux cas, le lendemain, tout était rentré dans l'ordre.

En un sens, Casa me fait penser à Paris, ou tout du moins à ce que l'on en racontait pendant des siècles : la ville est frondeuse, la ville est sale, la ville bat sur un rythme qui n'est que le sien et que tout un chacun suit instinctivement comme un tempo bien huilé, la ville est un mélange, tout et n'importe quoi y cohabite en bonne intelligence ou bien s'écharpe, sans plus de raison que l'humeur de la ville. Casa est vivante, elle est une entité à part entière et non un point sur la carte. Elle est faite d'ambiance, elle est indescriptible, on l'aime ou on la hait, et moi, je l'adore.

Marrakech est bien plus belle, c'est tout à fait certain. Mais comment dire, c'est une ville tellement touristique qu'on se croirait dans un Disneyland marocain. Faites la queue pour l'attraction du Souk, regardez à gauche, où un berbère exécute pour vous une danse authentique et n'oubliez pas les ho ! et les ha ! d'appréciation, s'il vous plaît, une petite photo avec le charmeur de serpent ? Voilà mesdames, des pâtisseries typiquement orientales et pour vous messieurs, une petite danse du ventre, peut-être ? Holà, la gazelle, vient voir mes babouche climatisées !

Fèz est semble-t-il une toute petite ville, repliée sur ses traditions, magnifique, certes, mais on s'y ennuie tellement ! Rabat ? Mouais, pourquoi diable vivre à seulement une heure de la vraie vie, de Casa, quoi ! Tanger, peut-être... Tanger est en pleine renaissance et se situe à la jonction de la méditerranée et de l'océan, il est bien possible que cela soit une ville intéressante, un futur centre. Mais pour l'instant, le coeur du Maroc, c'est Casa et c'est pourtant la moins marocaine des villes. En ce sens, peut-être bien que Casa ressemble à New-York, finalement.

Mais bon, c'est vous, mes amis, qui me direz ce que vous en pensez, quand vous viendrez et que je vous montrerais ses contrastes et sa manière bien à elle de créer de la beauté en plein terrain vague.

En attendant, cette ville n'a pas finie de m'étonner ni surtout de m'émerveiller. Décidément, venir vivre ici est une des meilleures décisions de ma vie, un peu comme celle de venir vivre à Paris l'a été en son temps, quoi.

Bises à tous et demain, si vous le voulez bien ! (Ou alors à après-demain, hein, si d'ici là j'ai rien à raconter...)

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Mercredi 21 février 2007

Salut les zamis !

Alors aujourd'hui, et tant que c'est frais dans ma mémoire, je vais vous parler de notre petite excursion à Rabat, la capitale du Maroc qui se situe précisément à 91km de Casa, sur la côte atlantique, un peu plus au nord, et très exactement à l'embouchure du fleuve ouedBou Regred, anciennement, du temps de l'occupation romaine, Sala Colonia. Avant de vous montrer impressionnés par mon niveau culturel, sachez que je tire opportunément tous ces renseignements de mon guide touristique que d'ailleurs, j'avais oublié ce jour là, ce qui fait que je ne fait qu'extrapoler sur ce qu'on a vu et ce qu'on a raté et qu'on aurait dû voir, mais peu importe, c'était génial.

Sur la route de Rabat

Pourtant, la journée promettait un certain nombre de catastrophes. Il faut dire que, poussé par un enthousiasme inconsidéré, nous avions loué une voiture, clamant haut et fort notre envie de liberté de mouvement,  (ce qui, sachant que ni Sandra ni moi n'avons le permis, signifie que JMA est devenu esclave du véhicule susmentionné, ce qui a de quoi être stressant, ici). Et bien évidemment, comme vous vous en souvenez peut-être, croyant dur comme fer que les récits d'apocalypse que nous faisaient les français concernant les routes marocaines étaient tout au plus des exagérations bénignes, nous roulions, inconscients de ce qui allait nous tomber dessus. JMA, lui, ayant récupéré la voiture l'avant veille, commençait à soupçonner la vérité, mais il était encore très loin du compte...

Or donc, l'autoroute qui relie Casa à Rabat... comment décrire cela? Imaginez une... autoroute, donc, mais avec des gens partout, des moutons, des dindons et même une poule qui se promèneraient sur les bas côté, sur le terre plein central qui délimite un sens de circulation de l'autre, et qui traverseraient sans prévenir et souvent sans regarder juste devant vos roues... C'est ça, mais en pire.

En fait, il y avait l'équivalent d'une foule un jour de marché sur cette autoroute. Comme nous avons fini par le déduire au vu des couleurs portées par tout ce beau monde, il devait y avoir un match de foot à Rabat ce jour là, opposant les deux équipes de Casablanca, qui, comme vous le savez, sont frères ennemis. Donc, tous les supporters de foot de Casa, d'un camp et de l'autre, voulaient s'y rendre. Mais tous n'en avaient pas les moyens. Donc tout ce que Casa comptait d'adolescents bourrés de testostérone et d'adrénaline se trouvait sur le bas côté à risquer sa vie pour essayer d'arrêter les voitures et faire du stop.

Et ça, c'est sans compter les voitures et mini camionnettes qui auraient dû être remisées à la casse depuis au moins 20 ans qui roulaient, avec la démarche erratique de l'ivrogne au dernier degré, chargées jusqu'à la gueule de supporters. Si dans un grand taxi conçu initialement pour être une Mercedes 5 places on peut mettre huit personnes plus le chauffeur (le concept même du grand taxi ici, 3 devant, 5 derrière), imaginez ce qu'on fait avec une camionnette... Dans l'une d'entre elle, j'ai compté jusqu'à 17 personnes, dans une chose qui avait dû être au beau temps des progrès automobile des années 70 un utilitaire de petite taille. Bien sûr, les portes de derrière étaient ouvertes, histoire que les 2 derniers puissent s'accrocher, leur pieds reposant sur le parechoc.

Et tout ça nous doublait allègrement, frôlait les gamins qui, faute d'espérer pouvoir aller au match avaient décidé de jouer à la roulette marocaine (traverser l'autoroute sans regarder, dans un sens puis dans l'autre, en hurlant pour évacuer la peur), faisait une embardée juste devant nous pour insulter une autre camionnette chargée de supporters de l'autre bord au point de frôler la chaussée avec la carrosserie, agitait des drapeaux, etc. Là dessus, il faut rajouter les moutons qui paissaient comme d'habitude sur les bas côté, les vendeurs de fruits et légumes sur les bandes d'arrêt d'urgence, les cueilleurs de fleurs sur le terre plein central, bref, la vie normale, quoi.

La Kasbah des Oudaias

Au bout d'un temps indéterminé (on dit qu'il faut une heure pour aller de Casa à Rabat, mais je vous jure, ça peut être long, une heure), nous arrivons donc sains et saufs dans ladite capitale du Maroc. Totalement au hasard, puisque j'ai oublié mon guide, nous repérons une porte fortifiée somptueuse et décidons d'aller voir ce que c'est. Ergo, nous laissons enfin la voiture et nous montons une pente digne de l'Everest (ça, c'est moi qui exagère, mais si vous croyez pouvoir en déduire que ma description de l'autoroute est exagérée, sachez qu'elle est en réalité probablement en dessous de la réalité. Au delà d'un certain cap, la réalité transcende tellement la fiction qu'il est nécessaire de l'édulcorer pour qu'elle paraisse crédible...). Et nous arrivons sur une large place devant ce qui est d'après mon guide, la Kasbah des Oudaias. La porte que je décris, absolument monumentale et magnifique serait, toujours d'après mon guide, Bab Oudaia. D'origine almohade, elle fut construite en 1195 et servait à l'origine à protéger un site stratégique à la jonction de l'océan et de l'ouedBou Regreg. A l'intérieur de ce qui reste de la forteresse se niche un petit village (disons, vu qu'il fait partie de Rabat, un quartier d'habitation) tout ce qu'il y a de plus charmant, avec des maisons peintes à la chaux et au bleu ciel, un peu à la manière d'un Sidi Bou Saïd marocain, vu que Sidi Bou Saïd, bandes d'ignares, c'est en Tunisie.

Bref, ça ressemblait quand même pas mal à Sidi Bou Saïd. Déjà, c'était tout en pente raide (teuf, teuf, teuf... Y'a pas à boire, dans ce bled ? Teuf... c'est beau quand même... Teuf...), et ce mélange de blanc et de bleu crus était tout aussi époustouflament beau... A couper le souffle (teuf...teuf) !!! Sauf qu'à Sidi Bou Saïd, ce sont les volets et les portes qui sont en bleus, et là, c'est le bas des maisons. Les portes, elles, sont assez fabuleuses : sculptées, ornées de diverses choses en bronzes dont on ne comprend pas bien le sens (je pense en particulier à une porte couverte d'assiettes, de chevaux, de ciseaux et autres bizarreries en bronze. Pas vraiment jolie, à dire vrai, mais surprenante, pour le moins !). Pour les plus belles et les plus ouvragées, il semblait de mise de peindre une partie des sculpture de bois en argenté, ce qui donne un aspect plutôt étrange et kitch à ce qui sont, du reste, des pures merveilles. Bref, c'était vraiment très rigolo et beau et crevant. On a pas regretté. Je lis dans le guide que nous sommes passés à côté de deux des merveilles du coin : la plateforme du sémaphore, de laquelle on est supposé avoir une vue somptueuse de l'estuaire et dont je soupçonne que c'est là que nous avons pris un pot mais comme nous voulions être au soleil et non sous les pergolas de bois, nous avons tourné le dos à la vue; et les jardins andalous, sensés se situer au sud de la Kasbah et être un des jardins à la française (pourquoi les appeler andalous, alors ?!?) les plus beaux du Maroc. Là, j'avoue, on a même pas vu un bout de verdure, donc on est vraiment passé à côté. Pourtant, à force de tourner et retourner (teuf...teuf...) dans le village, je pensais vraiment qu'on en avait exploré tous les recoins. Mais il semble qu'il soit situé près du musée des Oudaias devant lequel on est passé mais qui était fermé et qui se trouve être dans le palais de Moulay Ismail (une merveille architecturale qui date du XVIIème siècle et que l'on a juste entraperçue). Il est donc possible que nous soyons passé devant sans les voir, croyant sans raison que toute cette partie là était fermée entre midi et deux. Bref, c'était quand même bien.

La médina

Après, nous sommes redescendus par la médina fortifiée datant elle aussi du XVIIème siècle, médina que le guide qualifie d'aseptisée par rapport à celle de Marrakech. C'est pas faux, les rues sont larges, les commerces proprets, mais c'est très très beau. D'abord, elle est recouverte en grande partie d'un toit en bois ajouré qui tamise la lumière crue du soleil, ensuite les portes sont là encore très travaillées et belles, et puis, après les venelles tortueuses de la kasbah des Oudaias, ça faisait du bien de flâner. Nous sommes rentré par une grande place, sensée être l'ancien marché aux esclaves et nous nous en sommes échappés par des ruelles plus chaotiques vers notre voiture, en bas de la côte et à côté de l'estuaire.

La tour Hassan et le mausolée Mohammed V

De là, nous avons voulu faire un tour du côté de l'énorme Koutoubia que nous avions aperçus des hauteurs et qui se trouvait être la tour Hassan. Ce minaret, voulu par le sultan almohade Yacoub El-Mansour, devait être le plus grand et le plus beau du monde islamique mais n'a jamais fini d'être construit. La tour aurait dû faire 60m de hauteur et n'en fait "que" 44, ce qui reste impressionnant. Elle se dresse près de ce qui fut un jour un début de mosquée et fut entièrement détruit par un tremblement de terre en 1755. Il ne reste de cette entreprise pieuse que la tour et quelques piliers, posés à intervalles réguliers sur une immense place, ce qui n'est pas sans rappeler le Palais Royal à Paris et les colonnes de Buren. D'autant que, juste à côté se trouve le Mausolée de Mohammed V, une merveille architecturale toute de zellige blanc, devant laquelle des gardes à cheval tentent de rester impassibles dans la chaleur du jour. On y trouve la tombe du grand père du roi actuel, le fameux Mohammed V, libérateur du royaume et celle de Hassan II. Sandra qui y a fait un tour (tandis que moi je finissais de me remettre de mes exploits hautement sportifs dans la Kasbah) dit que c'est assez impressionnant. On entre dans une construction ouverte sur l'extérieur et on surplombe lesdits tombeaux, entourés de tout un tas de gardes en tenue d'apparat. En tout cas, vu de l'extérieur, c'est magnifique et c'est certainement un très bel exemple d'architecture marocaine.

Le site de Chellah et ses chats (oui, bon, d’accord, ses cigognes…)

Après quoi, ayant entendu dire que la ville de Salé, jumelle de Rabat, était magnifique, nous avons décidé de tenter d'y aller. Mais comme nous n'avions pas de guide, ben... On s'est planté. On était pas loin, en fait, il paraît que la tour se situe précisément à la jonction des deux villes, il eut suffit de traverser le fleuve et c'était bon. Mais on a rien vu. Alors on a tourné un peu et nous sommes tombés, en passant devant le palais royal, sur le site de Chellah, l'ancienne cité romaine de Sala Colonia dont je vous parlais tout à l'heure. Là encore, c'était superbe. Passé l'enceinte extérieure, et une fois payé l'écot modique donnant droit à la ballade (10dhs par personne, une misère !), on arrive dans des jardin en pente qui donnent sur les anciennes ruines romaines d'un côté, et la nécropole du sultan Abou el Hassan Ali datant du XIIIème siècle de l'autre. Un peu plus loin, on trouve également des tombes de saints et le bassin aux anguilles, réputé rendre la fertilité aux femmes qui vont s'y recueillir et donner des oeufs auxdites anguilles. Un peu partout nichent des cigognes, dont le craquètement accompagne rythmiquement la visite. Et en se promenant un peu, on peut distinguer là les restes d'un temple dédié à Jupiter, ici un arc de triomphe, à côté, les fondations de l'ancienne médersa avec ses cellules minuscules pour les étudiants coraniques et les salles d'ablution. Pour moi, ce fut le clou de la journée. Il faisait beau et le site était magnifique, ce qui amenait des couples de jeunes gens à se draguer gentiment un peu partout. Bien sûr, Sandra et JMA se sont beaucoup promenés, les touristes regardaient les cigognes et moi... Je suis restée assise une bonne demi heure, une chatte isabelle pastel à trois pattes sur mes genoux qui ronronnait comme une folle, après m'avoir sauté dessus avec un miaulement décidé et enjôlant. Elle était mignonne, cette petite chatte qui s'est donné avec tant de confiance !!! Les ruines, les cigognes, Jupiter et tous les saints pouvaient se rhabiller, j'étais bien. Je la regardais faire sa toilette, chercher une place confortable sur mes genoux, me réclamer des caresses et je pensais, le bonheur, c'est cela, très précisément. Je crois que je suis incorrigible, j'aime les chats passionnément et c'est la première fois qu'un chat se donnait à moi comme cela. J'étais émerveillée.

Rabat en elle même

Bon, bref, revenons à nos moutons. Après toute ces émotions, nous avons décidé de prendre un pot dans la ville moderne, que JMA a réussit à situer après quelques tours, vu que nous n'avions toujours pas de cartes et que les panneaux indicateurs sont rares. Nous n'avons que peu vu Rabat en tant que telle, au final, mais elle dégage une impression assez proche de celle de Versailles : très belle, très hiératique et un peu morte. C'est une ville calme, dans laquelle les gens roulent lentement, très propre et très, très éloignée du chaos de Casa. Une ville que tu ne peux t'empêcher de trouver superbe, mais en même temps, chiante comme la mort. Bref, une ville parfaite pour passer quelques jours, quelques heures de temps en temps, mais pas pour vivre. En revanche, ce que Casa fait de mieux en matière d'architecture est ici la base. Bref, c'est vraiment joli. Et plein de flics partout partout. Une telle concentration au mètre carré, ça en devient effarant, mais en même temps, c'est logique, la ville entière est le siège du gouvernement, des ambassades et de tout ce qu'il y a de plus officiel dans ce pays alors il y a des flics en tenue d'apparat qui font les plantons partout.

La route du retour et le soleil couchant

Après, nous sommes repartis par la route de la côte, longeant la mer sur un couché de soleil somptueux mais inopportunément situé presque en face de nous, ce qui ne simplifiait pas la tâche de JMA, mais que personnellement, j'ai énormément apprécié. Quand après deux heures de route et au niveau de Mohammedia (30 km de Casa, la ville balnéaire la plus courue du coin, mais aussi une assez grande ville comprenant pas mal d'universités), nous avons décidé de rejoindre l'autoroute « pour aller plus vite », innocents que nous étions, nous sommes tombés sur un bouchon monstrueux, généré par 3 accidents différents, dont l'un au moins avait été provoqué par l'embouteillage lui même puisque les voitures s'étaient carambolées sur la voie d'arrêt d'urgence transformée pour l'occasion en voie rapide par nos intrépides amis les marocains. Au final, l'autoroute était resserrée, perdant une voie de circulation, ce qui veut dire qu'au lieu de trois voies, nous en disposions de 5 (en comptant voie d'arrêt d'urgence et bas côté) mais à 20 à l'heure. Tout le monde cherchant à ruser pour aller plus vite, les voitures se doublaient tous les 3 mètres pour grappiller 5 centimètres, et c'est ainsi que nous eûmes la joie et le bonheur de voir coincée une sale bonne femme qui nous avait embouti par l'arrière avant de nous frôler sur le côté au point de retourner le rétro pour aller plus vite. Elle avait mal choisie son optimisation et je pense que lorsque nous sommes arrivés à la maison, elle ne devait pas encore être sorti de là.

Evidemment, il y avait autant de piétons qu'à l'aller, autant de camionnettes bourrées de supporters rentrant à Casa, bref, autant de bordel, quoi. Nous n'avons même pas pris la peine de savoir qui avait gagné ce match.

PS : Félicitations à tous ceux qui ont réussit à tenir jusque là : vous avez lu 15 430 signes. Cela représente quasiment 10 pages d’un livre de poche… ;-)

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