Lundi 13 novembre 2006

Bonjour les zamis !

Alors aujourd'hui,  je vais vous parler de factures... Pas un sujet réjouissant me direz-vous, ni très nouveau d'ailleurs. Et bien, là comme pour le reste, le Maroc se différencie sensiblement de la France. Je m'explique : en fait, les gens ont pour habitude d'éviter de payer s'ils le peuvent (on compte une moyenne de 25% d'impayés, ce qui est énorme !!!).

Du coup, quel que soit le service que vous voulez faire installer chez vous, il vous faut payer préalablement une caution, correspondant grosso modo à une facture de service. Ainsi, pour l'électrictité, qui se paye mensuellement, vous commencez par verser une caution d'un mois. Pour l'eau, qui se paye trimestriellement, vous payez un trimestre de consommation moyenne, etc. Mais ce qui explique un des points qui me deumerait mystérieux jusque là, à savoir le peu de ligne téléphonique fixe qu'il y a dans ce pays, comparativement au nombre de portables (tout le monde a un portable, absolument tout le monde ! Mais un fixe...), c'est que pour se faire installer le téléphone, il faut d'abord payer UN AN d'abonnement téléphonique !!!! Cela représente 1200 Dhs, ce qui n'est pas énorme pour un français, mais bien souvent correspond à la moitié d'un salaire mensuel marocain !! Du coup, c'est évidement hors de portée de tout un chacun...

En revanche, les services sont désormais mis en place quasi immédiatement : deux jours pour l'eau, l'électricité et le téléphone, là où il n'y a pas si longtemps, il fallait plutôt deux mois. La raison en est simple : le Maroc a donné pour un certain nombre de services (eau et électricté par exemple) des concessions à des entreprises françaises, qui importent leur méthode de travail, bien plus efficaces. Cela permet plusieurs choses : d'abord, assurer un service de qualité immédiatement; ensuite, ramener de l'occident les cerveaux marocains formés à l'étranger, car pour eux, grâce à la préférence nationale, l'emploi ici est simplifié; pour les compétences que l'on ne peut trouver ni chez les marocains d'ici, ni chez les franco-marocains, s'acheter des cerveaux qui vont former une nouvelle génération ici; enfin, dans dix ans, à expiration de la concession, le Maroc aura acquit les compétences nécessaires à former une entité capable de répondre au nouvel appel d'offre de manière compétitive et efficace... Et ce qui aura pris 50 ans en France à s'acquérir mettra ici seulement 10 ans à être maîtrisé. Beaucoup de choses se font ainsi ici, et c'est très impressionant à observer. Malheureusement, ce qui est clair pour nous, qui sommes extérieurs, ne l'est pas autant pour tous les marocains qui ont avant toute chose le sentiment que les boulversements sont rapides, peut-être trop rapides pour eux. Mais certains en ont conscience. La preuve, c'est le propriétaire d'un appart que j'ai visité qui m'a dit, lorsque je lui ait dit que mon mari était français et travaillait dans les télécoms : "ah, oui ! C'est normal ! C'est comme dans l'enseignement, quand j'étais enfant, il n'y avait que des français, maintenant, il n'y a que des marocains... Les télécoms, c'est pareils, seulement, j'ai l'impression que c'est encore plus rapide. Peut-être ça prendra seulement 5 ans ou dix ans au pire..."

Et voilà. La modernisation dynamique du Maroc est décidément une cause d'émerveillement permanent. C'est véritablement une politique d'un efficacité remarquable, intégralement gagnante. Et si certains ont le sentiment que l'on va vers une occidentalisation trop brutale de la société, beaucoup voient d'abord les retombés positives sur le niveau de vie de tout un chacun. Par ailleurs, un certain nombre de mécanismes impossibles en Europe sont maintenus volontairement ici, notamment le travail non déclaré pour toute une partie de la population, comme les employés de maison. Cela permet de répartir les richesses différemment et de permettre à une main-d'oeuvre non qualifiée, souvent analphabète de gagner sa vie. Si tous les cadres ou presque ont entre 1 et 3 employés de maison, souvent logés, blanchis et toujours nourris en sus de leur salaire (très bas, il est vrai), c'est essentiellement parce que cela ne coûte pas cher. Mais si ces salaires devaient être déclarés, alors ils doubleraient et plus personne n'aurait les moyens de se permettre ce genre de folie. Il est vrai que du coup, les cotisations sociales des employés de maison et donc leurs droits sont quasiment inexistants, mais d'un autre côté, les prestations sociales sont limitées ici et il est hors de question pour une famille marocaine de renvoyer un employé de maison devenu âgé. Il fait partie des meubles et son entretien est une charge normale. Encore une fois, c'est une régulation différente qui s'opère, dont je ne sais pas encore combien de temps elle pourra fonctionner. Le fait est que la dichotomie entre l'économie de marché dans laquelle entre le Maroc et une économie plus traditionnelle, axée sur la confiance, les deals interpersonnels et autres est importante, mais pour le moment, une forme d'équilibre se met en place. Il sera temps dans une dizaine d'années d'en voir les défauts, mais ce qui est sûr, c'est que le Maroc n'a pas vraiment le choix : pour accéder à la modernité qui lui permettra de se libérer des influences politiques extérieures sans les ressources que représentent pour un certain nombre de pays arabes le pétrole, il lui faut opérer ces changements en profondeur. Et pour le moment, force est de constater que le Maroc s'en tire comme un chef, récupérant les compétences que le précédent règne avait fait fuir à l'étranger et dévellopant les technologies nouvelles 10 fois plus vite que l'europe ne l'a fait...

Décidément, que de réflexions cachées derrière une simple facture d'électricité !!! Il va falloir que je me calme, moi. ;-)

Bon, à bientôt en tout cas, dans ce pays merveilleux dans lequel il fait toujours, au 13 novembre, 25° dans la journée !!

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Lundi 13 novembre 2006

Bonjour à tous,

Sur l'insistence d'un de nos lecteurs réguliers, très au courant des qualités sportives de ce beau pays qu'est le Maroc, je tiens à préciser deux choses qui semblent importantes (quoique personellement, je puisse difficilement m'en moquer davantage...) :

1 - Le Maroc est un excellent pays pour les amateurs de surf. Je cite ma source : "il y a à Safi un des 10 meilleurs spots de surf du monde avec une droite extraordinaire qui déroule sur plus de 100m!" Cool... Bon, ben moi, j'irais me baigner ailleurs... Ceci dit, même moi j'avais entendu dire qu'Essaouira était un coin sympa pour le surf. Mais si Safi est mieux, n'hésitez pas !!!

2 - Deuxième info, qui concerne le foot : "le derby Wydad-Raja qui hélas et pour la première fois (en 101 rencontre) n'a pas eut  lieu à Casablanca mais à Rabbat! En effet les deux clubs de ta ville sont en telle crise entre eux et avec la Ligue que celle-ci a exhilé le derby à Rabbat! Bon le principal c'est que le Wydad (le rouge et blanc) a battu le Raja (les verts et blancs) 1 à 0." Bon, ben si c'est le principal, alors, hein, qui suis-je pour faire obstacle à une telle info ? ;-)

Si vous voulez (vraiment !!!!) en savoir plus sur ces clubs de foot :

- le site du Wydad : http://www.wydad.com/

- le site du Raja : http://www.rajacasablanca.com/

Et sur le surf à Safi : http://www.safi.ma/vague.php

Voilà ! Pfuit !!! Qu'est-ce qui faut pas faire, hein, pour satisfaire les copains...  Bisous Hugo ;-)

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Samedi 6 janvier 2007

Bonjour les zamis !

Alors aujourd'hui, je vais parler de la culture au Maroc. Attention, hein, pas de la culture DU Maroc, mais bien de la culture au sens de "culture générale", les livres, la musique, le ciné, quoi.

Pour le ciné, sachez-le, à Casa tout du moins (mais je doute que ce soit différent ailleurs, vu que Casa est très occidentalisée), c'est le drame. Il y a UN mégarama qui passe avec quelques mois de retard les grands films internationaux, en VF. Jamais une seule VO !!! Bon, d'accord, au moins, c'est pas en arabe, me direz-vous. Mais que nennie, mon brave, au moins, si c'était en arabe, j'aurais l'impression d'essayer d'apprendre la langue, tandis que là...

Bref, il faut dire aussi qu'ici, on trouve tout en DVD piraté à 10dhs le DVD. Dès la sortie d'un film, on peut l'avoir en screening, et dès sa sortie DVD, en DVD. Et comme, ajouté à cela, tout le monde a le satellite, vous comprenez bien que le cinéma ne se fait tout simplement pas sa place.

D'ailleurs, à propos de satellite, on m'a beaucoup parlé, ici où tout le monde pirate sa connexion au câble, mais je sais que ça existe aussi en France, d'un tout nouveau décodeur universel qui est en fait un casseur de code. Vous achetez la machine (c'est assez cher, on m'a parlé de 400€), et elle va chercher les codes sur Internet. Si elles ne les trouve pas, elle casse le code (ça prend quelques jours mais bon...) et après, roule ma poule ! Quand les codes changent, rebelotte. Le serveur de cette machine (qui stocke les codes que les décodeurs-casseurs mettent sur Internet) se trouverait dans le no man's land entre les deux Corées... Rigolo, hein ? Bon, ben moi, j'ai pas encore acheté la bête, alors je sais pas si ça marche, mais on en parle en ce moment.

Pour la littérature, à Casa, il y a UNE bonne librairie. Des petites librairies, y'en a partout, hein, mais avec que des bouquins techniques dedans ou des livres scolaires (l'informatique pour les nuls, la cuisine traditionelles en 30 leçons, etc.). Et quand je dis que c'est une bonne librairie, disons que, comme une librairie de quartier à Paris, elle a quelques livres et peut commander les autres. Les livres sont plutôt chers ici, c'est clairement un produit de luxe et de l'importation, donc ça prend quasi 20% dans la gueule quand on les commande par rapport au prix français. Le reste du temps, les quelques éditeurs locaux ou français qui publient des auteurs locaux et veulent assoir leur positionnement sur le marché marocain, surtout en poche, font des efforts et les prix descendent un peu au dessous de la norme française. Bon an mal an, pas un seul livre de SF, ici, on connais pas. Mais beaucoup de choses quand même. On m'a d'ailleurs parlé d'un bibliothèque qui serait bien fournie en nouveauté, je vais aller voir, même si je déteste lire des livres qui ne sont pas à moi (à moins que ce ne soit quelqu'un que j'aime qui me le prête, parce qu'alors, j'ai l'impression de découvrir encore mieux cette personne).

Pour les musées, ici, nada. Ceci dit, il y en a ailleurs au Maroc, bien sûr, mais Casa... Ben vraiment, vraiment rien. Les gens considèrent ici que la ville est laide et dédiée au commerce. Ils n'ont pas tout à fait tort, mais il y a quand même de belles choses et une histoire très spécifique, cela mériterait un petit quelque chose, quand même. Ben non.

Les concerts, spectacles, etc. : Régulièrement, nous avons la chance de pouvoir assister à une pièce (par an), généralement du vaudeville, jouée par la troupe amateure de femmes de Casa Accueil pour une oeuvre caritative. Sinon, parfois un concert, en règle générale le dernier minet à la mode qui bêle le samedi soir sur TF1 (très aimée, comme chaîne, TF1). De temps en temps, un humoriste genre Debbouze.

La musique : ça se partage entre les tubes des années 80, de la musique relativement joyeuse mais tout de même un peu daubesque vaguement orientalisante par tout un tas de jeunes filles et de jeunes hommes charmants, et le téléchargement (encore !). Un CD = 5dhs, donc vous avez tout ce que vous voulez, ou presque. Je m'attendais à découvrir plus le raï, que j'aime bien, mais en fait, non. A part en CD...

Mais ne croyez pas pour autant que les marocains, ou en tout cas les casaouïes manquent absolument de culture. C'est juste que leurs référents ne sont pas les mêmes du tout. Ils regardent beaucoup la télé par satellite, dont entre autre, le cinéma égyptien qui est ici très prisé. En terme de musique, ben pour le moment, je n'ai pas rencontré d'amateurs, donc j'en sais rien, mais visiblement, ils connaissent beaucoup de choses, mais aiment à la base des trucs que nous, on jugerai certes agréables, mais un peu vieilli, peut-être : U2, Genesis, etc. J'ai tout de même entendu des jeunes télécharger dans un cyber café du Korn, alors tout n'est pas perdu. J'ai même été dans un bar qui passait du Asian Dub Fondation, mais bon, ça date des années 90, c'est quand même pas la pointe non plus.

Au niveau des spectacles, et bien il fait croire que les casasouïes, qui ont la culture de la fête, n'aime pas plus que ça. Il faut que ça brille, qu'il y ait du people, pour que ça draine les enthousiasmes. En même temps, il est vrai que ni le théâtre, ni l'opéra ne font vraiment partie de leur référent. En revanche, je commence à entendre parler de plus en plus du Melhoun, qui serait de la poésie en arabe dialectal, chantée ou rythmée, sorte de mix entre le slam et les trouvères médiévaux, accompagné ou non par des instruments traditionnels. Bon, pour le moment, je n'ai pas pu assister à un spectacle de Melhoun, qui, de toute façon, me serait incompréhensible, d'autant qu'il semble que le Melhoun affectionne particulièrement les archaïsmes, compréhensibles uniquement par les initiés. Toutefois, le Melhoun crée un véritable courant de culture alternative à la culture classique et fait beaucoup de remous car, à partir du Melhoun, un certain nombre d'écrivains se sont penchés sur l'arabe dialectal en tant que langue constituée et commencent à écrire en arabe dialectal. Personnellement, je trouve ce mouvement fascinant, bien qu'il se heurte à quelques difficultés : quel arabe dialectal prendre en compte et comment le graphier, par exemple ? En alphabet arabe, phonétiquement ? Ou en alphabet romain, tout aussi phonétiquement ? Doit-on arrêter une orthographe, dans un cas comme dans l'autre, une syntaxe, etc.

Voilà, voilà, c'est tout pour aujourd'hui !

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Mardi 16 janvier 2007

Bonjour les zamis !

Comme je vous le disais dimanche en passant, il est tout à fait possible que, par le hasard des relations, je sois amené à repiger comme critique littéraire. Evidemment, pour l'instant et dans la mesure où je suis débordée de travail par un énorme projet littéraire dont je ne sais d'ailleurs absolument pas s'il me mènera quelque part, ce n'est certes pas une priorité. Mais ces deux éléments (projet littéraire et journalisme) me ramènent à une seule et même question, à savoir la nature de la culture marocaine. Je m'explique : mon projet littéraire est censé se passer au Maroc et avoir pour base une partie de l'imaginaire marocain, en l'occurence, son fantastique. On s'attaque là aux racines même d'une culture, n'est-ce pas ? D'un autre côté, chroniquer un livre, quelle que soit la qualité intrinsèque du livre, ne se fait pas sans avoir une bonne idée d'à qui on s'adresse. Si je prend l'exemple du Petit Prince, tout à fait typique, pour un enfant, c'est un livre merveilleux, tendre et relativement facile à lire. Pour un adulte, ce même livre représente une source de réflexion majeure sur la nature de l'attachement, de l'absurde, le sens de la vie, bref, c'est de la philo.

Ergo, voici donc mon questionnement actuel : quels sont les éléments fondateurs de la culture marocaine que je dois appréhender pour faire correctement mon travail ? Comme je ne suis là que depuis peu de temps, l'espoir d'une compréhension globale et instinctive de la culture marocaine serait tout à fait inconsidéré. Il me faut donc plutôt trouver de manière réfléchie les éléments différenciants majeurs entre ce que je connais (à savoir la culture française) et ce que je cherche à comprendre (la culture marocaine), le tout, dans les contextes qui m'intéressent.

Ces contextes sont : la littérature, bien sûr, pour l'un ou pour l'autre de mes projets, la vie quotidienne, encore une fois pour les deux, et, et c'est là que cela devient drôle, l'apréhension de ce qu'est la culture, cette fois-ci dans son sens de culture générale. Quels sont les livres susceptibles d'intéresser le public marocain, par exemple ? Evidemment, vous en voyez l'intérêt immédiat pour mon boulot de journaliste, mais c'est tout aussi intéressant pour mon boulot d'écrivain situant son action au Maroc autour de l'imaginaire marocain, quand on y réfléchit...

Je pourrais, me direz-vous, discuter avec le maximum de personnes. Et bien non, naïfs que vous êtes ! Cela ne ferait ressortir que quelques points de différence que je serais bien incapable d'interpréter, car ce qui consititue la culture n'est pas quantifiable ou même énonçable simplement. Tenter de le faire revient à limiter la France à la baguette et la bouteille de rouge et les USA au MacDo. La culture, ce sont tous les éléments de la réalité avec laquelle nous composons en permanence de manière inconsciente. Par exemple, si faire ses courses au marché est beaucoup moins cher que les faire au supermarché pour des produits de qualité supérieure ou comparable et ce, avec une facilité d'accès accrue, il est évident que l'essentiel de la population fera ses courses au marché. Mais si des supermarchés existent effectivement, combien de temps faudra-t-il à un individu moyen, habitué à économiser temps, énergie et argent en faisant ses courses au supermarché pour découvrir le système du marché en discutant avec quelqu'un ? Le plus probable étant qu'il va demander son chemin pour trouver le supermaché, et non remettre en cause un système qui a jusque là toujours bien fonctionné pour lui, on le lui indiquera probablement sans commentaires.

Certes, un bon moyen serait de lire tous les livres d'auteurs marocains qui ont du succès, puis tous les best-sellers même étrangers qui ont bien marché ici, et puis de comparer avec ceux qui ont marché en France. Si j'en vois qui ont marché en France et pas ici, ceux là, il me faudrait les étudier pour déterminer pourquoi, et vice-versa. Cela peut prendre très longtemps, et surtout, ce n'est finalement pas le plus efficace. D'autant que cela ne couvrirait que le champ très restreint de la littérature et non de la culture ni de la vie quotidienne.

En tant que journaliste culturelle, d'un milieu intellectuelisant parisien, j'ai souvent eu l'occasion de discuter de la valeur de la presse, de son rôle et de son intérêt. Il était, bien entendu, de bon ton de dénigrer en particulier la presse féminine, vous vous en douterez, comme étant absolument sans intérêt. Et, à peu près seule d'entre tous, je déclarais que, moi, personnellement, j'adorerais m'occuper d'un tel magazine. Et voilà que l'émigration dans un nouveau pays me donne tous les arguments que je n'ai jamais trouvé à l'époque pour défendre mes positions : ce sont ce type de produits de la culture populaire qui vous donnent le plus d'éléments sur les fondamentaux tellement évidents pour tout le monde que l'on ne prend plus la peine de les mentionner. Montre moi ta presse, je te dirais quelle société tu es. C'est valable aussi avec la pub, bien sûr, mais ce serait incomplet, alors que dans un magazine non spécialisé par produit mais par cible, tout, (même la pub) sert à répondre à ses préoccupations. A ce titre, la presse féminie est la plus intéressante au Maroc.

Pourquoi ? D'abord, parce que la presse masculine a le plus grand mal à percer, dans la mesure où c'est encore considéré comme une atteinte à la virilité que de s'intéresser à soi. Alors que pour une femme, se regarder le nombril est chose parfaitement admise. Donc, à moi le portrait de la femme marocaine ! Il va me suffir d'acheter la presse féminine ! Et moi qui, bien qu'ayant assez souvent eu la tentation d'en faire, n'en n'ai jamais lu en France, j'ai bien l'intention d'explorer tout le champ de la presse féminine marocaine... Quand on pense que c'est éventuellement pour faire des critiques littéraire dans une des premières tentatives de magazines masculins, quelle ironie !

Mais quoi qu'il en soit, c'est une assez bonne démarche à faire pour quelqu'un qui souhaiterait s'expatrier : les différences culturelles entre la France et le Maroc sont assez importantes et ne s'expriment pas seulement en terme de droits politiques, de revenu moyen par habitant, de scolarisation, de langue ou de droits privés. Ne prendre en compte que ces éléments, qui sont certes, fondateurs, n'aide en rien à comprendre les comportements qu'ils génèrent. Bref, même si vous savez que l'occident, en tant que pôle de richesse, est un modèle important pour le Maroc, voir dans un magazine féminin un article comparateur sur les produits destinés à éclaircir la peau vous fait bien plus toucher du doigt la réalité de cette influence. Et quand une pub pour un de ces produits côtoit immédiatement un article sur le Hijab (c'est à dire le foulard), ce qu'il représente, comment il est vécu, pourquoi il revient et sous quelle forme, alors vous pouvez commencer à comprendre non seulement que le Maroc est tiraillé entre occident et tradition, ce que vous saviez déjà, non seulement que la position féminine dans la société est délicate, ce dont n'importe qui pourrait se douter, mais quels sont les contraintes pratiques, les stratégies d'adaptation, les compromis conscients ou inconscients avec les différents modèles de référence, le positionnement des lectrices dudit magazine par rapport à ces contraintes, quel idéal elles recherchent, etc.

En fait, vous disposez de tous les moyens d'analyse sociale qui ont été mis en oeuvre pour l'élaboration du magazine et de son contenu, pub comprise puisqu'un anonceur ne fait rien au hasard.

Bon, je vous communiquerais mes conclusions au fur et à mesure et l'on verra si ma théorie est juste.

A bientôt,

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Mercredi 24 janvier 2007

Bonjour à tous !

Alors maintenant que je suis rassurée par tout un tas de commentaires de copains et de mails (merci les zamis, ça fait du bien !), je vais pouvoir gaillardement continuer ma route et vous raconter un peu l'ambiance d'ici.

Une des choses qui apparaît tout de suite compliquée au Maroc, ce sont les relations homme-femme. Et ce, même en dehors de tout rapport de séduction.

Dans le travail, les femmes sont respectées et les cadres d'entre elles n'ont aucun mal à imposer leur autorité aux collaborateurs hommes, pour autant que j'ai pu le constater. A ce niveau, les hommes posent même moins de problème qu'en France, où la question n'est pas réglée du tout. Mais en dehors, c'est une toute autre affaire. Une femme doit, même si elle travaille, tenir son ménage correctement, s'occuper des enfants, se montrer une "bonne" épouse, ne pas embêter son mari, le soutenir gentiment mais ne surtout pas trop lui en demander... Et j'en passe ! Pendant Ramaddan, par exemple, c'est festin tous les soirs. Et qui c'est qui l'a préparé de ses blanches mimines, ce festin, alors même qu'elles n'ont pas plus le droit que les autres de manger ? Les femmes, bien sûr ! Mais ne vous avisez surtout pas de manger (même quand vous n'êtes pas musulman) devant un homme dans la journée parce que ce serait "cruel". Bon, je comprends que cela le soit, Et puis c'est aussi un manque de respect plutôt choquant bien entendu, mais il me semble que mourir de faim et de soif en préparant de quoi manger et boire, c'est vraiment un supplice.

Dans les relations amicales (pour autant que ce type de rapports puissent exister ici ou tout court d'ailleurs, la question est encore débattue par des milliers de personnes), là encore, ce n'est pas clair. Ainsi, JMA et moi formont un couple, tout le monde le sait et comme nous sommes mariés, tout va bien, nous sommes donc "autorisés" à discuter amicalement avec des hommes et des femmes sans que cela apparaisse choquant... Pour peu qu'il y ait quelqu'un d'autre ! Deux exemples qui me semblent pertinents : le premier implique une femme, collègue de JMA, très sympathique et agréable.

A l'occasion de je ne sais plus quoi où je n'étais pas là, JMA lui propose de boire un pot. Réponse : non, bien sûr ! Pourtant, elle me connaît et sait probablement que JMA n'a aucune intention douteuse à son égard, mais comme elle me l'a dit après, "oui, mais si je viens chez vous alors que tu n'es pas là, TOUT LE MONDE va penser que JMA en profite pendant que sa femme est partie et que je suis une "maîtresse"... Maintenant, la situation s'inverse : un autre collègue, cette fois-ci masculin, nous demande de lui prêter nos jetons de poker. JMA lui dit pas de problème, mais si tu pouvais venir les chercher vu que ça pèse une tonne... Passe donc ce soir avant ta partie, je ne suis pas sûr d'être rentré du boulot encore (rappelez vous : rythme moyen ici : à la maison à 19h, rythme de JMA : 22h30...), mais Mel te les passeras. Réponse du collègue au téléphone : bon, on trouveras bien un moyen de s'organiser... Deux minutes plus tard, le collègue rappelle : et si je venais plutôt te chercher demain matin ? Bon, au final, cela n'arrangeait pas JMA, donc ledit collègue passe ce soir, mais je suis prête à parier que  soit il racompagnera JMA quitte à rentrer vers 22h30, soit il viendra accompagné de quelqu'un (n'importe qui, hein, c'est pas le problème), soit il ne restera que sur le pas de la porte et surtout ne mettra pas un pied dans l'appartement, sans parler bien sûr de boire un verre...

Vous voyez donc à quel point, rien qu'au niveau amical, les relations hommes-femmes peuvent être complexes. Mais alors quand on passe au niveau amoureux, cela devient dantesque. D'abord, pour bien comprendre ce qu'il se passe, il faut que vous ayez en mémoire deux ou trois éléments historiques. Le premier, c'est qu'il est censément interdit d'avoir des relations sexuelles avant le mariage et que s'afficher en tant que couple non marié est ici un problème qui a valu à un grand nombre de gens de très grosses emmerdes sous Hassan II. Je m'explique : il n'était pas rare il y a enore une dizaine d'années que des policiers arrêtent un couple en pleine rue et exigent d'avoir une preuve de leur mariage, sans quoi, c'était la tôle ou le backchich. Un homme et une femme en voiture ? Pareils : prouvez-moi que vous êtes mariés. Et ça, cela ne fait qu'une petite dizaine d'années que cela ne se pratique plus, autant dire que c'est très présent dans la mémoire des gens. L'amour hors mariage, c'est hchouma, c'est péché. Cela ne veut bien entendu pas dire que cela n'existe pas ou que les rapports ne soient pas en train de se libérer, bien entendu. Les filles sont rarement vierges au mariage, les flirts adolescents d'ici sont les mêmes que ceux de partout ailleurs, etc. Seulement, on ne s'affiche pas, voilà. Par ailleurs, un couple non marié ne saurait vivre ensemble, comme c'est le cas très régulièrement en France. si l'on n'arrête plus les couples en pleine rue qui ne se tiennent même pas par la main, un couple qui emménagerait ensemble sans être marié serait sûr d'avoir de gros problèmes. D'abord, au niveau légal, ensuite au niveau familial et enfin, au niveau social.

Enfin, culturellement, on ne dit pas "je t'aime", on ne s'affiche pas, ni devant des étrangers, ni devant ses enfants, par exemple. Le couple marocain modèle se montre respectueux l'un envers l'autre et chacun bien à sa place. La tendresse, qui existe ici comme ailleurs, bien entendu, est réservée strictement à la chambre à coucher et aux moments d'intimité. Une femme ne dit pas : mon mari, elle l'appelle et le désigne par son prénom, c'est hchouma de montrer son attachement.

Maintenant, il faut mettre tous ces éléments historiques en rapport avec ce dont sont témoins les marocains quotidiennement à la télé ou au cinéma. Ils y voient l'amour libre, l'amour romantique, les relations passionnées, l'amour, encore l'amour, l'amour sous toutes ses formes, l'amour affiché, l'amour assumé. Et bien entendu, ils y aspirent, mais n'ont pas nécessairement le mode d'emploi.

Comme vivre ensemble n'est pas possible, le but du jeu reste le mariage, mais alors, comment concilier le visage de l'amour passion à l'occidental, nécessairement indécent, même s'il est attirant et fascinant avec le "respect" qui doit présider au mariage ? Oui, les hommes et les femmes couchent ensemble avant le mariage, mais au bout de combien de temps une femme cesse-t-elle de se montrer "respectable" pour devenir "allumeuse"? *Et à l'inverse, combien de temps doit-on rester chaste pour prouver qu'on est respectueux ? Au bout de combien de temps parle-t-on de mariage ? Quand présente-on l'autre à sa famille ? Une femme peut-elle simplement avoir des rapports avec des garçons et quand devient-elle une "trainée" ? Quand on dit "je t'aime" (toujours en français, il n'y a pas vraiment de mots exacts pour ce sentiment en arabe), est-ce que l'on démontre son attachement ou l'étrangeté dans le sens premier du terme des relations que l'on vit ? Mais alors, dire "je t'aime", est-ce même compatible avec l'idée du mariage ? Oui mais comment accepter l'idée du mariage sans amour, le beau, le vrai, celui que l'on voit au cinéma ?

Toutes ces questions sont bien réelles et tout à fait torturantes. Et ça, c'est sans parler des autres, ce que va en penser "tout le monde". Exemple assez confu je dois dire, parce que je n'ai pas tout suivi : une copine d'une collègue de JMA (déjà, ça commence, lol) a un petit ami français, qu'elle n'a pas présenté à sa famille, parce qu'elle ne savait pas où ça allait, mais bon, c'est sérieux quand même, ça fait la troisième fois qu'il vient la voir ici, je crois, et elle doit le voir  à une soirée. Seulement problème : dans le lot des gens qui y seront, ladite copine n'a pas pu empêcher une cousine à elle de s'incruster. Or tous les autres savent que le français et elle sont un couple en devenir, mais la cousine, bien évidemment, non. Et elle est fouineuse, la garce et racontera tout à la première occasion à la famille, qui sera bien entendu blessée qu'elle n'en ait pas parlé elle-même. Elle sera considérée comme une mauvaise fille, voire comme une fille pas respectable si ce n'est pas elle qui en parle. Solution : ils vont prétendre ne pas se connaître et faire semblant de se rencontrer pour la première fois. Donc, il fallait absolument que ladite collègue de JMA, celle qui nous a raconté tout ça, maîtrise la situation pour sa copine et fasse comprendre au groupe la situation !!!!! Et ce, sans avoir pu discuter avec ledit groupe, qui s'y serait plié sans doute autrement, mais qui là, n'ont absolument pas compris pourquoi un couple qui sort ensemble depuis plusieurs mois faisait semblant de se rencontrer pour la première fois...

Autre exemple : durant la soirée jeu sont venu deux collègues de JMA, l'un fille, l'autre garçon, qui sortent ensemble. On a joué à Time's Up et déterminé que JMA et moi ne saurions jouer dans la même équipe parce que nous nous connaissons trop bien en tant que couple. Quelqu'un a donc dit, mais eux deux aussi sont un couple, ils ne devraient pas jouer ensemble non plus ! Réponse, mais non, mais non, nous ne sommes que collègues... Tout le monde les savait ensemble, il n'empêche qu'ils ne se sont plus jamais assis l'un à côté de l'autre de toute la soirée.

Voilà, ce ne sont que quelques exemples parmis bien d'autres mais qui montrent que tout cela n'est pas simple du tout. Aussi, si vous êtes célibataire et souhaitez vous installer au Maroc, bon courage, moi, je ne le ferais pas, c'est certain. Autant la vie ici est fabuleuse, autant les rapports homme-femme sont un cauchemar. La prochaine fois, je parlerais de la condition féminine  (vous savez comme je suis féministe et à quel point ce sujet me tient à coeur), qui n'est pas simple non plus.

Allez, bisous à tous et à bientôt !

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