Bonjour les zamis !
Encore une fois, un débat houleux s'est engagé dans les commentaires sur un sujet qui me tient particulièrement à coeur, l'histoire.
Je vous en ai déjà parlé, d'ailleurs, en soulignant par exemple, que le Maroc n'avait pas encore formalisé son histoire, tentant par là (mais visiblement pas suffisamment) de démontrer que l'histoire n'est jamais qu'une construction idéologique.
Je vais donc développer encore ce point qui, dans les circonstances présentes, alors que tout un chacun se tourne vers sa culture et son histoire pour résoudre le problème de son identité, qu'elle soit nationale, ethnique, régionale ou idéologique, me semble primordial.
L'histoire, tout du moins dans sa définition première, c'est la compilation de faits marquants survenus dans le passé. Et déjà se posent les premières questions : qui détermine quels sont ces faits frappants et dignes d'être historiques ? La réponse des historiens est : la postérité, c'est ce pourquoi nul événement ne peut être étudié sous l'angle historique qu'il n'ait au moins 30 ans.
La philosophie, même la plus primaire, dit que l'histoire est avant tout faite par le vainqueur. Ainsi, si Hitler avait gagné la seconde guerre mondiale, soumettant l'ensemble du monde civilisé à son idéologie hystérique et effectivement moralement atroce, si nous vivions en clair dans le 3e Reich, nous ne penserions pas que la Shoa était ignoble, mais qu'elle était nécessaire... Comme Hiroshima et Nagasaki, par exemple. Peut-être irions nous, comme nous le faisons encore une fois pour le nucléaire, jusqu'à déplorer la violence qu'il a fallu déployer, mais enfin, il faut bien se défendre de l'oppression, n'est-il pas ? Choquant, comme perspective, n'est-ce pas ? D'autant que, quelles que soient les atrocités provoquées par les bombes utilisées sur le Japon, elles ne sont moralement en rien comparables avec l'extermination systématique de populations sur la seule base de leur appartenance ethnique.
Mais ce que je cherche à démontrer par cette petite uchronie, que je ne suis certes pas la première à faire (cf. Le Maître du Haut-Chateau de Philipp K. Dick, entre autre), c'est que l'histoire n'est pas neutre. L'histoire ne dit pas : en telle année s'est produit telle chose, puis après telle autre chose. L'histoire dit : nous étions opposés à telle chose/ nation/ idéologie et nous avons gagnés/ perdus pour telle et telle raisons. Du coup, nous sommes devenus...
L'histoire dit notre identité nationale comme notre histoire personelle dit ce que nous sommes en tant qu'individu. Et c'est là qu'elle est particulièrement problématique, en ce sens que nous devons être attentifs à ce qu'elle dit, parce que cela justifiera ce que nous ferons par le futur.
Or, s'il y a une chose sur laquelle les historiens, les philosophes et même les gens simplement attachés au passé s'accordent, c'est qu'en effet, certains événements sont suffisament marquants pour être des moments de bascule de l'histoire, des points-clés par tout ce qu'ils apportent de changements dans les sociétés et les moeurs, les idéologies et les frontières, etc. Sans nul doute, la seconde guerre mondiale en fait partie : elle a touchée tout le monde et a changé la face du monde. Imaginer une uchronie ne fait que souligner ce point : nous sommes indéniablement jusque dans nos valeurs enfants de ce conflit... Entre autres, bien sûr.
C'est donc tout naturellement sur des points de cet ordre que l'histoire nous apprend le plus de choses sur nous-même, parce que la manière dont on raconte ces points charnières détermine l'identité que l'on veut se donner.
En France, immédiatement après ce conflit et jusque dans les années 60, nous avons glorifié les résistants et nié l'existance de français convaincus que la politique de Vichy était la seule tenable. Après, nous avons révisé nos copies, admis que dans l'ensemble, les français avaient mal vécus l'occupation sans pour autant, dans leur grande majorité, y réagir et sans vouloir voir les exactions commises à l'égard des communautés juives de France. C'est assez marrant, en fait. J'ai eu l'occasion, une fois, de comparer les livres d'histoire scolaires de ma mère, de ma soeur (qui a 9 ans de plus que moi) et les miens : l'histoire était à chaque fois différente. ;-) Et maintenant, nous revenons sur tout cela encore une fois : nous n'avons rien fait de mal, nous avons toujours été une grande nation, dès le départ engagée contre l'Axe, etc.
Et bien, va donc pour cette nouvelle et toute fraîche identité, alors... Elle va sans doute avec le renouveau des valeurs guerrières que l'on voit refleurir partout. Tout cela sent la poudre, mes amis. Pour qui, contre qui, dans quelles conditions ? Aucune idée, mais enfin, exhaltation des valeurs nationales, guerrières, idéologiques... J'aime pas bien ça, moi, tiens.

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