Mercredi 4 avril 2007

Salut les zamis !

Ouf ! Me voilà rentrée enfin ! Dès demain, je vous raconte mon périple en détails et le programme pour la suite. Mais là, dodo !!

Bisous !

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Mercredi 11 avril 2007

Bonjour les zamis !

Tout d'abord, je vous prie de bien vouloir me pardonner mon absence sur ce blog ces derniers jours. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, j'ai eu la flemme.

Mon séjour en France a été long et fatiguant et de retour à la maison, je n'ai eu de cesse de me reposer et de regarder le beau soleil du Maroc se refléter à l'infini sur la mer bleue saphir, bref, rêvasser tranquille quelques temps avant de me remettre à vivre dans le vrai temps avec les vrais gens, quoi ;-)

Que je vous raconte :

Or donc, si vous avez suivi un tant soit peu mon blog, vous savez que je suis allé en France dans l'espoir entre autre de rencontrer des éditeurs. Le jour même de mon arrivée, je me suis donc précipitée au salon du livre où mon rendez-vous avec l'éditeur qui voulait un polar féerique franco-marocain s'est fort bien déroulé. Je suis donc officiellement en train d'écrire un roman de commande pour cet éditeur qui devrait être publié l'an prochain, printemps ou automne, selon. De ce point de vue, donc, ma visite en France fut un complet succès. Pour ce qui est de mon autre projet littéraire, en revanche, cela va devoir attendre un peu. D'abord, parce qu'on n'a pas une telle chance insolente deux fois de suite, et ensuite parce que j'ai déjà du boulot jusqu'en janvier alors je ne voulais pas pousser trop loin et me retrouver à gâcher deux opportunités à force de ne pas avoir de temps pour peaufiner mes histoires. En revanche, je retournerais en France en novembre, pour les Utopiales et là, je le proposerais à tous les éditeurs potentiellement intéressés, sachant que mon premier roman devrait être presque terminé ou en tout cas, suffisament avancé pour que je puisse prévoir mes prochains mouvements.

A propos d'éditeurs, j'ai aussi contacté Milan Presse, qui me devait de l'argent pour un court roman pour enfants et réglé les détails administratifs, de telle sorte que je devrais être payée le mois prochain, ce qui va faire un bien fou à mon compte bancaire français.

Je suis donc désormais pas peu fière de pouvoir dire que je suis officiellement un écrivain qui gagne de l'argent de son travail et a un roman de commande en cours. J'ai le sentiment, à presque 29 ans, (le 21 avril, pour ceux qui auraient oublié ;-D) de recommencer entièrement ma vie, dans un nouveau pays, avec une carrière qui débute. C'est un sentiment assez réjouissant, en somme, cette idée d'avoir plusieurs vies en une. Cependant, j'espère bien que celle qui s'annonce si bien va continuer encore mieux et nous durer un peu. Je ressens de plus en plus le besoin de m'installer dans une routine comfortable, avec l'assurance certes, nécessairement fausse et cependant réconfortante, que demain sera tel qu'il doit être et tel qu'était aujourd'hui. C'est marrant comme il y a quelques années cette perspective m'eut semblé absurde et ennuyeuse. Désormais et de plus en plus, je crois que je vis mes aventures dans ma tête et mieux avec une couverture sur les genoux, un chat qui dort et un mari tranquille que dans l'excitation incertaine des plans pour ceci ou cela. J'ai toujours été casanière, je deviens routinière. Et j'ai malgré tout le sentiment de vivre plus pleinement et d'une manière plus intense...

Enfin bref, pour en revenir à nos oignons, j'ai également pu profiter de mon séjour parisien pour revoir la plupart des bons copains que nous y avons laissés et encore une fois, il me faut remercier Isabelle et Sandra pour s'être occupé de tout, en particulier bien sûr Isabelle qui nous a reçu avec sa gentillesse et son sens de l'accueil coutumier pour une soirée mémorable dans le genre de celles que nous faisions autrefois.

Après quoi j'ai pu aller voir ma soeur et sa famille pour deux jours dans sa nouvelle maison. Là encore, que du bonheur de retrouver sa famille et de voir évoluer les enfants si vite qu'on a l'impression de les rencontrer à nouveau à chaque fois tellement ils ont changé. Et puis bien sûr, il y eu Bordeaux, les copains de là-bas, maman qui, dieu soit loué, allait bien après une deuxième opération, et le film 300 qui m'a scotché à mon siège tellement il était beau et magnifiquement réalisé.

Voilà, vous savez tout de mon voyage, qui fut merveilleux. Cependant, home sweet home, j'étais bien contente de rentrer chez moi. D'abord, j'ai du boulot. Ensuite, ici, ça va pas tarder à être l'été et je me vois déjà en train de profiter du soleil et de la mer et puis quoi, je ne vis bien qu'avec mon mari et mes chats, c'est comme ça.

En ce moment, JMA bosse évidemment comme un petit fou, mais il est ravi parce que sa boite organise des cours d'arabe dialectal et qu'enfin, il va pouvoir s'y mettre. Il rencontre de plus en plus de gens au boulot qu'il aime bien et notre intégration se passe au mieux. Nous avons même trouvé des passionnés de jeu de rôle, c'est dire !

Un certain nombre de français qui vivent ici ressentent comme un déchirement la fin de leurs vacances en France et préfèrent mille fois la vie là-bas à la vie ici. Je ressens exactement l'inverse pour l'instant. Quand je suis arrivée à Paris, il pleuvait et faisait 5°. Le ciel était noir, les gens étaient mornes et mornes étaient les affiches électorales collées partout sur les murs, pelant grisement au gré des rigoles d'eau souillée qui dégoulinaient tristement. Des panneaux aux quatre coins des rues proclamaient 135€ d'amende à qui souillerait le sol d'un papier ou d'un mégot, les gens récriminaient dans le bus ou le métro, on ne peut plus fumer dans les lieux publics et il faut voir avec quelle tristesse se fument les mégots dehors, sous la pluie, nerveusement et surtout rapidement parce qu'on se les gèle ici. On est passé à l'heure d'été juste au moment où j'arrivais et le matin, en regardant le ciel plombé, je pensais, à cette heure ci à Casa, je serais encore sous les couettes. C'est que deux heures de décalage dans ce sens là, c'est dur, surtout dans la rigeur d'un petit matin gris.

En province, je me suis retrouvée à prendre un bus de liaison qui remplaçait le train pour cause de travaux sur la voie et une jeune femme n'a pas pu prendre la liaison parce son chien, un gentil corniaux arrivant à mi-mollet, n'avait pas de muselière. Et les gens dans le bus, au lieu de se dire que le chauffeur était un peu idiot avec son règlement, de gromeler qu'il avait bien raison, on ne sait jamais, et de regarder cette pauvre fille laissée au milieu de nul part avec son chien avec ressentiment pour le désagrément et la scène qu'elle provoquait. Sait-on jamais avec les jeunes, si ça se trouve, c'est une de ces gamines qui vivent dans la rue, hein, on sait pas d'où il vient son chien, pourrait être dangereux. Moi, je vous le dit, c'était une gosse charmante, propre sur elle avec un chien tout mignon et obéissant et elle n'avait rien d'une SDF.

Ici, les rues sont sales, sans doute, les murs lépreux, oui, la circulation chaotique et l'on voit même des moutons arnachés tout vivants sur le dos d'hommes en mobylette à l'époque de l'Aïd. Mais ce que l'on ne voit pas, c'est un chauffeur de bus dire à une jeune fille, c'est pas mon problème, le règlement, c'est le règlement quand elle lui demande comment elle va faire pour rejoindre sa destination s'il ne veut pas d'elle alors qu'elle a payé son billet. Ce que l'on ne voit pas, c'est cette méfiance sans fin, cette mine longue comme un jour sans pain sur le visage de tous les usagers du métro ou de ces gens traqués à la sortie des aéroports, des gares et des cafés fumant tristement et honteusement trois taffes de leur clope à 50 centime l'unité. Et oui, Paris sera toujours Paris quand Casablanca n'est qu'une ville industrielle pas belle, mais elle a plus d'âme en ce moment. Et je suis triste pour mon pays si beau qu'il soit en ce moment si frileusement racrapoté autour de valeurs d'hier, travail, famille, patrie, avec la haine de tout ce qui fera que demain sera pire qu'aujourd'hui.

Je suis triste, mais heureuse malgré tout : JMA et moi, nous ne sommes plus là pour penser que cette réalité sordide est la seule existante et je nous ressens un peu comme des survivants d'un cataclysme. Demain sera beau, Inch'Allah. Et sinon, nous verrons bien. Mais cessons d'avoir peur, tout est possible, surtout le meilleur.

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Jeudi 12 avril 2007

Bonjour les zamis !

Hier, un ami inquiet m'a envoyé un email afin que je l'éclaire sur l'état d'esprit marocain actuel et sur les dangers éventuels que nous courrions à vivre dans un pays, et en particulier une ville, que l'on dépeint en France comme au bord d'une crise islamiste.

Cela m'a fait beaucoup réfléchir et c'est ce pourquoi aujourd'hui, au lieu de vous parler de diverses excursions passées et à venir, je vais tenter au mieux de vous expliquer ma vision de la situation et de vous rassurer autant qu'il est possible de le faire.

De la France

Car ce n'est pas seulement une réflexion sur le Maroc que j'ai entamé, mais également une réflexion sur la France, son état d'esprit actuel et son influence ici. Voyez-vous, une des grandes responsabilités que la France a en terme de politique extérieure, ce sont ses rapports avec l'afrique et le monde arabe. Nous sommes depuis longtemps un allié du monde arabe, nous étions contre la seconde guerre du Golfe (l'Irak, si vous préférez), pour un processus de paix au Proche-Orient qui impliquerait un retour aux frontières de 67 (quand Israël préfererais une reconnaissance de ses frontières actuelles), et nous défendons le Liban. Nous gardons des rapports aussi proches que possible avec nos anciennes colonies et avons une influence énorme sur l'Afrique, qu'elle soit noire ou maghrébine. C'est triste à dire, mais si H2 a été roi si longtemps et si absolument malgré toutes ses exactions, c'est grâce à notre soutien. Et si aujourd'hui M6 s'engage dans un processus de démocratisation, c'est encore en partie à notre influence, via l'Europe, que le Maroc le doit. Aussi, ce que nous faisons, nous, en tant que français, se répercute directement ici, sous une forme ou une autre. Dans ce contexte, il devient très intriguant de constater qu'en France, la paranoïa concernant l'islamisation future du Maroc devient aussi forte et angoissante. Qu'est-ce que cela dit de nous ?

Malheureusement, cela dit que nous avons un problème, un très gros problème. Depuis quelques années, nous nous engageons dans une voie que je juge personellement très dangereuse, et pour nous, et pour d'autres. Cela dit que nous nous engageons dans un conflit idéologique d'envergure auprès de ceux que nous jugeons nos alliés naturels, à savoir le reste de l'occident et du monde judéo-chrétien. Cela dit qu'après une vingtaine d'années a-idéologiques (depuis la chute de l'Est), nous revenons à un système du "nous contre eux" et que ce "eux", c'est le monde arabe et musulman, ce même monde dont nous avons été l'allié envers et contre tous pendant si longtemps, ce même monde qui nous regarde en grand frère, souvent.

Certains mots ne trompent pas : on dit arabe pour dire musulman, on dit musulman pour dire islamiste, et islamiste devient terroriste. Des centaines de livres et de magazines font leur beurre de la crainte de l'Islam. On parle d'une Europe chrétienne.  quand on dit "état religieux", on pense "état islamiste" alors que les USA, la Grande Bretagne sont des états religieux, l'Inde aussi, mais elle est indouiste. On interdit au nom de la laïcité un lycée musulman mais on continue à supporter financièrement des écoles catholiques ou protestantes. On titre "Jésus VS Mahomet : 15 siècles de confrontation" quand ces deux là ont prêché le même dieu et ne se sont jamais rencontré. On oublie la St-Barthélémy, la Guerre de Trente Ans et tous les conflits protestants-catholiques qui ont déchirés l'Europe pour se souvenir uniquement des conflits opposant l'Islam au christianisme.  Des intellectuels, que dis-je, des philosophes affirment sans rougir que l'Islam est une religion mauvaise en soi parce qu'arriérée et dangereuse pour toute personne saine d'esprit et progressiste. Et pour dire qu'on est pas des mauvais, on se glorifie d'accepter aussi bien et aussi "naturellement" (au point que des équipes de télévision filment la scène !!!!) la construction d'une nouvelle mosquée en Allemagne. On parle de la bonne "intégration" des beurettes en France quand elles sont françaises de deuxième génération, on se félicite qu'il y ait des présentateurs télé de couleurs différentes du français moyen, etc.

Ce que l'on oublie, c'est que l'Islam est la deuxième religion en France et ce n'est pas le fait des étrangers mais bien des français, parce que être français ne nécessite - et c'est tant mieux - que de naître en France ou d'avoir un de ses parents français. Etre français, c'est une idée, une certaine façon de voir le monde, liberté, égalité, fraternité. Et cette idée, un peu comme le pape qui conçoit l'oeucuménisme surtout pour rassembler les chrétiens, nous la réduisons à quia, fraternité, oui. Mais... nous contre eux.

Je suppose que plusieurs facteurs nous ont amené à cela. Je ne suis pas politologue. Il y a bien sûr la seconde guerre du Golfe, l'attentat du 11 septembre et la guerre "sainte", la "croisade" contre le terrorisme international qu'a lancé GWB. Bien sûr, nous n'étions pas vraiment d'accord, d'ailleurs, nous ne croyions pas à cette histoire d'armes de destruction massive. N'empêche, c'est pas bien ce qu'ils ont fait. Il y a le voile, bien sûr. Un signe visible de différence. Il y a la paupérisation gallopante de la France et les guettos que nous avons créés en banlieue qui nous font dire "le bruit et les odeurs" parce que c'est plus facile de se dire "ces gens-là" que "nous" avons un problème. Il y a les médias qui ne montrent que des jeunes basanés quand ils font un reportage sur la crise des banlieues. Je ne sais pas quels sont les facteurs les plus importants dans tout cela et il y en a, j'en suis consciente, que je ne vois même pas. Mais au final, nous avons peur. Peur de demain, peur de la différence, peur de toute forme d'anormalité dans le sens le plus restrictif du terme. Nous n'aimons pas les vieux, les malades et les arabes. Nous sommes reclus dans nos peurs et toute forme de discussion nous terrorise. Et pendant ce temps, le Maroc grandit et se pose des questions.

Du Maroc

Oui, nous avons voulu, nous et l'Europe, que le Maroc se modernise et se démocratise. Après H2, il était temps et nous n'avions plus rien à gagner à ce qu'il en soit autrement. Et puis cela faisait tâche sur notre CV de civilisateurs de soutenir un régime autoritaire et coupable de tant d'exactions. Le modernisme amène de nouveaux marchés juteux, bref, il fallait agir. Bon timing, le nouveau roi est progressiste, il veut une économie forte, il veut rénover la société, il veut moderniser, lui aussi. Si ça doit passer par une démocratisation progressive de la société, fort bien. Ce qu'il veut, c'est un pays plus solide et il sait que son peuple l'aime dans l'ensemble. Donc on modernise. On affirme haut et fort que les élections sont importantes et doivent être respectées. Et là... Surprise : les extrêmes se réveillent. Ben voui, le modernisme, ça plaît pas à tout le monde. Et puis ici, on reçoit beaucoup la télé par satellite, les films égyptiens, la musique irakienne... Et les journaux français, dans lesquels on explique à longueur de page combien être musulman, c'est mal. Alors d'un côté, les marocains ont un monde arabe qui les regarde attentivement, parce que le roi est Commandeur des Croyants et qu'il veut quand même l'égalité des hommes et des femmes et la modernisation. Et de l'autre, on a la France qui n'accorde pas de visa touristique aux jeunes femmes diplômées de peur qu'elles ne veuillent rester en France. Et puis il y a aussi l'afrique, la berbèrie qui elle, est en conflit avec elle-même, à propos du Sahara occidental, entre autres. Le Maroc ne sait plus très bien qui il est ni ce qu'il veut. La démocratisation ? Oui, bien sûr, mais en même temps, comment ne pas se souvenir des années de plomb et de leur cortège de terreurs ? Et si s'exprimer trop était dangereux ? La modernisation ? Oui, mais faut-il renoncer à la foi de leurs pères pour cela ? L'arabisation ? Et pourquoi pas ? Mais doit-on vraiment soutenir les exactions islamistes ? La berbèrisation ? Bah... Oui, bien sûr, mais quid de l'Algérie ? Qui sont les marocains aujourd'hui ? Ils ne le savent pas encore.

Un des symptômes les plus frappants de cela, c'est le manque d'histoire du Maroc. On pourrait penser que le Maroc a une longue et riche histoire qui détermine son identité. Ben en fait, non. C'est pas qu'il n'y ait pas les éléments nécessaires, on sait ce qu'il s'est passé dans les temps anciens, on a des traces écrites des événements. Mais cela ne constitue pas une histoire. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'histoire est une construction intellectuelle, une manière d'agencer les événements entre eux et de leur donner un sens. C'est une construction idéologique, et l'on ne sait pas bien quelle est l'idéologie dominante ici. Quand l'histoire du Maroc se formalisera, alors, on saura quelle identité les marocains ont choisi pour eux-même et leur pays. En attendant... Tout ce que fait la France est important. A chaque fois que nous disons que l'Islam est mauvais, nous attaquons le coeur le plus solide de l'unité nationale marocaine. A chaque fois que nous parlons de ministère de l'imigration, les marocains se sentent rejetés. A chaque fois que nous nous laissons aller à la peur, le pays bascule un peu plus. Et si le Maroc finit un jour par rejeter l'occident et les français, ce sera en grande partie à cause de nous.

Des attentats

Voyons de plus près le dernier attentat qui a fait du bruit ici, à savoir l'explosion d'un homme dans un cyber-café de la banlieue. D'abord, sachez qu'un grand nombre d'arrestations ont eu lieu après et que le réseau, d'ailleurs complètement amateur, a été en grande partie démantelé. Ensuite, croyez-vous qu'un tel ratage, un si lamentable incident puisse avoir des répercussions positives pour l'islamisme dur ? Non, bien sûr, il s'agit de crétins quasi illettrés qui se sont fait sauter avant même de connaître leur cible !!!! Faut-y pas être con, quand même... Rien d'héroïque là dedans, et le sentiment dominant de la population marocaine est la consternation. Cela signifie-t-il que ce type d'incident ne se reproduira plus ? Non, mais en tout cas, la population marocaine ne les approuve ni de loin, ni de près.

De l'importance des élections

Maintenant, voyons ce qu'il se passe techniquement au niveau des élections législatives qui font tant peur à nos écrivaillons et journaleux. En septembre prochain, des élections vont déterminer la composition de l'Assemblée marocaine. Et comme le système marocain est en grande partie calqué sur le système français, de nombreux partis se présentent à l'élection et seuls ceux qui auront le plus de voix auront des sièges et détermineront la majorité. Seulement, il y a quelques différences fondamentales entre la France et le Maroc.

D'abord, la composition de sa population. Ici, plus de 60% de la population a moins de 35 ans. C'est un pays jeune, donc. Mais le problème des jeunes ici comme en France, c'est que bien souvent, ils sont apolitisés, donc ne se soucient pas de voter. Ensuite, le niveau d'éducation de la population est pour le moins inégal, voire carrément nul pour une part importante. L'illettrisme est un vrai problème et comment déterminer quel parti va dans le sens que tu veux quand tu ne sais pas lire ? En général, tu suis ce que dit le Caïd, le chef local qui ne veut pas perdre son autorité et donc ne souhaite pas a priori une modernisation trop rapide. En plus, les partis ont été la plaie du régime précédent. Beaucoup d'affaires d'argent, de corruption, comment croire que les choses vont changer aujourd'hui ? Enfin, des partis modérés, qui ont enfin l'occasion de s'exprimer, il y en a plein, qui veulent tous le bien du pays, le progrès, la modernisation, mais à des conditions différentes, selon des schémas différents et comment choisir parmis eux tous ?

Donc nous avons un problème que nous connaissons bien en France et qui a mené JMLP au second tour des élections présidentielles la dernière fois : les extrêmistes n'oublient jamais de voter. Les autres... N'y croient pas trop et donc ne votent pas. Et quand ils votent, leurs voix se dissolvent dans une multitude de partis quand celles des extrêmistes se concentrent. Donc oui, le risque de voir un parti extrêmiste devenir majoritaire aux élections législatives est réel.

Mais d'un autre côté, les marocains le savent et dans leur immense majorité, ils ne souhaitent pas une telle issue. Donc de la même manière qu'en France le 21 avril 2002 a été un détonnateur qui a poussé des milliers de gens à s'inscrire sur les listes électorales pour enfin s'exprimer et que l'on ne croit plus que JMLP représente 15% de la France voire plus, des milliers de marocains s'inscrivent pour voter et ce, certainement pas pour l'extrêmisme. Mais pour qui vont-ils voter ? Il est bien possible en effet qu'ils votent pour un parti islamiste modéré parce qu'ils se sentent agressés dans leur foi et leur identité, encore incertaine mais pourtant grandement ressentie comme fondamentale ici. Et cela dépendra en partie de comment la France va voter à ses propres élections.

C'est pourquoi s'il y a une leçon primordiale à retenir de tout cela, pour l'avenir de la France et celui du Maroc, c'est votez. VOTEZ. Que vous soyez français ou marocains, sachez que vos pays sont liés pour le meilleur ou pour le pire et que c'est VOUS, c'est NOUS qui choisirons cela. Votez en votre âme et conscience, mais surtout, ayez conscience de ce que vous faites. Oui, le Maroc pourrait bien un jour basculer. Mais ce sera vraisemblablement un des derniers pays musulmans à le faire. Il ne saurait en être autrement parce que son avenir est lié à celui de l'Europe. Alors à vous, français, je demande, voulez-vous vous engager dans une guerre idéologique ? Et à vous, marocains, je demande, sachez déterminer votre futur parce qu'une telle guerre vous détruirait plus sûrement encore que nous.

En ce qui me concerne, et sans jamais renier ma nationalité ni mon identité de française, je sais que je veux vivre ici, au Maroc et m'intégrer au mieux, non en tant qu'expatriée limite colonialiste mais bien en tant qu'imigrée. J'espère de tout coeur que les relations entre nos deux pays continueront d'être assez bonnes pour qu'il me soit donné de pouvoir rester ici. Mais si tel n'était pas le cas, alors, ce serait que la France s'est engagée dans un combat idéologique que je refuse et rejette de toute mon âme et je ne pourrais pas non plus rentrer en France. Je suis persuadée que nous sommes sur le point de déterminer le futur de nos civilisations. Qu'elles soient faites de tolérance et de fraternité est en notre pouvoir. Demain peut être beau et meilleur qu'aujourd'hui. Mais pour cela, et en sachant que les malheurs présents ne sont pas éternels, que les choses changent vite et vite les états d'esprits évoluent, votez, non contre quelque chose, non par peur, mais avec espoir.

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Dimanche 15 avril 2007

Bonjour les zamis !

Les événements factuels

Hier, la journée a été fertile en événements dans mon quartier. C'est en effet dans ma rue, un peu plus loin (bien assez loin pour que je ne sois en rien témoin des tragiques événements, rassurez-vous), que deux kamikazes se sont faits sauter devant le centre culturel américain. Bilan : les deux kamikazes sont morts, bien sûr, une passante a été blessée. Selon la police et les témoins, un des deux kamikazes aurait tenté de discuter avec le garde du centre culturel pour passer les barrières de protection et, voyant que rien n'y faisait, les deux terroristes se seraient fait sauter devant les barrières.

Dans la journée, on apprit que la police avait arrêté le chef de l'organisation et découvert des stocks d'explosifs artisanaux.

Les événements tels que nous les avons vécus

Dans la réalité, voilà ce que NOUS avons vu. Ce matin là, nous fûmes réveillés par un coup de téléphone : un de nos amis marocains tenait à savoir si nous allions bien. Il ne sera pas le seul à s'en préoccuper et Amina par exemple nous appela également. Comme vous le savez sans doute, nous n'avons ni télé, ni radio, donc nous avons été regarder sur Internet pour savoir ce qui se passait. C'est là que nous avons appris pour les deux kamikazes. Encore une fois, nous fûmes pour le moins surpris par le manque d'efficacité desdits terroristes : en tout, 7 kamikazes du même réseau se sont fait sauter depuis mars, et il y a moins de victimes qu'il n'y en aurait en une seule fusillade.  On est loin de l'attentat à la voiture piégée d'Alger... Un seul attentat = 30 morts, plein de blessés, 7 kamikazes = 1 mort (et encore, un policier durant l'arrestation !!!), 22 blessés. Le compte apparaît de plus en plus désequilibré.

Quoi qu'il en soit, en regardant par la fenêtre, nous voyons des barrages à travers le boulevard, des gardes surexcités devant l'école juive qui nous fait face, une foule de femmes, d'hommes et d'enfants qui courrent d'un air curieux, appeuré et amusé à la fois. Dans l'après-midi, les choses semblent se calmer. Nous décidons donc d'aller faire quelques courses et de vivre, enfin, notre journée normalement. Nous sortons vers 17 heures pour aller acheter une planche destinée à nous servir de table de wargame. Il y a, justement à Anfa, le boulevard qui croise Moulay Youssef, un ébéniste. Dans la rue, le nombre de policiers est effarant. Il y en a partout, en uniforme, en civil et même des forces spéciales cagoulées  et très lourdement armées qui barrent une petite rue qui mène dans le quartier juif derrière l'école. Tous ont l'air concentrés et attentifs, mais ils sont aimables et me renseignent volontiers quand je leur demande ce qu'il se passe ici, c'est à dire relativement loin du centre culturel, pour justifier un tel déploiement. "Mesures de sécurité", c'est tout. Bon, d'accord, nous allons donc notre bonhomme de chemin. Nous négocions notre fameuse planche et allons boire un café en attendant qu'elle soit découpée aux dimensions voulues. C'est alors que nous assistons à une course poursuite impliquant une vingtaine de jeunes garçons qui semblent courrir après deux ou trois autres, dont l'un a un sac à dos dans les mains. Ils passent et repassent, le sac à dos change de main à chaque fois, au gré de qui réussit à ratttraper qui. Un peu interloqué, nous allons chercher notre planche. Lorsque nous revenons à Moulay Youssef, une foule importante coure, elle aussi, dans un sens, puis dans l'autre, sans que nous voyions pourquoi. Beaucoup de femmes et d'enfants composent cette foule qui semblent jouer à se faire peur. Des caméramen suivent le mouvement, les policiers nerveux dégainent leurs armes mais ne tirent heureusement pas, bref, c'est le chaos. C'est impressionnant, légèrement effrayant par l'intensité de la chose, mais les gens sont loin d'être aggressifs, au contraire, l'état d'esprit est assez semblable à celui qui prévalait lors du mini tremblement de terre. Les gens sont dehors et jouent à se faire peur, veulent faire corps avec les événements, quitte à ne pas les comprendre. Nous rentrons donc vite chez nous, en réalité assez choqués par la chose et une fois là, je me précipite sur emarrakech (site portail d'info sur le Maroc)pour tenter de décrypter ce qu'il se passe. C'est alors que je découvre que le meneur a été arrêté et un post sur le forum où un "témoin visuel" décrit avoir vu une cinquantaine de personnes courrir sus à trois terroristes dans mon quartier.

Alors, évidemment, je comprends tout. La colère et le dégoût de ces fameux terroristes sont pregnantes ici, de plus en plus au jour le jour. C'est à une chasse aux sorcières que nous avons assisté. Le sac à dos devait être suspect. Tous les gens qui portaient sur eux trop de vêtements susceptibles de cacher des explosifs ou alors des sacs se faisaient courser. Et parce que c'était drôle de faire partie des événements du jour, une foule de femmes, d'hommes et d'enfants désoeuvrés suivaient.

Nous avions prévus d'aller dîner avec des amis, nous y avons renoncé, nous ne voulions pas assister de nouveau à une chasse aux sorcières, à un lynchage, peut-être. La foule en aurait été capable, je crois, dans son état d'inconscience. Et j'ai compris avec beaucoup d'accuité ce que voulaient dire des copains quand ils disaient que Casa était susceptible de se soulever du jour au lendemain pour se dresser contre les ennemis du jour. Nous, en tant que français, ne craigions rien, bien sûr. Ce n'était pas un de ces jours-là. Tout au contraire... Malgré tout, oui, Casa peut être une ville violente. Ce matin, tout était rentré dans l'ordre, évidemment. Les esprits s'échauffent vite mais se calment de même.

Le décryptage que nous en faisons, nous

D'abord, il n'y a rien de commun entre les attentats d'Alger et ceux de Casa. Encore une fois, les chiffres parlent pour nous. Un attentat : 30 morts, pas mal de blessés. 7 kamikazes : 1 mort et 22 blessés. A cette occasion comme pour le tremblement de terre, l'exagération populaire en a fait des événements majeurs là où un groupe désorganisé et particulièrement mauvais n'a pas su servir sa cause le moins du monde en montrant juste de la peur et de l'inefficacité. A dire vrai, il y a de bonnes chances qu'un suicide au gaz fasse plus de victimes que la mort de ces terroristes là.

Plus on en discute avec des marocains d'ailleurs, et moins on sait d'où viennent ces gens-là. Les souffrances du peuple marocain n'ont rien de commun avec celles, disons, des palestiniens, et ils ne sont absolument pas brimés dans leur foi. Certains auraient certainement des comptes à régler avec les apparachiks du régime précédent, mais on parle là de vengeance, pas de terrorisme. Bref, un homme de volonté ici réussit, il ne devient pas kamikaze. Cela explique au moins en partie pourquoi ils sont si mauvais. Ceci dit, juste pour vous donner une idée, on rentre comme dans un moulin dans le centre culturel américain. Il est ouvert au public. Certes, il y a des barrières, mais enfin, n'importe quel pékin qui veut y aller pour se renseigner sur les cours d'anglais ou aller à la bibliothèque publique peut le faire. Il faut vraiment que les kamikazes aient eu l'air louches pour ne pas y parvenir et qu'en prime, le garde n'ait pas été blessé !!! De la même manière que la foule inconsciente était hier au bord du lynchage, ces gens-là ne sont ni préparés, ni pros en quelque façon que ce soit et se laissent guider par des convictions approximatives et des émotions très primitives. Je ne sais pas pourquoi ils ont fait cela, mais ce que je soupçonnais avant, à savoir que ce sont des crétins analphabètes et vraiment, vraiment bêtes, mainetant, je le sais. Et cela, en tout état de fait, n'avance pas, ni de près, ni de loin, leur cause.

Les premières conséquences réelles que je vois pour le pays, en dehors bien sûr de freiner pour un temps le tourisme, j'imagine, c'est que les gens qui hier encore, hésitaient, sont de plus en plus nombreux à vouloir voter et ce, pour soutenir la politique royale, c'est à dire le modernisme ! Les islamistes ont aujourd'hui très mauvaise presse quand hier leur discours était acceptable socialement...

Deuxième conséquence, que je trouve des plus positives, c'est le rapprochement entre le Maroc et l'Algérie. On sait que la guerre pour le Sahara occidental divise ces deux pays depuis longtemps alors qu'un faisceau de valeurs communes les rapprochent, entre autre, la population berbère. De plus, quasi aucun échanges commerciaux ne se font entre eux deux, ce qui bloque le développement des deux. Le Maroc a proposé récemment une solution concernant le Sahara et M6 a appellé à la coopération dans le combat contre le terrorisme, appelant l'Algérie "soeur" du Maroc. C'est donc une évolution très positive pour le Maghreb et je souhaite de tout coeur que ces négociations amènent à la paix entre les deux et même, pourquoi pas ? A un marché commun du Maghreb qui serait très profitable pour tous. Or clairement, dans ce "combat" idéologique pour l'identité marocaine, se tourner vers le berbèrisme serait ce qui lui irait le mieux. Tiraillé entre occident et orient, le Maroc trouverait là la force nécessaire pour résister aux chants de sirène des deux.

En revanche, une des conséquences les moins positives de tout cela, en dehors des blessés et de la comotion sociale, c'est la réaction en France. Désormais, en France, on lie les deux : on parle d' "Al Qaida Maghreb" quand au Maroc, on ne peut certainement pas imputer ces ratages lamentables à qui que ce soit d'organisé. Que M6 se déclare solidaire de l'Algérie et qu'il affirme que le Maroc est tout autant visé par les attentats d'Alger et l'on comprend que son pays est tout autant infiltré !!! Mais bien sûr, c'est faux. Ici, il n'y a vraiment pas de réseau terroriste comme on a appris à les craindre. Pas de camps d'entrainement, pas de fous de dieu rompus aux techniques de la guerilla, rien que quelques crétins inefficaces qui se sont laissés bourrer le mou par la télé, probablement, c'est quand même pas pareil ! Ces événements, pour dramatiques qu'ils soient, sont plus comparables à Colombine qu'à Al Qaida !!! Et encore, il y avait eu plus de morts à Colombine...

Je vous adjure encore une fois de proportion garder. Nous ne sommes pas dans un pays en guerre, mais juste dans un pays énervé et surchauffé par le poids des décisions capitales qu'il doit prendre pour lui-même dans les temps à venir. Croyez-moi, s'il y avait quelque danger que ce soit ici, les gens ne prendraient pas de nos nouvelles comme ça, on ne pourrait pas sortir de crainte de se faire lyncher. C'est arrivé, cela a failli arriver à un pauvre gars avec son sac à dos hier, cela arrivera encore, certainement. Casa est frondeuse, mais absolument pas, ABSOLUMENT PAS islamiste !

Alors au lieu de craindre tout et n'importe quoi, de dénoncer l'horreur de ce qui se passe ici, VENEZ VOIR !!! Notre porte est ouverte et JE VOUS GARANTIE PERSONELLEMENT QU'IL NE VOUS ARRIVERA RIEN !!!!

Cessez d'avoir peur de fantômes agités devant vos nez, laissez-vous guider par votre raison et non, comme la foule casaouïe hier, par vos émotions de foule bornée. Et OUI, la foule EST bornée, mais cela, je l'avais constaté en France aussi lorsque j'avais participé à des manifs.

Vous tous qui criez à l'islamisation du Maroc, vous me faites penser aux copains de province qui pensaient que Paris était en état de siège quand quelques gosses de banlieue étaient descendus dans le neuvième, où j'habitais alors, pour casser deux-trois vitrines. Et alors comme hier, j'étais dans la rue et j'observais. Rien ne m'est arrivé alors, rien ne m'est arrivé hier, rien ne m'arrivera demain. A moins que vous soyez assez couillons pour voter en masse CONTRE, que vous vous engagiez délibérément dans ce fameux combat idéologique que je dénonce depuis longtemps. Et NON, je ne confond pas tout, je n'exagère pas en parlant de combat idéologique, je pense VRAIMENT que nous en sommes là et que c'est en occident que cela se joue parce que c'est là que vous vous créez tous seuls votre propre ennemi.

Cessez de croire à la démagogie, venez voir. Il vous en coûtera de passer de merveilleuses vacances au pays du soleil et du beau temps. Et quand aux marocains, ils savent ce qu'ils ont à faire, ils le font de plus en plus, ils vont voter et vous démontrer qu'ils ne sont EN RIEN islamistes. Aujourd'hui plus qu'hier, je suis sûre que le danger d'une chambre législative islamiste recule de jour en jour. Mais attention, hein, avant les élections marocaines, il y aura les élections françaises. Vous êtes sûrs de vouloir d'un JMLP au second tour ou même d'un "Napoléon de Neuilly" comme dit un bon copain ? Réfléchissez mieux, et venez donc nous voir, venez comme au zoo, à la bonne vieille manière française, venez voir les dangereux musulmans. Ils sont charmants.

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Lundi 16 avril 2007

Bonjour les zamis !

J'ai décidé, aujourd'hui, de relâcher un peu la pression sur ce blog dont le propos n'était pas, à l'origine, de devenir une tribune politique. D'ailleurs, je prie tous mes lecteurs indisposés par la tournure des derniers posts, imposés par la pression des événements et l'urgence de ce que je ressens comme un choix vital pour nos deux pays, de bien vouloir me pardonner.

Aujourd'hui, je vais donc vous parler de choses légères et sympathiques que nous vivons au jour le jour.

A mon retour de France, JMA m'anonça que nous étions tous deux très gentiment conviés à un pique-nique organisé par le service client de son entreprise (dont je rapelle que JMA ne fait pas partie puisqu'il est chef produit). Nous allâmes donc ce samedi là à la forêt de Bouskoura, à la sortie de Casa. C'est une grande forêt d'acacias qui nous fît penser l'un et l'autre aux pinèdes de la côte atlantique et basque et nous passâmes un excellent moment avec une vingtaine de personnes charmantes à manger, jouer, se promener tranquillement. Cet épisode, pour banal qu'il vous paraisse, nous a profondément ému. Rapellez-vous d'une part que JMA ne fait pas parti du service en question et que cette sortie était prévue par et pour le service, afin de solidifier encore un esprit d'équipe très pregnant et de beaucoup d'importance dans cette direction. JMA était donc touché de cette invitation au niveau professionnel, car elle démontrait l'estime dusdit service pour son travail. A cela, il faut encore ajouter qu'il n'y a que 6 français qui travaillent dans cette entreprise, sur 350 employés et que tous les marocains se sont montrés des plus accueillants envers nous, nous proposant de nous inviter chez eux partager le couscous et nous intégrant systématiquement à leurs réunions informelles alors même que nous leur imposons la contrainte de parler en français et non en marocain. Vous comprendrez alors à quel point ces petits actes qui semblent minimes nous ont en réalité touché profondément. De même que les coups de téléphone samedi se préoccupant de savoir comment nous allions à la suite des attentats au centre culturel américain, ce sont ces gestes d'accueil qui nous prouvent au quotidien que nous nous intégrons bien et que les marocains sont décidément un peuple adorable et ouvert d'esprit.

Samedi prochain, j'aurais 29 ans. Or justement, une occasion en or de fêter l'événement (ou plutôt le non-événement, vu que 29 ans n'est pas un âge très important) se présente. On joue Carmen à Marrakech et l'entreprise de JMA est partenaire de l'événement ce qui fait que nous avons des invitations. En fait, on joue Carmen à Casa ce mercredi et ce jeudi, je crois à Rabat, mais le fait est qu'une voiture de collègues de JMA se prépare à aller à Marrakech ce WE pour profiter de l'occasion et que nous avons été, encore une fois, convié à nous y joindre. Nous partons donc vendredi soir, je crois, pour repartir de Marrakech dimanche en fin de journée, après, nous l'espérons, un WE des plus charmants avec quelques-uns des plus sympathiques de nos nouveaux copains.

JMA justement ne connais pas encore Marrakech, et c'est définitivement un lieu à visiter, c'est tellement beau ! Et puis nous sommes justement à la meilleure saison pour le faire : il commence à y faire sacrément beau tout en n'y faisant pas trop chaud, bref, c'est idéal. Enfin, vous me connaissez, âge important ou non, je suis personellement très satisfaite de marquer le coup de mon anniversaire, j'ai toujours adoré ça ! Et puis encore une fois, y aller avec des copains, quelle satisfation ! Je suis décidément de plus en plus heureuse de notre choix de vivre ici. Nous rencontrons tous les jours plus de gens et tous les jours, nous lions des amitiés plus vives, même s'il est certain qu'il faut bien des années pour nouer des liens aussi forts que ceux que nous avons laissés en France.

Encore une histoire d'amitié en devenir, JMA a été intégré à des cours d'arabe dialectal dans son entreprise, deux fois par semaine, par un directeur (mais pas le sien qui est français et visiblement s'en fout comme de sa première chaussette), qui a été jusqu'à faire pression sur la DRH pour qu'il puisse en bénéficier. Ce soir, donc, il a son premier cours et nous sommes convenus qu'il me donnerait copie de ses cours pour que j'en profite aussi, voire qu'il essaierait de m'y faire intégrer, avec la complicité de ses collègues. Mais même si cela ne se révélait pas possible, nous prendrions des cours ensemble tous les dimanches avec un prof particulier. Seul le manque de temps et de ma part, d'énergie, nous a empêché de le faire plus tôt et je compte bien remédier à cette situation au plus vite. Après tout, cela fait déjà 6 mois que nous sommes ici et nous ne connaissons que quelques expressions usuelles, je me fais honte moi-même.

Bref, comme vous le voyez, en dehors des convulsions d'un monde devenu fou, nous continuons notre bonhomme de chemin, toujours plus confiants dans notre choix de nous installer ici. Je savais que nous serions bien au Maroc, c'est ce pourquoi nous sommes partis, après tout. Mais je ne pensais pas que nous serions aussi bien, et je suis heureuse de dire que l'émerveillement initial ne disparaît pas et que, bien au contraire, nous sommes tous les jours surpris un peu plus par l'accueil chaleureux que l'on nous fait.

J'espère que de votre côté, tout va pour le mieux et je vous dis à demain, si vous le voulez bien ! ;-)

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