Mercredi 6 février 2008

Alors, je n'ai toujours pas l'intention dans les jours qui viennent de me remettre à écrire régulièrement sur ce blog. Non, je ne vous ai pas abandonné, j'ai la flemme, vachement autre chose à faire et puis franchement, c'est comme ça, y'a des moments où.

Ceci dit, et comme je suis une jeune femme responsable, il faut bien que, après avoir crié au loup, je rassure la population concernant l'avenir de mes bêtes à poils : l'alerte aux croquettes est passée. Je n'ai aucune idée de ce qui a bien pu se produire (vraisemblablement un blocage en douane), mais enfin, de nouveau, les magasins sont approvisionnés en croquettes, donc mes minettes se portent comme un charme, ayant même pris un peu de poid (rapport aux croquettes junior qu'elles ont avalés goulûment).

Donc voilà. Sinon, c'est pas qu'il ne se passe rien dans notre vie, c'est juste qu'il ne se passe rien à raconter. Vous savez comment c'est, des fois. Donc à part ça, pour les nouvelles tout public, ben il fait beau, je suis toujours méga en retard vis-à-vis de mon éditeur dont acte, je n'écris plus que pour lui (et donc plus pour vous), les minettes sont rondouillardes et tout va bien.

Un de ces jours, il faudra que je prenne le temps de vous réécrire régulièrement. Mais en même temps, il faudrait aussi que je prenne le temps de lire le rapport Attali (qui fait quand même ses 250 pages, mais bon, je suis pas à ça près) et le traité de Lisbonne. D'ailleurs,en fait, il est probable que l'un aille avec l'autre : je vous écrirais ce que j'ai pensé de ces deux pavés que personne d'autre que moi et trois pauvres couillons  dans un bureau sans lumière payés pour ça ne lira de toute façon. ça vous fera du changement, que quelqu'un qui n'a rien à voir avec la choucroute vous le résume. Mais bon, en même temps, je voudrais pas donner de faux espoirs, j'ai vraiment pas le temps en ce moment. Il est donc possible que ça passe à la trappe, comme tant d'autres bonnes intentions que j'ai, parfois subitement et ne met jamais en oeuvre.

Bon, ben sinon, quand même, salut à vous, ô mes frères !

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Lundi 11 février 2008
Alors, dans la mesure où le rapport Attali est plus ou moins en train de s'enterrer tout seul, tandis que la France a ratifié le Traité de Lisbonne, il m'est apparu plus urgent de m'attaquer à ça en premier. Malheureusement, c'est bien moins simple. Ben oui, parce que bon, le rapport Attali, c'est 250 pages de bout en bout, un seul gros fichier PDF à télécharger, et donc, même si c'est chiant à lire, on peut parvenir à progresser dedans à peu près simplement. Tandis que le Traité de Lisbonne, mes pauvres amis, n'est qu'un traité modificatif des autres traités européens... Et là, ça veut dire que pour comprendre les modifications publiées au Journal Officiel de l'UE en langue française, faut se référer aux traités modifiés. Breeef ! Une pagaille incroyable qui fait que je ne parviens pas à mettre la main sur un document uni et définitif qui me permette au moins une vision d'ensemble du texte et après on voit. Non, faut se taper le téléchargement de CHAQUE p... de chapitre séparément, avec des mentions très utiles du genre : "Protocole relatif à l'article 6, paragraphe 2, du traité sur l'Union européenne sur l'adhésion de l'Union à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales" (et ça, c'est rien que dans l'annexe, parce qu'après, fourmillent les explications vachement éclairantes du genre "la phrase suivante est ajoutée à la fin du premier alinéa "..., à laquelle les Etats membres attribuent des compétences pour atteindre leurs objectifs commun." " Et maintenant, t'es content, faut que tu te tape le premier document, repère la fin du premier aliné et intègre ce que la modification apporte.)

C'est la merde, mes amis, c'est moi qui vous le dit. On nous parle de constitution simplifiée, ben moi je dis simplifiée mon cul, à l'usage des citoyens en tout cas, parce que c'est illisible. En attendant, histoire de pas vous laisser totalement le bec dans l'eau, et après des heures à m'arracher les cheveux pour tenter de vérifier la fiabilité d'au moins le début des documents que je vous livre en patûre, il apparait que tout de même, quelques juristes sympas ont pensé à nous et donc, certains sites reprennent les grandes modifications d'une manière pas trop con. Le premier, qui vous en donne un aperçu super simplifié mais au moins facile à comprendre, c'est le site touteleurope.fr. Mais bon, ça reste maigre, juste une vision d'ensemble, on va dire. Du coup, y'a un petit malin qui s'est dit, ça serait sympa de faire des fiches, comme à l'école. C'est le site robertschuman.org. Bon, c'est très orienté, ça vous explique pourquoi c'est super, mais en même temps, au moins, ça vous raconte d'une manière didactique en 10 fiches seulement (soit même pas 50 pages, du bonheur !) les grands axes de réflexion ayant présidé au Traité. C'est déjà pas mal et en tout état de cause, je crois pas personellement pouvoir faire mieux.

Enfin, comme quoi notre Assemblée Nationale est quand même sympa et pense à ses citoyens, elle a pondu un texte extrêmement bien foutu, qui reprend dans leur contexte (en mettant les modifications en valeur en gras) toutes les subtilités du Traité de Lisbonne et le rend enfin lisible (enfin, au moins autant que la constitution européenne rejetée parce que trop longue, lol). Malheureusement, ils l'ont fait sur la base des documents approuvés par la conférence intergouvernementale du 18 octobre 2007 et non sur le traité tel que ratifié hier par la France. Donc je ne sais pas (et ils ne s'engagent pas là dessus) si des modifications ont été apportées au Traité depuis et à dire vrai, c'est très probable, même si cela ne concerne en fin de compte non les grands points, mais des détails de vocabulaire sur lesquels tout le monde doit se mettre d'accord en chaque langue. Ceci dit, faut pas déconner, ni vous, ni moi n'avons franchement les moyens de pinailler sur des points de vocabulaire qui, s'ils changent tout au regard de la loi, nous sembleront au mieux des ergotages, donc pour les courageux qui veulent lire le Traité mais n'ont malgré tout pas que ça à foutre durant les 10 prochaines années de leur vie, ça me semble quand à moi conforme (sur les 15 premières pages) à la version publié au JO, avec toutes les réserves déjà exprimées quand à ma capacité à comparer les deux versions avec accuité.

Voilà ! Moi, clairement, je vais m'en tenir à cette version, parce que bon, comme je le disais, dans mon dernier post, j'ai franchement autre chose à faire. Et puis même, tiens, vu que tous les pays européens n'ont pas encore ratifié ce fameux traité, je vais même me donner le temps d'attendre un peu, voir si nos gentils députés peuvent pas actualiser leur copie. Et puis sinon, ben je me contenterais de ça et je serais sans doute un peu moins bien informée que je le devrais, mais ça ne sera certes ni la première, ni la dernière fois.
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Mardi 12 février 2008
Alors, comme nous sommes tout de même sur un blog privé, qui n'engage que ma petite personne, du coup, je me donne le droit, moi aussi, d'exprimer ce que je pense du Traité de Lisbonne par rapport à la constitution Européenne que nous avons rejeté, dans la mesure où il est bien acquis pour tout le monde que mon opinion n'est en aucun cas éclairée, que je ne suis pas juriste et que donc, je peux me planter dans les grandes largeurs (et aussi qu'on a le droit, du moment qu'on est poli, de ne pas être d'accord avec moi). Au final, ce que je veux dire en préambule est que ce post ne CONSTITUE PAS un résumé, une clarification ou tout autre élément de référence pour comprendre mieux le Traité de Lisbonne, mais seulement l'expression des premières réflexions que ce fameux traité m'inspire.

Qu'il soit très clair dès l'abord que je préférais la Constitution. Rien que parce que ça faisait un seul texte et que ça, c'est cool pour les citoyens. Plus le corpus légal de l'Europe est important, moins il est facile de le comprendre et de s'y référer pour en connaître les grandes lignes comme les droits de chaque citoyen.

Ensuite, le grand avantage d'une constitution à mes yeux, c'est que ça nous rapprochait à grands pas de ce que j'apelle de mes voeux, à savoir une Europe Fédérale, dans laquelle la souveraineté des nations est limitée aux questions relatives à son territoire. Et ce, pour tout un tas de raisons. Il me semble quand à moi que le pouvoir politique est actuellement tellement mis à mal par le pouvoir économique qu'il faut un grand groupe pour résister à la pression. Si l'on considère que les USA en forme un, la Chine un autre, l'Inde probablement un troisième, tant en terme de poids démographique qu'économique, il apparaît raisonnable de craindre qu'une Europe dispersée dont les membres ne présentent vis-à-vis les uns des autres que la loyauté nécessaire à s'assurer un marché commun est la porte ouverte au grand n'importe quoi. Sans compter (mais nous y reviendrons, en s'appuyant pour ce faire sur un dossier extrêmement intéressant et qui confirme ce que je crains depuis longtemps, sur la remise en cause de la laïcité en Europe), que nous (sic ! Je parle là de l'action fabuleuse et malheureusement perdue de députés européens courageux s'étant battu durant des mois) avions réussi à intégrer dans les fondements mêmes de la Constitution le principe de laïcité et éviter la mention d'une culture européenne basée sur le christianisme, garantissant ainsi la liberté de conscience et nous évitant bien des dérapages prévisibles quand à la politique extérieure de l'Europe par rapport au monde musulman. Enfin, bien évidemment, un hymne, un drapeau, une devise auraient fait beaucoup pour donner une réalité concrète (bien que symbolique) à cette entité supra-nationale qu'est l'Europe, qui reste pour beaucoup de nos concitoyens trop lointaine. Et ça, ce ne sont que les arguments généraux, parce qu'il y aurait beaucoup à dire sur les détails pertinents du texte, mais bon... Inutile de revenir sans cesse sur les pots cassés et passons donc à la suite.

Tout de même, une chose me désole concernant la Charte des Droits Fondamentaux. Elle était dans la Constitution intégrée et amendée et surtout, obligatoire pour tous les membres signataires. Or là, elle acquière certes une valeur contraignante pour les états membres, sauf, encore et toujours pour les irréductibles saxons (lol), à savoir le Royaume-Unis et la Pologne (dont je ne savais pas qu'elle s'y opposait, mais bon, on en apprend tous les jours.). Et là, on retombe sur le problème de toujours de l'Union européenne, qui est qu'elle s'effectue à plusieurs vitesses. Seuls certains membres de l'UE ont mis en place la monnaie commune, certains pays refusent de signer tel ou tel traité en invoquant des alliances et traités antérieurs, etc. Tant qu'on n'arrive pas à dire une fois pour toute qu'on accepte les règles d'une entité supra-nationale tous sur le même plan, on n'arrivera à rien. Mais je vois bien que je reviens encore et toujours à ma nostalgie quand à la Constitution qui, au moins, aurait obligé certains pays à clarifier leur position. Donc passons aux points positifs (et ils sont nombreux, malgré tout, quoique tous issus du projet de constitution, comme quoi, hein...).

Le premier point que je juge personnellement fabuleux est la possibilité d'un recours citoyen au parlement européen. Malheureusement, par rapport à sa version première, il est un peu plus limité, puisqu'il ne concerne que les lois sur l'application des traités mais le principe est le même : sur pétition d'un million de citoyens européens d'un nombre suffisant de pays (le même principe de représentation que pour le vote, en fait), le Parlement peut être saisi directement. Evidemment, ça paraît beaucoup, un million. Mais en même temps, ce n'est pas si énorme si l'on se réfère à notre population globale (27 pays, ça fait du monde) et puis c'est la première fois qu'on nous donne le droit direct d'intervenir. Et ça, ça s'apelle le progrès démocratique, mes amis.

Le deuxième point tout aussi important que la Constitution proposait et qui est heureusement repris, c'est la possibilité pour un état membre de sortir de l'UE. Or jusqu'à présent, quand t'avais signé un traité, t'étais coincé. Et si je pense qu'il est fondamental d'arriver à terme à une UE fédérale, il ne s'agit aucunement de contraindre quiconque à renoncer à sa souveraineté s'il ne le souhaite pas, au risque de guerres intestines dévastatrices. D'un autre côté, comme il va bien falloir déterminer qui est partant et qui ne l'est pas, il est nécessaire de laisser une porte de sortie, sans quoi on ne sort pas du schmilblik d'une europe à plusieurs niveaux d'intégration, ce qui est un énorme problème pour la stabilité de l'ensemble.

D'ailleurs, tout un tas de mesures visant à une plus grande stabilité de la politique européenne et à sa mise en application sont bienvenues : la clarification de la répartition des compétences entre les pays et l'UE, les simplifications des votes, la présidence plus longue et permanente (2 ans et demi au lieu de 6 mois), le regroupement des charges concernant la politique extérieure, la réduction du nombre de commissaires européens, la personnalité juridique de l'UE, etc. Même le renforcement du rôle des parlements des différents pays est une excellente chose au regard de la mise en oeuvre de la politique européenne, car cela devrait éviter les imbroglios que l'on a déjà vu quand est ratifié un traité incompatible avec la loi nationale (quoique je le rapelle, les accords supra-nationaux aient une valeur juridique théoriquement supérieure).

Concernant la Banque Européenne, il était effectivement temps, au vu de son importance économique vitale (puisqu'elle régule entre autres la valeur de l'euro) pour tous les adhérents à la monnaie unique, qu'elle devienne une institution européenne. Cela permet au moins que notre politique monétaire soit en accord (a priori) avec la volonté globale de l'UE.

Après, la collaboration judiciaire et policière me semble certes un bon principe, mais en l'état, ni plus, ni moins applicable qu'elle ne l'est déjà (c'est à dire qu'elle est déjà faite pour ce qui est possible et un casse-tête dans certains cas et que je ne crois pas que ça va changer vraiment), les bons mots sur le réchauffement climatique, j'attend de voir s'il en sort quoi que ce soit de contraignant, etc.

Au final, de ce que j'en ai compris, un assez grand nombre de points fondamentaux de la défunte constitution européenne ont été repris dans ce traité, mais malheureusement pas tous, ne serait-ce que parce qu'il était impossible qu'il en fut autrement, étant donné que tous les pays de l'UE n'ont pas souscrits aux traités modifiés par celui-ci. Il reste malgré tout à mon sens un progrès par rapport à la confusion dans laquelle nous avait laissé l'abandon du projet constitutionel et peut peut-être éviter à l'UE de subir le sort de beaucoup des grands idéaux supra-nationaux comme la Société des Nations et les Nations-Unis, dont on voit désormais le peu d'effet réel. Bien entendu, je ne parle pas là des accords économiques qui eux, fonctionnent assez bien depuis le départ mais ne représentent finalement qu'une première étape largement dépassée de ce que veut être l'UE. Quoi qu'il en soit, ce fameux traité est une étape de plus bienvenue, certes, mais non l'étape fondatrice d'une ère nouvelle qu'aurait pu être la Constitution. Ce sera, avec un peu de chance, pour dans quelques années, maintenant.
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Vendredi 15 février 2008

Alors que notre président "a le plaisir de persister et de signer" dans sa déclaration de foi à l'occasion du dîner au Crif, se foutant de la gueule de tout le monde quand on lui demande si exposer ses convictions sur la morale religieuse n'est pas une atteinte à la nécessaire neutralité d'un pays dont la laïcité est radicale en faisant mine de s'interroger sur la citoyenneté de seconde classe des religieux, il me semble qu'il est temps de revenir sur une petite définition de ce qu'est, en pratique, la laïcité.

Définition

Définir la laïcité est loin d'être aussi simple qu'on pourrait le croire, en fin de compte. A la base, être laïc signifie simplement ne pas être religieux, sans pour autant que cela implique de ne pas être croyant. Ainsi, la bonne du curé est une servante laïque de l'église, par exemple. Mais dans les institutions politiques, la laïcité signifie la séparation de l'église et de l'état. Dans nos vieux pays judéo-chrétien, ce n'est pas simple, aussi des lois ont été adoptés de manière à garantir cette séparation, avec plus ou moins de fermeté selon les pays. La France est l'un de ceux chez qui les lois sont les plus dures et les plus restrictives à l'encontre de l'expression d'une conviction religieuse par l'état ou ses représentants, tout en permettant tout un tas de contradictions d'apparence. Ainsi, la loi française garantie la liberté de culte, mais interdit à ses fonctionnaires de porter un insigne religieux dans l'exercice de leurs fonctions. De même, il est interdit de porter un insigne religieux à l'école, mais des écoles privées religieuses peuvent être subventionnées par l'état, à la condition que l'enseignement religieux n'y soit pas obligatoire.

Cet état de fait est dû principalement à l'un des fondements de la laïcité française (et, j'ose le dire, de la laïcité européenne, quelle que soit sa forme étatique) : le pouvoir politique a très longtemps et très souvent été remis en cause par l'influence de la religion catholique et la laïcité s'est essentiellement élevée contre la regilion catholique. Or, remettre à sa place une église qui jugeait normal de diriger le monde quand la plupart des acteurs de la vie politique étaient eux-mêmes catholiques n'a pas été simple. Il a donc fallu des règles claires et en même temps subtiles, permettant des compromis, telles que la distinction faite entre vie privé du citoyen X, membre respecté de sa paroisse et vie publique du fonctionnaire x, membre respecté de l'appareil d'état. Ce n'est pas idéal, dans la mesure où malgré tout, la religion catholique s'en sort mieux que d'autres à l'heure de la distribution de subventions pour une école, par exemple, ou quand l'aumonerie catholique est une association que l'on trouve dans quasiment tous les collèges et lycées de France quand on y voit rarement un atelier associatif d'étude de la Torah ou du Coran. Malgré tout, cela fonctionne à peu près. Et cela, on peut le voir à plusieurs éléments très simples :

1) exprimer en France l'idée qu'une religion est par essence supérieure à une autre est mal vu,
2) la vie privé de nos gouvernants n'est pas jugée à l'aune de la morale (pensons notamment à l'affaire Lewinsky aux USA et au finalement peu d'intérêt manifesté par les français pour la fille de Mitterand ou même le mariage de Sarkozy, ses divorces ou bien l'union libre de la candidate de gauche aux dernières élections présidentielles),
3) les prêtres se permettent assez peu d'ingérence dans la vie politique et seuls quelques radicaux de tous poils prêchent sur des sujets d'actualité.

Les contradictions Sarkozy

Là où la position du chef de l'état est étonnante, c'est qu'elle change les règles du jeu du tout au tout. Si les fonctionnaires n'ont pas le droit de porter un insigne religieux dans l'exercice de leurs fonctions, imaginez le président ! Il est logiquement absolument exclu qu'il puisse se positionner là-dessus. Qu'il soit catholique, grand bien lui fasse, mais qu'il le montre et s'exprime là-dessus en tant que président est un problème. Ceci dit, il a raison sur un point : le président n'est pas un fonctionnaire, il n'est pas assujetti à cette loi et n'a donc techniquement pas à la respecter tant qu'il ne privilégie pas une religion au détriment des autres, ce que pour l'instant, il n'a pas fait. Mais c'est un point technique, car il entre bien frontalement en contradiction avec l'esprit de la loi. Comment et pourquoi ?

La raison la plus évidente est que notre président a du mal à distinguer sa vie privé de sa vie publique. Il est le premier à afficher sa vie privée "sans tabou". Mitterand avait pris garde de cacher ses convictions comme sa fille, jusqu'à sa mort, quasiment. On a su après, et ce n'était pas plus mal. Non que les français eussent jugé mieux ou plus mal de leur président de l'époque : dans l'ensemble, ils s'en foutaient royalement. Simplement, Miterrand, à l'instar de De Gaulle, qu'il n'aimait pourtant pas, avait "une certaine idée de la France" et de la dignité de sa fonction. Il n'apparaissait pas en homme, mais en homme d'état. Moi qui n'aimait aucun des deux précités, je reste malgré tout d'accord pour dire que ça m'emmerde un peu qu'on parle plus du mariage de Sarko que de ses réalisations. Pourtant, on ne peut pas vraiment dire qu'il fasse tout pour qu'on en parle, d'ailleurs. C'est plus subtil que cela : il ne fait juste rien pour le cacher. Donc on en parle. Dès lors qu'il est loisible au président de ne pas cacher sa vie privée, il est relativement logique que ses convictions personelles aient droit de cité. Malheureusement, concernant la religion, ça rentre en contradiction flagrante avec la laïcité, à laquelle je suis plus attachée qu'à n'importe quel président de passage.

Ceci dit, n'y a-t-il pas quelque chose qui vous frappe dans la remise en cause de facto de la laïcité  par monsieur Sarkozy, notre président ? Non ? Nooon ? Vous êtes sûrs ? Il est catholique, rapellez-vous... Oui, c'est ça, c'est bien, vous, au fond, vous avez suivi le schmilblik. Ben oui, l'église catholique ne reconnait pas le divorce, dont monsieur Sarkozy est un habitué. Techniquement, la peine d'excomunication prononçable à l'encontre des divorcés n'est pas levée, d'ailleurs, même si elle n'est plus appliquée. Vous me direz, ce n'est qu'un des très nombreux catholiques à croire en dieu et en Jésus et tout le tremblement tout en expérimentant dans sa vie privée des déboires sentimentaux menant au divorce. Oui, mais bon... Dans ce cas précis, ça donne un tour savoureux à l'affaire. Car le distingo "vie privé, vie religieuse" est un acquis de lalaïcité. Et notre président brouille encore une fois les cartes. A nous de nous démerder maintenant avec sa vie privée, sa vie publique et sa vie religieuse et de faire la part des choses... Ben oui, mais techniquement, moi, je dis que c'est pas à nous de les faire, ces distinctions, mais à lui.

Quand il dit qu'il est catholique, pas de problème. Quand il divorce, aucun souci (sauf que... Ce faisant, il a violé une ou deux lois de la république pour pouvoir le faire, parce que je rapelle qu'en France, le divorce est un jugement et que le président n'a pas le droit de passer en jugement pendant la durée de son mandat. Mais bon, passons, et disons que ce n'est pas très grave. Mais il a fallu en débattre, tout de même. Cette histoire privée a occupé nos amis du conseil constitutionnel un certain temps, qu'ils eussent peu passer autrement et peut-être plus utilement pour les français). Quand il dit que la seconde guerre mondiale est dû à une absence navrante de sentiment religieux, danger. Il a le droit de le penser, le droit de le dire dans ses diners de famille mais pas le droit de le dire en discours.

De même, qu'il rende visite au pape, fort bien, c'est un chef d'état après tout. Qu'il assiste à la messe en tant que citoyen Sarkozy, qu'à cela ne tienne, on s'en fout. Qu'il s'y trouve des caméras en revanche, et c'est le président qui assiste à la messe, danger.

Je me rends compte que mon post est déjà long, moi qui voulais vous parler du fameux dossier du Courrier international sur la remise en cause de la laïcité en Europe. ça sera pour une autre fois. Mais vous verrez que les signes d'une recrudescence de l'influence de l'église catholique y sont patents, avec des curés prêchant le "vote moral" un peu partout... Et personnellement, ça me fait froid dans le dos.

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Dimanche 17 février 2008
Mon précédent post sur la laïcité a provoqué une réaction (une seule, malheureusement !) et j’ai vexé un ami, en tentant de recadrer les choses. Je te demande pardon, Hervé, ce n’était pas mon intention. Mais nous sommes désormais tellement loin du « attendre et voir » ! Nous n’avons pas su voir quand il le fallait et nous avons trop attendus.
 
Une question a hanté la France durant la deuxième moitié du XXe siècle et c’était : et nous, qu’aurions-nous fait si nous avions été confronté au nazisme ? Aurions-nous collaboré ? Aurions-nous fermé les yeux ? Aurions-nous su être résistants ?
 
Il m’apparaît que nous aurons bientôt à nous la poser au présent, cette question. Oui, je sais, mon ton est trop dramatique, sans doute, je dois exagérer. Pourtant… Une chose est particulièrement frappante si l’on considère l’histoire du national-socialisme allemand et de son leader tellement charismatique, Hitler. Son projet démentiel était écrit noir sur blanc bien avant son accession au pouvoir par des voies légitimes. Mein Kampf, ce livre qui décrivait jusqu’à la nécessité de la « solution finale », la pire abomination que l’humanité ait su créer, il était là, à disposition de tous et chacun. Pourtant, bien des gens ont déclaré ignorer ses intentions. Et je crois bien maintenant, alors même que j’étais très longtemps incrédule à ce propos, qu’ils étaient sincères. Ils ne s’étaient même pas consciemment mentis à eux-mêmes, non, ils ont simplement ignorés ce qui ne les arrangeait pas de voir et qu’on ne leur mettait pas d’une manière trop flagrante sous le nez. Etaient-ils des monstres, ces allemands ravis du redressement économique de leur pays ? Etaient-ils atroces ces gens qui, se disant qu’ils ne pouvaient rien faire, n’ont pas levé le petit doigt pour protéger les juifs, qu’ils n’aimaient à dire vrai pas tant que ça ? Non, ils se foutaient de la « grande politique ». Ce qu’ils voulaient, c’était que les choses changent. Une rupture, voyez-vous. Le redressement de leur pays, le droit d’exprimer de la fierté nationale, un leader qui comprendrait le peuple, qui n’aurait pas peur de bousculer la tradition, qui serait « comme eux, quoi ».
 
Le fondement du fascisme (quelle que soit sa forme et le nazisme n’en a été qu’un seul des très nombreux exemples parsemant le XXe siècle) tient à deux éléments : le populisme et une conviction forte que l’on peut porter en avant comme un étendard et contre laquelle on ne peut pas aller. Pourquoi ? Parce que le fascisme sait jouer sur les mots. Cela s’appelle la dialectique. Transformer le sens des mots. Par exemple, à ceux qui nous reprochent de ne pas respecter le devoir de réserve imposé par la loi de 1905 sur la laïcité, demander si les religieux sont des citoyens de seconde zone. Si un président est condamné à ne parler que de sécurité routière. Ou alors, dire que la vision positive que nous avons de cette fameuse loi de 1905 est une reconstruction historique à posteriori, qu’elle a provoqué beaucoup de souffrances chez les catholiques, cette loi. Proposer à l’inverse une « laïcité positive » contraire à cette « conception étroite de la laïcité » dont souffre la république actuelle.
 
Face à cette dialectique, il ne s’agit plus d’interpréter les propos, mais de les analyser. Mais pour cela, encore bien entendu, faut-il les lire. On a l’embarras du choix.
 
Il y a le discours de Latran, qui exprime l’admiration du président pour Msg. Lustiger, un grand homme du « catholicisme d’ouverture » s’il en fut, celui-là. (EDIT : pour rappel, Msg Lustiger s'opposa à la réforme Vatican II, dont l'apport principal est l'oeucuménisme. Il fut excomunié par Jean-Paul II mais réhabilité par Benoît XVI, une des premières mesures du nouveau pontife, ce qui en dit long sur la nouvelle politique vaticane.) Il y a aussi le discours de Ryad et celui du Crif, où il précise sa pensée : foin de la laïcité française, vive le respect témoigné publiquement aux bienfaits religieux. Il y a le rapport Machelon, qui explique à quel point il serait bon que l'état puisse financer et dédouaner d'impôts des associations religieuses, prévoir des espaces de culte dans les plans d'urbanisme, financer la construction des lieux de culte, etc. Il y la le discours de Benoît XVI en Italie, qui lui aussi, parle de cette fameuse "laïcité positive". Il y a le concile espagnole qui appelle au "vote utile et chrétien" pour les conservateurs contre les socialistes qui veulent promouvoir des lois "perverses et contre le droit sacré de la famille" comme l'union civile entre homosexuels.
 
Mais contentons-nous de regarder en France : déjà, avant même son élection, notre président avait publié un livre très explicite : La République, les religions, l'espérance. C’est là la meilleure part de l’affaire : penser que notre président, comme d’autres avant lui, expose clairement ses vues sans que personne ne les lise qui ne soit déjà convaincus de leur justesse, ce qui fait que tout le monde s’en fout.
 
Je pense à un ami en ce moment même. Un ami qui lui, contrairement à beaucoup d’entre vous qui ne voient pas venir tout cela et pensent que j’exagère, s’intéresse de près à la politique. Un ami enthousiaste pour notre président, ou qui en tout cas l’était il n’y a pas si longtemps. Un ami engagé. Un ami pourtant anticlérical au possible. Un ami qui croit vraiment aux valeurs de la République et qui a contribué activement à mettre au pouvoir cet homme dont les convictions profondes étaient dès la base posées : nous allons au-delà d’un conflit avec l’Islam et pour le gagner, il nous faut nous redéfinir en tant que chrétien. Oui, parce qu’au fond, c’est cela qu’il dit, si on lit bien entre les lignes. Et cet ami, je crois bien qu’aujourd’hui, lui qui ne peut pas ne pas lire, lui qui ne peut pas faire autrement que de comprendre ce vers quoi on va, il doit se mordre les doigts ou alors devoir se mentir très fort à lui-même, parce que sa situation est difficile. Il fait partie d’une association que l’église catholique a longtemps et continûment poursuivie de ses foudres. Il sait bien ce que voudrait dire à terme une république dirigée par le clergé. Mêmes sous couverts de laïcité positive.
 
Qui pourrait s’élever contre la religiosité de notre président, puisqu’il fait preuve de tolérance et de respect vis-à-vis des autres religions, hein ? Qui ? Comme puis-je oser dire qu’il s’apprête à appuyer un conflit entre occident et Islam alors qu’il est partisan d’une Union Méditerranéenne à égalité avec les pays du Maghreb ? Quoi, parce qu’il a dit que la Méditerranée était l’endroit de tous les enjeux et de tous les risques, tels que le « risque de guerre des civilisations sur fond de différences religieuses. » ? Mais n’est-ce pas vrai ? Ah, non, tiens, c’est vrai, ce n’est pas tout à fait vrai : nous n’avons pas nécessairement de différence religieuse avec les musulmans. Pas mal de français sont musulmans. C’est la deuxième religion du pays. Et puis de toute façon, la France ne se définie pas en fonction d’une religion, normalement. Ce qui fait qu’on ne devrait peut-être pas poser les choses ainsi. A moins que… Si ? Selon notre président, la France est culturellement chrétienne et renier cela serait renier son histoire, voyez vous. Selon lui, la France, depuis Clovis, est fille aînée de l’église. Et il est temps de renouer d’une manière positive les liens qui nous unissent au Saint-Siège.
 
Vous sentez-vous prêts à cela ? Moi, non. Mais peut-être que c’est justement parce que je suis catholique que je sais reconnaître la fin de l’office : Ite Missa Est. La messe est dites, et la loi de 1905 est baisée jusqu’au trognon.
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