Jeudi 1 février 2007

Bonjour les zamis !

S'il est bon de tenter d'analyser la société marocaine et de décrypter les comportements des marocains, il faut aussi à mon sens voir comment nous, français, sommes perçus ici. La réponse est : ça dépend par qui et en quelles circonstances.

Dans l'ensemble, les marocains ont l'air d'apprécier les français, voire, et c'est plus gênant, de les trouver très bien. Ainsi, louer à des français rassure un propriétaire : le bien loué sera rendu en bon état et le loyer payé, c'est en tout cas ce que pensent la plupart des casaouïs. Et puis la France, c'est un pôle de culture important, c'est l'occident avec une langue que l'on maîtrise, c'est l'un des plus importants partenaires économiques du Maroc. Un exemple frappant : si l'on trouve des voitures d'à peu près n'importe quelle marque et nationalité ici, ce sont les voitures françaises qui ont le plus de succès commercial. Une marque de vêtement française est assurée de trouver son public : si c'est français, c'est que c'est du luxe. Bref, être français, c'est être très bien, ici.

Mais d'un autre côté, beaucoup de marocains pensent que les français n'aiment pas les "arabes". C'est dit sans méchanceté, sans revendication aucune, plus sous forme de questionnement, du genre : mais pourquoi avez-vous décidés de vivre ici ? Pourtant, je croyais que les français n'aimaient pas les arabes... Imaginez le choc de ces quelques mots après que l'on vous ait accueillis gentiment et que l'on se soit montré serviable avec vous. Ce que cela sous-entend, c'est que les marocains aiment bien les français même s'ils savent (ou sont persuadés du moins) que les français sont racistes à leur encontre... C'est dramatique ! Cela montre, au choix (et probablement un mélange des deux) une ouverture d'esprit ou un manque d'assurance étonnant.

JMA s'est trouvé confronté à cette situation hier, et bien que son premier réflexe ait été de dire : en fait non, la France n'a pas tant un problème de racisme qu'un problème social énorme, avec toute une classe de notre société coincée sans trop de possibilités de s'en sortir dans les banlieues, ce que les extrêmistes ont camouflés en problème racial, mais tout d'un coup, le souvenir de ces français expatriés dont je vous ais parlé il y a quelques jours lui est revenu. Tout d'un coup, en effet, la question se pose, pour la première fois de notre vie : le racisme est-il véritablement une réalité, non seulement dans les couches peu éduquées de la France, mais partout ? Vous me direz, avec Le Pen au second tour de la dernière élection présidentielle, on se réveille bien tard. Mais c'est que cela nous a toujours semblé tellement imbécile qu'il était évident que cela ne pouvait être qu'un faux problème, rien qu'une éducation intelligente ne saurait erradiquer...

Toujours est-il que, quoi qu'il en soit, et malgré ce racisme, les marocains ont plutôt tendance à bien nous aimer, nous français. Certains en revanche, ne voient en nous que les ex-colonisateurs, (rappelons que le Maroc a été très longtemps un protectorat français). Assez étonnament, ce ne sont pas ceux qui sont en âge d'avoir connu le Protectorat, mais une génération intermédiaire d'une quarantaine d'années. Peut-être sont-ils en revanche les enfants de la "marocanisation" de Hassan II qui avait été très dure et avait visé (avait réussit) à exproprier les étrangers au profit de l'intelligencia du roi.

Enfin, certains trouvent, et avec juste raison, que les français parasitent un peu le Maroc. On y vient en vacances, on veut voir des choses "typiquement" marocaines, mais bon, on est méprisants et peu respectueux.

Et malgré tout, les marocains aiment bien les français (en général, hein, y'a nécessairement des exceptions). Les marocains trouvent normal de parler notre langue mais s'émerveillent que l'on veuille tenter d'apprendre la leur. Les marocains s'étonnent au plus haut point que l'on se montre un tant soit peu respectueux de leur culture, de leur religion. Un autre exemple en vrac : dans la boite de JMA, il y avait une salle de prière qui a été transformé en cafétériat. JMA s'en est étonné auprès d'un collègue musulman en lui demandant où du coup il allait prier et s'il lui restait un endroit pour ce faire. Ce en quoi le collègue lui a apprit qu'il existait une autre salle de prière à un autre étage. Soulagement pour JMA et étonnement dusdit collègue : "pourquoi, tu veux te convertir?" Non, bien sûr. Mais JMA trouvait que dans un pays musulman, dans une entreprise musulmane, il était dommage que la salle de prière soit supprimée. Re-étonnement du collègue : "t'es bizarre, toi. tu t'intéresses vraiment à nous. Tu es vraiment respectueux."

Autre annecdote tout aussi frappante : je fais un buffet pour une de nos soirées jeux et dans le buffet, il y a une salade de magrets de canard fumés. JMA, qui n'est pas très observateur, dit à ses collègues marocains invités : "faites attention, je pense que c'est du porc". Moi, évidemment, je sursaute : bien sûr que non ! JAMAIS je n'aurais fait ça, voyons ! Réaction des collègues : ça n'aurait pas été grave, il suffit de le dire, c'est tout. Et étonnement une fois de plus : l'ensemble de mon buffet est hallal. Je les respecte vraiment.

Dernière annecdote : JMA s'étonne de l'attitude des français auprès d'un de ses collègues. Réponse dusdit collègue : c'est pas étonnant. Désormais, il met ses enfants à la mission espagnole, parce que quand il était petit, il était à la mission française, et ce racisme, il en souffrait tous les jours... Autre collègue, même réponse ou presque : il nous explique que dans l'école privée et française de ses enfants, on leur dit qu'ils sont l'élite parce qu'éduqués à la française. Il a même rencontré des français qui l'ont invité très "gentimment" à rejoindre l'Amicale Française, une asso privée dans laquelle "on ne rencontre que des gens civilisés"... Bien entendu, il n'y a jamais mis les pieds.

Comment se fait-il que les marocains acceptent tant de choses de nous ? Qui sommes-nous pour que nous soyons des gens bien de base, que rien ne soit exigé de nous comme effort ? Sommes-nous des enfants pour que l'on nous considère incapables de respect ou leur culture est-elle tellement fragile dans leur esprit qu'ils sont à même de comprendre qu'on ne la respecte pas?

Encore une fois, c'est un mélange de tout cela : la France est un modèle et la France est raciste, elle a peut-être raison après tout. Si on est français, quel besoin de respecter une autre culture? Bon, ceci dit, les marocains ne sont pas non plus complètement maso. Selon les français rencontrés ici, il est difficile de se faire des relations marocaines. Ben vi, mais avec leur attitude, je comprends ça... Nous, on s'en fait, des relations marocaines, et facilement avec ça, parce que les marocains sont très accueillants à notre égard. Mais peut-être est-ce justement parce qu'on montre un peu de respect.

Seulement, avec tout ça, je finis par me poser des questions existentielles. Ces pauvres connards de français qu'on a rencontré, si haineux envers le Maroc et les marocains alors même qu'ils ont choisis l'expatriation, tous, ils nous ont dit "tu verras, toi aussi, tu y viendras...". Et alors même que cette petite phrase résonne inlassablement dans mes cauchemars, je me demande si la connerie est contagieuse. Pire : si le racisme, cette connerie de toute les conneries est contagieuse et si un jour, moi aussi je dirais sans honte : tu verras... Moi aussi, quand je suis arrivée, j'étais pleine d'illusions, mais...

Dieu, piquez-moi avant, ça m'évitera des souffrances inutiles !!!

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Vendredi 2 février 2007

Bonjour à tous !

Suite à mon post d'hier, un copain m'a envoyé un mail pour essayer de trouver les raisons qui pourraient me rassurer quand à mon inquiétude à l'idée que je puisse un jour devenir raciste. Il est arrivé à la conclusion que l'attention et la curiosité vis-à-vis de l'autre étaient probablement les clés de la tolérance et donc de l'acceptation de l'autre. Malheureusement, j'ai dû lui répondre plus prosaïquement que si je ne suis pas raciste, ce n'est pas par attention à l'autre, mais bien plus probablement par inattention totale. Je m'explique : s'il devait y avoir un prix pour l'inattention, je le gagnerais haut la main. Je suis capable de passer à côté de mes parents dans la rue et ne pas les reconnaître (si, si, c'est arrivé !!!) et quand je rencontre quelqu'un pour la première fois, demandez-moi de vous le décrire dans les 5 secondes après son départ, j'en serais tout bonnement incapable. Est-il grand, petit, gros, maigre, blond, brun, noir, jaune, blanc ou violet, je n'en ai tout bonnement pas la moindre petite idée. La couleur de sa peau, je ne la vois pas plus que le reste, à dire vrai, la seule chose que je sois en mesure de retenir est s'il s'agit d'un homme ou d'une femme, parce que c'est le seul élément qui modifie un tant soit peu mon comportement. Pour le reste, je suis connue pour avoir pensé sincèrement qu'une métisse était blonde, un petit gros chauve grand et roux, etc. Heureusement pour moi, si je revois la même personne une seconde fois assez rapidement, je suis à même de la reconnaître et, au bout d'un moment, de me souvenir de ses caractéristiques générales. Et ce qui est vrai pour le physique l'est aussi pour les noms : je ne m'en souviens pas et pire encore, je n'ai pas le moindre réflexe quand à l'origine probable des noms. Je m'explique : j'ai su pendant des années que des copains (qui vont se reconnaître) s'appelaient Jacob et Golberg. Ben il a fallu qu'ils me disent qu'ils étaient juifs pour que l'idée même de penser, oui, c'est assez évident, ne me vienne... Avant, je n'avais jamais fait le lien. Dites-moi que vous vous appelez Mohammed, Sarah, Tashir ou Kyoko, je n'en déduirais pas pour autant votre origine ethnique probable, en fait, cela ne me viendra même pas à l'idée !!! Dans le genre distraite, on ne fait pas mieux, c'est même un problème quand on y pense,  parce que ça m'amène à penser que si je ne suis pas raciste, c'est tout simplement parce que mon cerveau ne fonctionne pas tout à fait normalement. Comprenez-moi bien, hein, ce n'est pas que je pense qu'être raciste est normal, seulement, je commence à soupçonner que pousser la distraction à ce point-là relève de la pathologie.

Bon, bref, quel est le rapport avec le sujet annoncé du post ? Juste une association d'idée, en fait. En effet, si moi je ne remarque quasi personne et était habituée au relatif anonymat  de Paris, où cela ne choquait personne, ici à Casa, il en va tout autrement. En effet, si vous aimez être anonymes, le Maroc n'est pas fait pour vous. La seconde semaine que nous étions ici, alors que nous étions dans un meublé depuis 3 jours, toute la rue savait où exactement (y compris l'étage) nous habitions, où travaillait mon mari et où j'avais l'habitude de faire mes courses. Tout cela, je l'ai compris en discutant un soir avec une femme de ménage qui travaillait dans un des immeubles de la rue (pas le nôtre) et qui m'interpella pour vérifier l'exactitude de ses informations... Sur le moment, cela m'a surprise, mais en y réfléchissant, c'était assez logique et prévisible. En mai dernier, lorsque maman et moi sommes allés passer 15 jours à Marrakech, il n'avait fallu que 4 ou 5 jours pour que l'intégralité de la ville sache qui nous étions, à quel hôtel nous logions, etc. Non seulement les taxis ne nous arnaquaient plus et mettaient le compteur, mais encore, les trois-quarts du temps, avant même que nous ayont eu le temps de dire "à l'hôtel..." qu'ils finissaient pour nous "... Tropicana, oui, je sais." Si toutefois nous sortions séparées, il n'était pas rare que l'on nous interpelle dans la rue : "où elle est, ta mère/fille ?" (selon les cas). Et à l'inverse, quand nous rentrions à l'hôtel, il suffisait de demander à n'importe qui où était l'autre pour avoir un rapport détaillé de sa journée et de ses activités, passées, présentes et probables futures... Assez flippant la première semaine, et puis on s'habitue.

Casa est plus grand, donc c'est quand même moins le cas, mais tout de même... Tous les commerçants de mon quartier, même ceux chez qui je n'ai jamais foutu les pieds savent exactement qui je suis, qui est mon mari, mes habitudes et même le montant de mon loyer, le prix que je paye ma bonne, le fait qu'elle ait peur de l'ascenseur, etc.

Quand au courrier, il est tout à fait certain qu'il est ouvert, si ce n'est à tous les coups, au moins extrêmement régulièrement... J'en veux pour preuve le fait que lorsque une entreprise fait du publipostage, elle paye moins cher si les envellopes sont ouvertes : moins de main-d'oeuvre pour ouvrir le courrier... Voilà qui donne à réfléchir au concept de Big Brother is Watching You dans son ensemble, non ?

Mais la réalité, c'est que l'intimité n'est pas un concept marocain du tout. Exemple : les taxis, vous n'en louez pas l'usage pour le temps de la course, vous en louez une place, nuance. Cela implique qu'à n'importe quel moment, vous pouvez vous retrouver coincé à côté d'une femme chargée comme une mule de paquets qui, inévitablement, finiront sur vos genoux... De même, vos factures, vous ne les recevrez pas par la poste : on les remet ouvertes à votre gardien, qui vous les transmet, puis 15 jours après, un collecteur vient pour les encaisser. Si vous souhaitez camoufler une dépense d'électricité suspecte, disons par exemple, celle dont vous avez besoin pour faire tourner en permanence un réseau d'ordi destiné à casser le code de tel ou tel organisme, bon courage... Moi, mon gardien a obligeamment commenté ma dernière facture en disant que j'avais dépensé plus ce mois-ci, certainement à cause du chauffage. Je devrais acheter un chauffage au gaz, c'est moins cher... Allez, bonne journée, hein !!! Un dernier exemple : dans chaque rue, il y a un gardien de la rue, qui gagne sa vie en aidant les gens à se garer et en surveillant les voitures. Ces gens-là savent absolument tout de vous, à force. Vos habitudes, l'heure à laquelle vous rentrez chez vous, si vous aimez sortir le soir, si des gens viennent souvent vous rendre visite, etc. A dire vrai, ils sont même source de renseignements : hier matin, il n'était pas certain que je sois là pour l'arrivée d'Amina, ma bonne. Mais de fait, je n'étais pas sortie encore. Il lui a suffit de demander au gardien de rue si j'étais là pour qu'il lui dise, oui, je ne l'ai pas vu sortir, donc elle doit être là puisqu'elle ne connaît pas ses voisins... Sonne, pour voir !!!

Bref, l'anonymat, c'est pas ça. Mais c'est aussi ce qui explique qu'il ne puisse en aucun cas y avoir d'indifférence vis-à-vis des gens. Tout le monde a tout le temps conscience des gens qui les entourent. Si quelqu'un se trouve en difficulté, c'est donc tout naturellement que quelqu'un d'autre va intervenir. Un enfant dans la rue n'est jamais laissé sans surveillance : tout le monde le surveille, c'est bien simple !!! Ce manque total d'intimité, dans un pays en paix et tranquille, si vous-même avez un comportement absolument normal et ne faites rien d'illégal (je précise que l'adultère EST illégal...) est évidemment un avantage certain, car cela vous protège énormément : du vol, de la solitude, etc. En revanche, vous imaginez ce que cela devait signifier durant les années de plomb ? Monstrueux...

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Lundi 5 février 2007

Bonjour les zamis !

Alors, je sais que je vais en décevoir certains, mais en réalité, je ne me suis pas fait tatouée au henné samedi dernier, donc pas de photos. Navrée !! Sinon, chez Amina, cela s'est bien passé, et même extrêmement bien passé. Nous avons été reçu comme des rois à vrai dire et gavés comme des oies à la période du foi gras... L'ensemble de sa famille était là pour nous accueillir, avec moults sourires et "vous êtes chez vous, ici". Tous étaient d'une extrême gentillesse à notre égard et chacun avait une attention particulière à notre endroit. JMA et moi avons été très honorés d'être si bien reçus et cherchons un moyen de rendre la pareille.

A part cela, et sur un registre moins rigolo, il semble qu'en ce moment, je sois dans une période de grandes découvertes existentielles qui ne me font pas rire du tout. Un membre éminent de ma famille, quelqu'un que j'aime beaucoup, s'est retrouvé il y a quelques temps en butte à de la calomnie pure et dure visant à mettre en péril sa situation professionnelle et s'est même fait attaqué en justice. Comme il était évident que rien ne pouvait étayer le dossier, tous, nous pensions que ce serait un non-lieu à l'instruction. Non seulement cela n'a pas été le cas, mais comme une des personnes impliquées dans l'affaire est assez connue dans sa région et a décidé de se lancer en politique, tout un tas d'irrégularités ont mené un procès kafkaïen dont le but était la condamnation dudit membre de ma famille. Comme le dossier était vraiment vide de chez vide, ils n'y sont tout de même pas parvenus, mais le juge a ordonné un complément d'enquête. Et le nouveau juge d'instruction a clairement expliqué au susmentionné membre de ma famille, que, en effet, il y aurait non-lieu, bien sûr, mais qu'il n'espère pas pouvoir attaquer en retour pour diffamation, atteinte à la réputation, etc. Qu'il n'espère même pas obtenir réparation pour les frais de justice engagés, à dire vrai, car il n'obtiendrait jamais rien, quand bien même le préjudice, tant financier qu'en terme de notoriété est réel. Les parties en présence sont localement trop importantes pour qu'un juge accepte de leur porter atteinte. Ergo, il simplifierait les choses pour tout le monde et obtiendrait plus sûrement son non-lieu en acceptant d'ors et déjà par principe de fermer sa gueule.

Je ne pensais pas que la justice française pût être une telle parodie. Mais un autre exemple, bien moins grave mais qui me touche pourtant énormément vient étayer la déplorable thèse de l'inégalité flagrante devant la justice. Il ne sera pas donné suite à ma plainte contre le vétérinaire qui a tué mes deux chats lors d'une opération bénine, malgré un dossier accablant. Ce monsieur se trouve avoir son cabinet sur la place de la Mairie de Bordeaux et visiblement tout un tas d'accointances. Si je devais malgré tout l'attaquer, je serais déboutée, cela va sans dire, et probablement attaquée dans la foulée. Bref, je suis sans recours face à un cas d'incompétence flagrante ayant coûté la vie de deux de mes chats, mes préférés qui plus est. Et je ne sais pas quoi faire. Cet homme est dangereux pour les animaux, s'il a pu tuer mes chats jeunes et en pleine santé simplement en leur posant une puce électronique, qu'a-t-il bien pu faire à d'autres animaux innocents et malades ? Mais je n'ai pas de recours contre les considérations de politique locale qui sont visiblement bien plus importantes qu'un quelconque citoyen. Plus ça va et plus je suis heureuse d'avoir quitté la France si la France, c'est cela. On parle beaucoup de la corruption ici, parce que les fonctionnaires sont mal payés et arrondissent parfois leur fin de mois de quelques bakchichs. Les français disent que c'est à cela que l'on reconnaît un pays du tiers-monde. Moi, je dis qu'en France, c'est pareil, seulement c'est moins visible, voilà. Et d'ailleurs, si autant de fonctionnaires continuent à être SDF, cela va commencer à se voir de plus en plus parce qu'ils n'auront pas d'autres choix, eux non plus. Mais si le Maroc est un pays en voie de développement, la France est elle en voie de délitement. Et décidément, je préfère l'idée du progrès à celle de la décadence. Mais en vérité, la seule question qui me trotte dans la tête désormais c'est : qui nous rendra justice ? Qui me rendra mes chats ? Et je suis triste.

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Mardi 6 février 2007

Bonjour les zamis !

Alors aujourd'hui, je vais m'adonner sans gêne à un de mes vices favoris : je vais vous faire un cours magistral sur un sujet dont vous n'avez rien à battre !!! Gningnin, que c'est bon, le vice ;-)

Comme vous le savez sans doute si vous lisez régulièrement mon blog, je suis plongée jusqu'au cou dans un projet littéraire pour un éditeur qui lance une nouvelle collection et qui veut un polar folklorique ayant pour protagoniste une créature de féérie marocaine. Or, comme je l'expliquais l'autre jour, les créatures de féérie, ici, ça court pas les rues. La raison en est simple en fait. Si l'Islam est plus récent de quelques 7 siècles que le christianisme, il n'empêche que l'islamisation du Maroc s'est faite plus rapidement et de manière plus radicale que la christianisation en Europe. De telle sorte qu'il n'existe que peu ou pas de sources écrites "païennes" antérieures, tandis qu'en Europe, les sources écrites des traditions antérieures au christianisme sont légions. Qui plus est, l'Europe a connue au XIXe siècle une vague de passion, d'abord anthropologique et ensuite romantique pour la féérie, en particulier en Angleterre (vous savez, les photos de fées et autres herbiers de fées écrasées ? ça vient de là...). Du coup, les créatures féériques ont acquis de la profondeur, des motifs et des caractéristiques fixes assez précises que les quelques rescapés de la tradition orale marocaine n'ont pas et n'ont jamais eu. Après tout, le propre des légendes et des créatures y afférentes, c'est de changer, n'est-ce pas ? Ben elles s'en sont pas privés, les s...... !!! Du coup, elles ne correspondent plus à ce que l'on appelle féerie en France...

D'où dilemne : quelle créature choisir et pourquoi ? J'étais donc partie sur tout autre chose que ce que l'éditeur voulait. Heureusement, gentil comme il est, il a bien voulu m'aiguiller sur... Aïcha Kendisha, créature femelle d'une beauté renversante, qui rendrait fous les hommes et aurait (au choix, pas tous combinés quand même) des pattes de chèvre, de chamelle, de mule ou de mouton. Moi, je me dis, tiens, bizarre, j'en avais bien entendu parler, hein, mais moi, on m'avait plutôt parlé d'elle dans le cadre de la tradition gnaouïe comme d'un esprit dont la couleur est le noir et qui répond aux questions et aide à soigner certaines affections... Faison donc quelques recherches supplémentaires. En résulte que :

- Aïcha Kendisha (ou Kandisha) serait une femme ayant réellement existé (dixit la légende, hein) au XVIe / XVIIe siècle (les récits ne sont pas très précis sur ce point particulier), une portugaise / chleuh (là encore, de subtiles variations s'introduisent subrepticement) d'une très grande beauté qui serait tombé amoureuse d'un homme qu'elle aurait suivie jusqu'à Safi et l'aurait finalement épousé avant de devenir l'égérie de la résitance vis-à-vis des portugais qui l'auraient diabolisé en lui prêtant des attributs peu attrayants tels que les pattes de chamelle/mouton/chèvre/mule (au choix, selon votre dégoût particulier. Encore que dans le cas précis, faire un choix relève déjà de la perversion... Non, mais c'est vrai quoi ! C'est plus jolie qu'une chamelle, une chèvre? ça vous séduit plus ? Vraiment ?!?).

- Une variante indique que du coup, elle serait devenue immortelle et aurait vraiment des pattes de mouton/chèvre/chamelle/mule. Son but dans la vie serait de terroriser les petits nenfants pas sages en venant les chercher la nuit pour les emporter et/ou de rendre les hommes fous par sa beauté et de les perdre et/ou de défendre le Maroc contre un quelconque envahisseur/danger.

-Une autre variante indique qu'elle est en fait l'ambassadrice des djinns et/ou le plus terrible d'entre eux... Bref, elle est le diable, quoi. A ce titre, si tu veux l'attirer, suffit de lui proposer des entrailles de mouton à minuit à la croisée des chemins et elle viendra... Pas exigente, quand même la fille, notre diable à nous, il veut au moins ton âme pour commencer à papoter.

Quoi qu'il en soit, Aïcha serait le prénom qu'elle a choisit en épousant son marocain (ou alors, dans la version chleuh, son prénom, tout simplement) et Kendisha/Kandisha la déformation de comtessa qui est supposément son titre (parce que fait pas déconner, une comtesse portugaise qui tombe amoureuse d'un marocain, ça le fait plus qu'une femme de ménage. En revanche, si elle est chleuh, ben on comprend pas pourquoi elle aurait été comtesse, mais bon... [les chleuh sont une tribu berbère au parler tellement guttural que quand les français ont entendu les allemands durant la première guerre mondiale, ça leur y a fait penser, du coup, nous on appelle les allemands des chleus, mais ici, ce sont des berbères. Non, mais j'explique, sans quoi c'est pas compréhensible, hein, y'a eu des comtesses allemandes, mais pas des comtesses berbères. Des princesses, oui, je crois, mais pas de comtesses.]).

Bref, revenons à nos (pattes de) moutons. Une autre version indique que Aïcha Kendisha/Kandisha ou encore Lalla Aïcha, Aïcha Soudaniya, Aïcha Lgnawiya est en fait bien un esprit ou Mlouk dans la tradition gnaouïe dont la couleur (les esprits ont toujours des couleurs, va savoir pourquoi, c'est comme ça... Si j'ai tout compris, ils sont plus susceptibles de posséder/aider [et parfois, c'est pareil] des gens qui portent leur couleur.) est le noir à cause de son origine soudanaise (Tiens, elle est devenue soudanaise, maintenant ?!?). Quoi qu'il en soit, selon Georges Lapassade, anthropologue et sociologue universitaire (c'est pour ça qu'il parle bizarre et qu'on comprend pas tout, mais en fait c'est simple et je vais tout t'expliquer entre crochets), " La derdeba [rite de magie gnaouïe qui se pratique la nuit (Lila)], vise alors à transformer une possession morbide en une possession contrôlée et gérée. Au cours de la cérémonie, on invoque divers esprits liés à des couleurs, des saints locaux marocains, des entités féminines parmi lesquelles Aïcha Kandicha, une figure centrale dans les confréries marocaines, non seulement chez les Gnawa [peuple métisse africain / berbère descendant des esclaves qui ont une culture, en particulier musicale et magique assez singulière] mais tout d’abord chez les Hamadcha [confrérie religieuse de tradition vaguement soufi qui se réclame de deux saints marocains anciens et pratiquent l'automutilation rituelle pour guérir de la possession par les djinns] où elle occupe une place d’honneur auprès du fondateur de la confrérie. A la fin de la derdeba, les Gnawa exécutent un air emprunté au répertoire des Hamadcha pour invoquer Lalla Aïcha et l’inviter à se manifester par une possession. On éteint alors les lumières et on demande aux jeunes gens et aux enfants de sortir. « Aïcha Kandicha » aime séduire les adolescents, et donc les posséder, ce qui produit chez eux des troubles. La Moqqadema [médium de sexe féminin ou sorcière qui a des pouvoirs de guérison via la possession et que l'on appelle voyante-thérapeute ] des Gnawa est possédée par Lalla Aïcha et elle prophétise. Les gens peuvent la consulter sur leurs problèmes et Aïcha répond par la bouche de son medium en transe."

Bon, en résumé, Aïcha Kendisha est donc : une femme immortelle d'origine à la fois chleuh, portugaise et soudanaise (Moi qui croyait qu'avec un père anglais et un nom mi italien, mi allemand je me posais là, je peux aller me rhabiller...), qui est la plus terrifiante des djinns, a des pattes de mouton/chèvre/mule/chamelle mais est en même temps d'une beauté renversante (comme quoi, la cullotte de cheval c'est pas grave...), et qui fait du mal aux petits nenfants/ aux portugais (aux petits nenfants portugais ?) / aux hommes (petits hommes portugais ? Non... Ah ! Je sais : tous les hommes sont des petits nenfants et je suis sûre qu'en cherchant bien, ils ont tous des origines portugaises, les salauds. Non ? Ah ! Bon...) mais en même temps te possède pour ton bien (à moins que tu ne sois un petit nenfant de sexe masculin possiblement portugais) et répond à tes questions d'ordre divinatoire. A part ça, rien n'explique son goût visiblement immodéré pour les entrailles de mouton, surtout quand on pense qu'elle en a peut-être les pattes et que c'est franchement dégueulasse de bouffer quelque chose à qui on a déjà piqué un attribut aussi important qu'une moitié de corps, mais bon.

Bon, ben c'est simple, y'a plus qu'à hein ;-). Souhaitez-moi bon courage quand même !

Bisous,

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Mercredi 7 février 2007

Bonjour les zamis !

Alors aujourd'hui, comme je n'ai absolument rien d'intéressant à dire sur la culture marocaine, je vais vous parler de cuisine. Ou plus exactement, de moi en train de faire la cuisine sous le regard dubitatif d'Amina, ma bonne, qui a décidé il y a de cela assez longtemps que j'étais très gentille mais absolument infoutue de faire quoi que ce soit de mes dix doigts... De fait, cela m'arrange pas mal, dans la mesure où elle cuisine très bien et où cela m'évite de faire à manger quotidiennement, ce qui est plutôt pénible et ce, même si j'adore cuisiner de temps en temps.

Malgré tout, parfois me vient cette perverse envie de manger un plat qui m'étais habituel avant d'avoir tout ce confort. En règle général, rien de bien complexe, des pâtes, une salade, un gateau... Jusqu'à il y a environ une semaine, à chaque fois que je tentais d'indiquer à Amina mon intention de cuisiner quoi que ce soit, elle me regardait d'un air bizarre, me disait oui, oui, et se précipitait en cuisine pour le faire avant moi... Avec des résulats mitigés. Ben oui, quand on sait pas ce que c'est qu'un guacamole et qu'on vous le décrit plus ou moins comme une purée d'avocat, on réduit des avocats en purée. Ce qui a pour résultante, ben... des avocats écrasés, quoi. Bref, il a fallu que je ruse pour me réintroduire subrepticement dans la cuisine, qui n'est plus mienne depuis longtemps, en fait, depuis le premier jour où Amina y a mis les pieds, ce qui occasionne un certain nombre d'éléments étranges, voire quantiques dans son organisation, mais j'y reviendrais un peu plus bas. Or donc, subreptice (et malgré tout, repérée immédiatement par une Amina sur le qui-vive), je me glisse dans la cuisine avec la ferme intention de réaliser des spaguettis bolognaises. Rien de terrible donc, mais il a fallu que j'insiste longuement sur l'importance de ma détermination pour qu'Amina ne cuise pas les pâtes à 10h du matin histoire de me couper l'herbe sous le pied. Après donc avoir réaffirmé mon autorité patronesque, je parviens enfin à réaliser des nouilles, nouilles qu'Amina goûte du bout des lèvres, un sourire poli mais crispé aux lèvres, s'attendant certainement à ce qu'elles soient imangeables. Nonobstant, une fois la cérémonie de la première bouchée en apnée, et constatant que l'ensemble de son système digestif n'était pas absolument révolté par le traitement inhumain que je lui faisais subir, elle s'est resservie trois fois. Bon, en même temps, c'est pas non plus super compliqué à faire des pâtes, mais à la voir, on aurait vraiment dit que j'avais inventé un moyen de locomotion intergalactique.

De même, hier, pour le goûter, nous avons mangé un peu de brownie que j'avais fait quelques jours plus tôt (hors de ses heures de présence). Tout d'abord, elle le regarde, dubitative, en goûte une bouchée, me dit, c'est bien ça ! Se ressert, goûte avec un peu de crème fraîche au sucre, comme moi je le mange habituellement, hum, c'est très bon, ça !!! Se ressert, et finis par me dire, un peu verdâtre d'avoir mangé quand même un bon tiers de brownie en 5 minutes arrosé de quatre ou cinq louchées de crème, j'aime pas le chocolat, mais comme ça, c'est bon !!! (Ben oui, je comprend qu'elle aime pas le chocolat, quand elle fait un gateau au chocolat, elle met une cuillerée à café de chocolat en poudre... ça colore, mais c'est pas vraiment super goutû non plus.). Bref, elle me demande la recette, que je lui donne. Comme elle comprend pas tout mais souhaite malgré tout faire partager à ses enfants l'extraodinaire découverte des délices du chocolat, elle me demande si je peux en faire un devant elle et nous convenons que le lendemain, je réaliserais pour ses enfants et devant elle, un nouveau brownie. Aujourd'hui donc, une fois la recette réalisée, elle me dit, ayant enfin compris le secret de mon incroyable capacité à manier un fouet et un plat à gateau, "mais c'est facile comme recette !!!" Ben oui, c'est facile, jamais prétendu que c'était compliqué !!! Alors, elle a pris une drôle d'expression, à mi-chemin entre celle que devait avoir le Prophète la première fois qu'il a compris qu'il détenait la Vérité et la consternation : pauvre de moi, qui me vantait de savoir cuisiner, il s'agissait juste de réunir quelques oeufs, de la farine, du sucre, des noix, du beurre et du chocolat !!!! Comprenant à quel point elle avait été dupée dans son éphémère croyance en mes talents, elle n'a pas voulu goûter au crumble que j'avais fait hier soir, ragaillardie que j'étais par mon succès culinaire. Faut pas déconner non plus, y'a quand même toujours un risque. Et puis, je ne fais que des plats étrangers, pas de plats français, c'est bien la preuve que je ne sais pas cuisiner (bien sûr, diplomatiquement, elle ne me l'a pas dit comme ça, hein, elle sait combien il est important pour les enfants [et moi par extension] de se croire très forts).  J'ai eu beau lui expliquer que les plats français comprenaient généralement ou du porc ou de l'alcool, voire les deux, ce qui rendait considérablement problématique leur réalisation à destination d'un public musulman, elle a hoché la tête d'un air entendu : le monde était revenu à sa vraie place.

Toujours est-il que j'ai tout de même réussi à négocier de pouvoir faire du lapin à la moutarde vendredi pour mes invités et pour midi, par la même occasion. Je lui ais donc donné pour instruction de m'acheter deux lapins. C'est alors qu'elle m'a dit : oui, bonne idée, comme ça, tu fais un lapin pour tes invités (sous-entendu : qui de toute façon n'auront pas d'autres choix que de le manger par politesse) et l'autre, je fais un tagine de lapin aux petits pois (elle adore les petits pois), ça c'est (vraiment) bon, tu verras ! J'ai renoncé à discuter plus avant le sujet pour l'instant... Mais je ferais mon lapin à la mourtade, na !!!

Ah ! Oui ! J'avais promis de vous expliquer le principe de l'organisation quantique de ma cuisine. Pour ceux qui ne sont pas familiers de la théorie des quantas, elle stipule que dans l'espace quantique, les choses peuvent être dans plusieurs endroits simultanément, émergeant et se déplaçant d'une manière complètement erratique dans toutes les directions à la fois. Et bien, c'est un peu ce que font mes ustensils de cuisine. Pour le déplacement, je sais pas, mais pour la l'émergence erratique et aléatoire, y'a de ça. Je m'explique : Amina trouve qu'avoir du paic citron sur son évier ainsi qu'une éponge, c'est pas propre (on aurait pu croire, pourtant...). Comme de toute façon elle a décidé que j'étais tout à fait incapable de découvrir les secrets d'utilisation desdits ustensils, elle les planque donc le soir venu puisqu'il ne serviront pas avant son retour le lendemain matin. De fait, il m'arrive relativement fréquemment d'avoir malgré tout besoin d'une éponge et de liquide vaisselle. Et là, commence la Quête. En toute logique, ils sont dans un placard... Oui, mais lequel ? Mystère... Elle en change quasi à chaque fois, impossible de trouver une logique dans l'affaire. Il m'est d'ailleurs régulièrement arrivé de les retrouver sur le balcon de ma cuisine qui sert de buanderie, en général planqué entre un déboucheur (un déboucheur ?!? Qu'est-ce qu'il fout là ?!?) et la lessive. Et s'il ne s'agissait que de ça !!! Elle a aussi pris l'habitude de mettre dans des endroits impossibles les éléments dont elle ne se sert pas. Le thé, par exemple, le VRAI thé, c'est le gunpowder dont on se sert pour le thé à la menthe. Tout le reste est  fantaisie inutile qu'il faut bien souffrir de la part d'européens visiblement excentriques. Donc, l'earl grey et autres orange peco se retrouvent systématiquement sur l'étagère la plus élevée... D'un des placards, généralement le dernier dans lequel tu cherches et planqué derrière l'ensemble du contenu de ladite étagère. Que tu viennes à l'instant de le sortir dans l'espoir de te faire un thé à l'anglaise ne change rien à l'affaire : si tu tournes le dos, pfuit, c'est fini, y'a plus qu'à recommencer tes recherches archéologiques. Autre exemple, pendant des semaines, j'ai cherché à comprendre où mon hachoir, ma passoire et un certain nombre de couteaux avaient bien pu disparaître... J'ai fini par les retrouver par hasard SUR un des placards, à quelques centimètres du plafond !!!! Quand j'ai dit à Amina que je souhaitais les voir plutôt dans un tiroir, elle a dit d'accord, parce qu'on ne dit pas non à sa patronne, mais clairement, elle n'en voyait pas l'utilité...

Maintenant, imaginez-vous recevoir chez vous une copine qui adore le thé et avec qui vous êtes assez familière pour qu'elle se lève et décide de se le faire elle-même. Or donc, elle va dans la cuisine, finit par appeler, du cri rauque de l'animal en détresse, ses petites mains (elle fait 1,60m) tendue désespérément dans une vaine tentative d'atteindre l'étagère sur laquelle est planqué l'objet de son désir. Heureusement, JMA, intervient : c'est ça être un homme. Rassurée par la mâle présence qui garantie que désormais, tout va bien se passer et toute tremblante encore de s'être vue presque refusé l'accès à sa boisson favorite, ladite copine renverse un peu d'eau sur le plan de travail. Et alors là, catastrophe : où est cette @*%$¤£& d'éponge !!!! Après un quart d'heure de recherches qui finissent par localiser la bête derrière le butagaz, la susmentionnée copine revient me voir, effarée par la complexité absurde de la préparation de ce qui, jusqu'à présent, lui avait toujours semblé simple : Je peux savoir pourquoi tu joue à cache-cache avec tes éponges ?!? Ben moi aussi, j'aimerais bien savoir...

Mais j'ai une théorie là-dessus. JMA et moi soupçonnions déjà à voir le déplacement des gens et des choses dans la médina (ou des ustensils dans ma cuisine) que les marocains maîtrisaient bien le concept de quantas (déplacement erratique dans toutes les directions à la fois, sans savoir où les choses vont émerger de manière aléatoire, ergo, quelle sortie tu vas emprunter quand tu rentres dans la médina ? La seule différence notable est qu'a priori, tu ne ressors pas par deux endroits différents, mais ça reste à prouver...). Je suis désormais persuadée qu'Amina est en réalité une physicienne de très haut vol, bien plus forte que le marocain lambda. Non contente d'expérimenter la théorie des quantas dans ma cuisine, elle s'essaye également à celle du chat de Schrödinger. Avant d'ouvrir le placard (la boîte), l'éponge (le chat) est à la fois là et absente. Ce n'est que lorsque tu ouvres le placard et que donc tu observes et par là change la nature des choses que l'éponge s'y trouve ou non (et que le chat est mort ou vivant dans la théorie originale). C'est la seule explication rationnelle que je voie. Soumettez-la au Rasoir d'Occam (c'est ma journée théorie aujourd'hui, mais là, c'est une théorie philosophique qui stipule que l'explication la plus simple est nécessairement la bonne) et vous verrez que j'ai raison : rien ne saurait expliquer autrement l'organisation de ma cuisine.

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