Mardi 2 janvier 2007

Bonne et heureuse année 2007 : santé, bonheur et prospérité !

Que la Force soit avec vous, que vos voeux se réalisent, que la vie vous soit douce et doux vos amours, bref, que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Ici, tout va effectivement pour le mieux et j'ai bon espoir que cette nouvelle année ne nous apporte que des bonnes choses. Ah mes zamis, qu'est-ce qu'on a fait la fête et qu'est-ce qu'on a pu manger ! Non seulement avons-nous fêté le nouvel an avec des gens de bonne compagnie, mais encore, nous étions invité le lendemain pour l'AÏd, c'est à dire le mouton. Bien que fiort curieuse d'assister à une fête tant familiale que religieuse, j'avais peur que le mouton (que je goûte habituellement fort peu) fut une épreuve légèrement au dessus des moyens de mon estomac déjà fort éprouvé par les agapes de cette fin d'année. Et là, ô merveille des merveilles, j'ai découvert que, bien cuisiné, le mouton, c'est succulent, tendre, juteux, bref, un vrai régal des dieux, toute confession confondue ! J'ai même mangé les abats, rôtis avec une sauce à tomber ! Moi, manger des abats, manger des abats de mouton !!! Vous vous rendez compte ? Bientôt, si je n'y prends garde, je vais aimer le fromage qui pue et le poisson ! Me voilà bien !

A part ça, et bien, comme d'habitude, pas grand chose à raconter : vous savez ce que c'est, la bonne qui fait tout, le soleil qui brille, le cris des mouettes, le chant du muezzin, l'harmonie, quoi. A raconter, ce n'est pas bien drôle, cela paraît être une carte postale un peu surfaite. Il va falloir que vous veniez pour y goûter, alors, vous saurez à quel point être heureux est fait de petites choses, inénarables et cependant toujours joyeuses.

A bientot et encore une fois, recevez tous mes voeux de bonheur. Et soyez assurés qu'aussi loin que je sois, je demeure votre amie.

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Jeudi 4 janvier 2007

Bonjour les zamis !

J'ai découvert avec surprise hier que d'autres personnes que simplement mes quelques amis français lisaient mon blog, grâce à un commentaire à mon dernier article, commentaire auquel j'ai répondu, d'ailleurs, de manière, je l'espère, à dissiper tout malentendu.

Toujours est-il que, si mon blog est en effet ouvert à tous, l'idée que quiconque, hormis quelques personnes bien intentionnées à mon égard, nécessairement indulgentes puisque m'aimant bien, puisse lire mes petites chroniques de non intérêt général ne m'avait jusqu'à présent pas effleuré le moins du monde. Il faut dire que je n'y suis pas bien passionante, je n'y raconte que quelques riens, mais bon, puisque lectorat extérieur j'ai, je vais tenter de redresser la situation déplorable de ce blog qui, de la mine d'annecdotes amusantes et utiles qu'il devait être s'est lentement transformé en magma informe de non-pensées.

Donc, voici quelques informations plus générales sur la vie au Maroc et, plus spécifiquement, à Casablanca, puisque c'est là que j'habite.

D'abord, le coût de la vie :

Pour info : 1€ = 12 dhs (dirhams) environ. Si vous venez en vacances, comptez 1 pour 10, c'est ce que vous coûtera le change de toute façon. D'ailleurs, dans la vie de tous les jours, c'est un repère simple que vous pourrez facilement utiliser, mais pour les grosses sommes, la différence est d'importance.

Si vous avez trop regardé M6 et ses reportages sur le Maroc paradis où tout est donné, c'est faux ! Ce qui n'est pas cher, ici, c'est la nourriture. Un kilo de tomates, par exemple, c'est aux alentours de 6dhs, un pain, 1,20dhs, 1kg de poulet 17dhs, le poisson est en moyenne à 35dhs le kilo et la viande de boeuf à 80dhs le kilo. Se nourrir excellement est des plus simples, ici : peu de supermarchés, mais en revanche, des marchés dans tous les quartiers, où les légumes, les fruits, la viande et les poissons frais pullulent à des prix plus que raisonnables, le tout absolument délicieux.

En revanche, les produits manufacturés, comme les produits d'entretien, par exemple, sont plutôt plus chers qu'en France. Il s'agit les 3/4 du temps d'importation espagnole ou française et ça se répercute sur les prix. Une petite bouteille de produit anti-poussière pour le bois : 55dhs, c'est le dernier exemple que j'ai en tête. Une amie française installée là depuis un an m'a dit que son panier moyen n'avait pas évolué par rapport à la France : moins cher pour la nourriture, plus cher pour les produits manufacturés, au final, le même budget. Moi, je ne suis pas là depuis assez longtemps pour en juger, mais ce que je sais en revanche, c'est que je mange beaucoup mieux : les produits sont plus frais, les fruits et légumes disponibles à cette époque de l'année sont impensables en France (on trouve des fraises, des cerises et des framboises par exemple !!!), bref, je me régale.

Prendre un thé à la menthe dans un café vous coûtera entre 7 et 12dhs, dépendant des quartiers, une orange pressée entre 10 et 15dhs. Là encore, c'est un plaisir des plus sympathiques de pouvoir se prendre un pot tranquille presque tous les jours sans se ruiner.

Le petit taxi, rouge et très reconnaissable que vous prendrez régulièrement pour les courses en ville coûte très précisément : 1,70dhs de prise en charge plus 20cts de dhs tous les 80m, ce qui fait une course qui traverse de part en part la ville de 25dhs. Le soir, les prix augmentent de 50%.

En revanche, les loyers, s'ils sont ridiculement bas comparés à Paris par exemple, constituent quand même un budget conséquent. Mon appartement, qui est très bien situé et fait 165m2 coûte 8500dhs par mois, ce qui est beaucoup. Une maison bien située varie entre 12 000 et 30 000dhs par mois, fonction de la taille, de s'il y a une piscine ou non, etc. A l'achat, c'est très variable, mais comptez que pour 150 000€, vous aurez un appartement de 150 m2, et pour 250 000€, vous aurez une maison.

Cela, c'est si vous voulez connaître un confort considéré comme normal en France : eau courrante, isolation un tant soit plus que théorique, électricité, téléphone. Bien sûr, le salaire minimum étant aux alentours de 1500dhs par mois, les marocains ne vivent pas tous comme cela, loin s'en faut. Il y a énormément de bidonvilles ici, à Casa. Des baraques faites de bric et de broc que les gens pauvres squattent comme ils peuvent, souvent avec un puit ou un seul robinet pour tout un quartier. Mais même ceux qui ont de l'argent ont des référents en terme d'habitation très différents des nôtres, question de culture. Très souvent, par exemple, la réception est immense, mais les chambres minuscules. Les quelques européens qui louent ou achètent des maisons ou des appartements typiquement marocains, même de grand standing, ont le plus grand mal à savoir que faire de la soupente ignoble en arrière-cuisine que l'on appelle et utilise ici comme "chambre de bonne" et que nous ne voudrions pas voir habitée par un chien. La réception immense est quasiment impossible à meubler, d'ailleurs, elle n'est faite que pour abriter un salon marocain contre les murs qui nous semble pour le moins artificiel et froid. Et quand aux chambres, étriquées est tellement le mot que nos lits double ne rentrent pas dedans.

Cependant, il est possible de trouver des appartements que nous trouverions géniaux à Paris ou ailleurs en France pour aux alentours de 4500dhs, mais soit dans un quartier un peu trop populaire, soit d'un standing trop moyen pour que vous puissiez vraiment y vivre confortablement. Si, à Paris ou Bordeaux, j'aimais bien les quartiers populaires, si j'aime encore parfois m'y promener ici dans la journée, il est malheureusement impossible pour un occidental de prétendre s'y installer, ce serait une erreur fatale à votre socialisation. En effet, en tant qu'occidental, vous serez toujours considéré comme riche et vous devrez vous comporter comme tel. Si vous ne le faites pas, vous ne serez tout bonnement pas accepté : les gens peu fortuné y verront une affectation quasiment insultante : si eux avaient plus d'argent, ils en profiteraient, les gens riches considéreront tout simplement que vous n'êtes pas du même milieu social qu'eux et donc infréquentables.

Bien sûr, il ne s'agit pas non plus de se comporter comme des "nouveaux riches", vous en deviendriez insupportables aussi. Et d'ailleurs, vous constaterez vite que vous n'êtes pas riches, vous êtes aisés, c'est tout. Il s'agit de ne pas être hypocrites : vivez dans le quartier que vous aimez et qui correspond à votre standing, soyez polis (c'est très important, les marocains ont 5 manières différentes de dire merci, par exemple), ouverts et agréables et vous serez heureux. Là, nous rentrons dans un domaine que je vais appeler le comportement à tenir.

Le comportement à tenir pour un occidental au Maroc:

Ne tentez pas de vous faire passer pour autre chose que ce que vous êtes, à savoir, des français au Maroc. Vous êtes donc, dans l'esprit des gens : riches ou aisés, non musulmans, plus égalitaires dans les rapports hommes-femmes, modernes dans votre manière de voir la société, inapte à voir certaines réalités du Maroc. Ne tentez pas de dépasser les limites que l'on vous impose : tous en seraient choqués et vous n'apprendreriez rien de plus, si ce n'est que vous êtes importuns et malpolis. Sachez aussi que ces limitations s'appliquent aussi à la couche supérieure de la société marocaine : il est tout à fait hors de question, et en particulier si vous êtes une femme, d'aller dans certains endroits : les riches n'ont tout simplement pas à le faire, point. Vous vous exposeriez à être volé et maltraité et ce serait normal. Les classes sociales ne se mélangent pas, ici. Vous pouvez devenir très ami avec le chauffeur de votre société, par exemple et prendre un pot avec lui, mais ne l'invitez pas chez vous, ce serait profondément choquant : il n'a pas les moyens de vous inviter chez lui de la même manière et ce serait le mettre dans l'embarras. Ne vous mettez pas en tête d'apparaître pour autre chose qu'un occidental : s'habiller à la marocaine est mal vu pour quelqu'un qui n'en connaît pas les règles car il y a des règles très précises. On ne vous en voudra jamais d'être en costard ou en tailleur quand un burnou mal choisit vous rendra tout simplement ridicule et légèrement offensant. Bien sûr, soyez corrects en toute circonstance : jupes longues ou pantalons, t-shirt avec manches sont acceptés partout, même s'il est des quartiers où les femmes peuvent s'habiller comme elles le souhaitent, ce n'est quand même pas la majorité.

A peu près partout, les prix sont affichés : ne négociez pas, c'est le même prix pour tout le monde. Quand le prix se négocie, faites le avec humour et bonne humeur, il n'en descendra que plus vite. Sachez toutefois que vous paierez toujours plus cher certaines choses que votre bonne ne le fera par exemple : soit parce qu'elle peut aller là où vous ne pouvez pas, soit parce qu'étant de classe populaire, on ne lui fera pas le même prix. Mais là où vous payez plus cher qu'elle, sachez qu'un marocain riche pairait le même prix que vous.

Apprenez l'arabe dialectal, pas l'arabe classique que peu de gens comprennent. Mais sachez que l'arabe dialectal varie d'une région à l'autre et d'un milieu social à l'autre. N'espérez pas apprendre l'arabe de votre bonne ou de votre jardinier : ils vous apprendraient des mots et des expressions que les gens de bonne compagnie seraient choqué d'entendre de votre bouche, ce qui vous rendrait, encore une fois, infréquentable. Prenez des cours !

Par dessus toute chose, sachez que les marocains sont d'un naturel accueillants, polis, toujours prêts à vous aider. Peu d'entre eux n'aiment pas les occidentaux. Cependant, certains sont très pauvres et chercheront à abuser de vous : soyez fermes avec eux, ne vous laissez pas faire mais ne pensez pas non plus que c'est la base : c'est faux ! Vous rencontrerez plus de gens bien que de profiteurs, mais il y en a, comme partout ailleurs. Soyez curieux, les marocains se feront un plaisir de vous guider dans les méandres de leur société. Montrez-vous respectueux, ils le seront tout autant.

Ce que les marocains n'aiment pas : l'arrogance, les nouveaux riches, l'impolitesse, le non-respect de leur culture et de leur tradition, l'imitation stupide de qui veut bien faire mais ne connais pas, la froideur.

Ce que les marocains adoreront chez vous : la politesse, le respect, la simplicité (mais pas la fausse simplicité : ne jouez pas aux pauvres ou au "on-est-tous-excatement-pareils", ils n'y croiront pas et se sentiront insultés), les efforts que vous ferez pour parler leur langue, la curiosité, votre volonté d'être accueillant et de bien les recevoir quand vous le faites.

Ne faites pas un couscous quand vous invitez : faites un repas typiquement français avec entrée, plat, fromage et dessert. Prévoyez beaucoup de nourriture : les marocains tenteront toujours de vous gaver quand vous serez invité chez eux et l'abondance est marque de respect de son hôte. Evidemment, ne faites pas ni porc, ni sauce à l'alcool, mais proposez des boissons aussi bien alcoolisées que sans alcool : rien ne dit que vos hôtes ne boiront pas.

Voilà pour ce chapitre. Maintenant, passons au revenu que vous devriez avoir pour bien vivre au Maroc.

Le salaire moyen d'un ingénieur informatique d'une trentaine d'année est ici aux alentours de 15000dhs nets. On parle toujours de salaire net ici, car les impôts sont prélevés à la source. Pour vivre sur un pied de "français" de bonne souche, il faut environ 25 à 30 000 dhs par mois au minimum. Il faut donc que vous soyez cadre supérieur ou alors que vous ayez deux salaires pour vivre bien. Prévoyez environ : 7500 à 15000 dhs de loyer, 2000dhs pour la bonne (en fait, un peu plus, comptez 500dhs la semaine et un mois compte 4,5 semaines), 4000 dhs à 6000 dhs pour les courses (fonction de combien vous êtes, sachant que vous nourissez votre personnel), 2000dhs de factures (si vous êtes raisonnables, parce que l'électricité, par exemple, est à un prix littéralement exponentiel : les riches payent plus cher le kilowatt-heure que les pauvres,de manière à ce que tout un chacun puisse avoir l'électricité. Plus vous consommez, plus c'est cher, donc. Un très bon système à mon avis, mais qui a failli provoquer des attaques quand certains français ont reçu des factures d'électricité mensuelles équivalentes à ce qu'ils dépensaient en un an en France !!!), 3 à 4000 dhs pour une voiture, 2000 dhs si vous vous déplacez en petit taxi, plus les vêtements, les loisirs, etc. Si vous avez des enfants, les écoles des missions françaises sont payantes et ne comprennent généralement pas de cantines.

A ce propos, sachez que, s'il est possible de s'habiller pas très cher ici, les vêtements manufacturés de marque sont plutôt plus chers qu'en France, en tout cas pour les femmes. Pour les hommes, en revanche, il est possible d'acheter un costard de boulot très correct pour seulement 2 ou 3000 dhs. Une couturière n'est pas cher, vous en aurez vite une. Vous trouverez toutes les enseignes que vous connaissez en France, ceci dit, mais peu ou prou au même prix au minimum, voire beaucoup, beaucoup plus cher.

Voilà, là, j'ai fait un tour d'horizon, certes rapide et pas assez détaillé, mais tout de même assez exact de la vie ici. Il faudrait encore parler de l'administration et des démarches à effectuer, mais cela attendra. Dernier point, sachez qu'ici, de nombreuses associations françaises ou francophones se dédient à l'acceuil des expatriés, en particulier Casa Accueil. Allez y faire un tour : comme dans tous les pays étrangers, la communauté française est soudée et tout sera fait pour vous conseiller et vous aider dans votre installation. Et qui sait ? Vous y rencontrerez des gens sympathiques, ce qui n'est en rien incompatible avec le fait de se faire des amis marocains.

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Vendredi 5 janvier 2007

Salut les zamis !

Maintenant que je sais que j'ai un lectorat extérieur, je promets de donner plus régulièrement des détails sur la vie ici. Cependant, je ne résiste pas à ce message absolument inintéressant pour qui ne me connais pas : quelques mots de mon état d'esprit actuel.

D'abord, je pense beaucoup à vous tous en France. Les nouvelles années ont toujours cet effet de nous faire faire des bilans, dont nous tirons généralement des résolutions que nous ne tiendrons pas. Quelque part, cela même fait partie du jeu. Je ne pousse cependant pas le vice si loin, mais le bilan, si, ça, je le fais.

Pourtant, la subdivision arfbitraire du temps en année est en réalité peu pertinente : j'ai toujours ressenti le temps s'écouler en "période". Pour moi, il y a "la petite enfance", "l'enfance", l'adolescence",  "la vie d'étudiante bordelaise", "Paris" et maintenant "Casablanca".

Souvent, la division en période s'accompagne d'un changement spatial. La petite enfance correspond pour moi à l'errance pré-Royan, où j'ai passé mon enfance. L'adolescence aussi, me direz-vous, oui, mais après un passage-transistion d'un an aux Antilles (un autre avait d'ailleurs séparé la petite enfance de l'enfance). A chaque changement de lieu, c'est comme si nous repartions à zéro, tout neufs, prêts à une toute autre vie.

A chaque fois, cela me réjouie. Pourtant, cette fois-ci, jamais je n'ai eu tant d'amis ni de liens très forts à quitter : Paris, c'est là où je suis devenue adulte, là où je vous ai rencontré, pour la plupart, là où j'ai exercé un métier passionnant, qui, pour fermé qu'il m'est désormais, n'en est pas moins une part importante de moi, qui m'a aidé à me définir et dans lequel j'aime à penser que j'excellais.

C'est bien d'ailleurs ce pourquoi il fallait que j'en parte : Paris, c'était le journalisme, la fièvre des rédactions, les "plans" pour faire un truc ou un autre, les soirées à jouer ou à discuter jusqu'à pas d'heure sur l'intérêt comparé des Treki et des adeptes de Star Wars, les Maxi Marschmalow quizz, les soirées entre filles, les concours de "contexte" mesurés au "rougimètre", bref, c'était l'énergie, l'enthousiasme, le monde ouvert sur tellement de possibilités que c'en était étourdissant.

Changer de métier n'est pas facile. Ecrire est une gageure. Ecrire pour en vivre est un pari. Un pari que j'ai, certes, choisi de faire, que je tremblais de désir de faire depuis longtemps, mais qui demande du temps, du courage, un environnement adapté à ma terreur et à mon excitation, pas de distraction superflue non plus. Vous tous, mon Paris à moi, vous êtes à la fois ceux qui m'ont donné le courage d'essayer et ceux qui m'en empêcherait le plus sûrement, non par méchanceté, mais simplement en me mettant sous le nez toutes les possibilités fabuleuses du quotidien d'un bobo intello. Et puis, comment confronter mes petites peurs, ma lente maturation au rythme parisien, aux mags terminés en 48 heures de taff de fin de bouclage halluciné  ? J'avais je crois, une impression d'échec de ne pas pouvoir poursuivre ma route de rédactrice en chef, tout en étant tellement peu convaincue de parvenir à écrire que j'en restais hébétée.

Casablanca représente pour moi le confort : une bonne, un grand appartement, du soleil, une nourriture saine et variée, bref, de quoi vivre tranquille et peut-être, trouver le courage de lentement maturer jusqu'à parvenir à écrire. Une sorte de cocon protecteur, dans lequel je pourrais muer plus tranquilement de la journaliste, toujours en mal de formules et de l'émulation d'une conf de rédaction, à l'écrivain, plus centrée sur elle-même. Pour l'instant, rien ne dit que j'y parviendrais, je n'en suis toujours pas certaine, mes différents projets n'ont que peu avancés (bon, y'a maman à la maison, aussi, ça n'aide pas, mais trève d'excuses foireuse : si vraiment j'avais voulu, j'aurais sans doute pu), et malgré tout, je sens que cela devient de plus en plus du domaine du possible. J'ai en fait un sentiment très proche de celui que j'avais en arrivant à Paris : un nouveau monde s'est ouvert à moi.

Vous remarquerez comme j'ai peu mis de photos, peu parlé de la vie casaouïe, comme je ne l'évoque finalement même pas dans ce bilan. Certes, je suis en terre étrangère, j'ai rencontré des gens sympathiques, le pays éveille grandement ma curiosité, la langue arabe commence à me fasciner, et pourtant... Pourtant, je sors peu, je m'habille de matières chaudes et douillettes comme le mohair, le polaire, enfin bref, le pilou, quoi, je prends peu de décisions, je ne visite rien ou quasiment du pays, je ne prends pas encore de cours d'arabe, je ne donne à l'inverse pas de cours de français à l'institut français comme on me l'a proposé plusieurs fois, bref, je ne sors pas de mon cocon. J'ai vraiment le sentiment que cette première année au Maroc sera suivie de beaucoup d'autres et qu'elles seront déterminantes pour qui je deviendrais après. Je me sens comme une page vierge de nouveau qui n'attend que d'être inscrite, mais il ne s'agirait pas de le faire mal, à la hâte, de scribouiller. C'est à peine si je commence à m'approprier mon quartier, quel besoin de courir partout ? J'en aurais bien le temps plus tard, quand, naturellement, mon petit cercle s'aggrandira. Je m'apprivoise et j'apprivoise la vie alentour. Si Paris fut plein de feu, de fureur, de passions et d'énergie, Casa me semble l'harmonie, le calme, le retour en moi.

"Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté."

Je ne sais pas encore si je rencontrerais d'aussi formidables amis que vous ici. A dire vrai, pour les gens que j'ai déjà croisé, cela m'a tout l'air d'être bien parti. Mais en fait, pour l'instant, c'est tout à fait par hasard, car je n'en cherche pas. Je vous ai, vous, très présents à l'esprit, et puis j'ai ce besoin de retraite qui fait de la solitude une condition du bonheur. Je me contente d'accueillir ces hasards avec bonheur et étonnement, et de retourner dans mon petit paradis dans lequel le soleil se lève sur la mer, Amina prépare le thé pendant que je lis ou écris, allongée avec un plaid sur les genoux, un chat à portée de main.

Espérons que tout cela sera le prélude à quelque chose, que cette maturation débouchera sur une Mel nouvelle et non sur un laisser-aller désastreux autant que facile. Mais c'est là, mes amis, que vous interviendrez. J'espère que vous saurez comprendre mon inaction de façade tant qu'elle sera fructueuse, et que vous saurez me secouer sérieusement les puces si je ne semble pas évoluer d'un iota. Voilà. Je me donne cette année pour voir, avec quelques rendez-vous importants : le salon du livre, en mars où, si je ne présente pas Les Loups à quelques éditeurs, vous aurez le devoir moral de m'engueuler, le projet de polar folklorique, pour lequel j'ai pour l'instant du mal à réunir de la doc mais que vous ne devez pas me permettre d'abandonner.

J'avais dit "quelques mots", j'ai pondu une tartine. J'avais dit "pas de résolution", finalement, il y en a une, une qui vous engage, en plus, une que je ne veux pas voir abandonnée et que je ne me fais pas assez confiance pour qu'elle relève de moi seule. Comme quoi, vous quitter physiquement, ce n'est, dans mon esprit, pas vous abandonner, au contraire. L'estime, l'amitié que je vous porte me pousse à rechercher près de vous les encouragements comme les jugements les plus sévères sur mon parcours. Je veux être à la hauteur de ce que nous étions ensemble à Paris. Je veux que vous veniez me voir et trouviez que ma vie est belle et que je n'ai pas changé. Je veux que nous passions encore de nombreuses soirées, et que, comme la dernière fois que je suis venue à Paris, la vieille ambiance revienne, naturellement. Je veux venir vous voir et vous raconter un monde passionant, tout plein de possibilités fabuleuses. Mais je veux le faire à mon rythme, plus languissant qu'avant, peut-être aussi plus adulte, moins foufou, mais toujours aussi passionné.

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Samedi 6 janvier 2007

Bonjour les zamis !

Alors aujourd'hui, je vais parler de la culture au Maroc. Attention, hein, pas de la culture DU Maroc, mais bien de la culture au sens de "culture générale", les livres, la musique, le ciné, quoi.

Pour le ciné, sachez-le, à Casa tout du moins (mais je doute que ce soit différent ailleurs, vu que Casa est très occidentalisée), c'est le drame. Il y a UN mégarama qui passe avec quelques mois de retard les grands films internationaux, en VF. Jamais une seule VO !!! Bon, d'accord, au moins, c'est pas en arabe, me direz-vous. Mais que nennie, mon brave, au moins, si c'était en arabe, j'aurais l'impression d'essayer d'apprendre la langue, tandis que là...

Bref, il faut dire aussi qu'ici, on trouve tout en DVD piraté à 10dhs le DVD. Dès la sortie d'un film, on peut l'avoir en screening, et dès sa sortie DVD, en DVD. Et comme, ajouté à cela, tout le monde a le satellite, vous comprenez bien que le cinéma ne se fait tout simplement pas sa place.

D'ailleurs, à propos de satellite, on m'a beaucoup parlé, ici où tout le monde pirate sa connexion au câble, mais je sais que ça existe aussi en France, d'un tout nouveau décodeur universel qui est en fait un casseur de code. Vous achetez la machine (c'est assez cher, on m'a parlé de 400€), et elle va chercher les codes sur Internet. Si elles ne les trouve pas, elle casse le code (ça prend quelques jours mais bon...) et après, roule ma poule ! Quand les codes changent, rebelotte. Le serveur de cette machine (qui stocke les codes que les décodeurs-casseurs mettent sur Internet) se trouverait dans le no man's land entre les deux Corées... Rigolo, hein ? Bon, ben moi, j'ai pas encore acheté la bête, alors je sais pas si ça marche, mais on en parle en ce moment.

Pour la littérature, à Casa, il y a UNE bonne librairie. Des petites librairies, y'en a partout, hein, mais avec que des bouquins techniques dedans ou des livres scolaires (l'informatique pour les nuls, la cuisine traditionelles en 30 leçons, etc.). Et quand je dis que c'est une bonne librairie, disons que, comme une librairie de quartier à Paris, elle a quelques livres et peut commander les autres. Les livres sont plutôt chers ici, c'est clairement un produit de luxe et de l'importation, donc ça prend quasi 20% dans la gueule quand on les commande par rapport au prix français. Le reste du temps, les quelques éditeurs locaux ou français qui publient des auteurs locaux et veulent assoir leur positionnement sur le marché marocain, surtout en poche, font des efforts et les prix descendent un peu au dessous de la norme française. Bon an mal an, pas un seul livre de SF, ici, on connais pas. Mais beaucoup de choses quand même. On m'a d'ailleurs parlé d'un bibliothèque qui serait bien fournie en nouveauté, je vais aller voir, même si je déteste lire des livres qui ne sont pas à moi (à moins que ce ne soit quelqu'un que j'aime qui me le prête, parce qu'alors, j'ai l'impression de découvrir encore mieux cette personne).

Pour les musées, ici, nada. Ceci dit, il y en a ailleurs au Maroc, bien sûr, mais Casa... Ben vraiment, vraiment rien. Les gens considèrent ici que la ville est laide et dédiée au commerce. Ils n'ont pas tout à fait tort, mais il y a quand même de belles choses et une histoire très spécifique, cela mériterait un petit quelque chose, quand même. Ben non.

Les concerts, spectacles, etc. : Régulièrement, nous avons la chance de pouvoir assister à une pièce (par an), généralement du vaudeville, jouée par la troupe amateure de femmes de Casa Accueil pour une oeuvre caritative. Sinon, parfois un concert, en règle générale le dernier minet à la mode qui bêle le samedi soir sur TF1 (très aimée, comme chaîne, TF1). De temps en temps, un humoriste genre Debbouze.

La musique : ça se partage entre les tubes des années 80, de la musique relativement joyeuse mais tout de même un peu daubesque vaguement orientalisante par tout un tas de jeunes filles et de jeunes hommes charmants, et le téléchargement (encore !). Un CD = 5dhs, donc vous avez tout ce que vous voulez, ou presque. Je m'attendais à découvrir plus le raï, que j'aime bien, mais en fait, non. A part en CD...

Mais ne croyez pas pour autant que les marocains, ou en tout cas les casaouïes manquent absolument de culture. C'est juste que leurs référents ne sont pas les mêmes du tout. Ils regardent beaucoup la télé par satellite, dont entre autre, le cinéma égyptien qui est ici très prisé. En terme de musique, ben pour le moment, je n'ai pas rencontré d'amateurs, donc j'en sais rien, mais visiblement, ils connaissent beaucoup de choses, mais aiment à la base des trucs que nous, on jugerai certes agréables, mais un peu vieilli, peut-être : U2, Genesis, etc. J'ai tout de même entendu des jeunes télécharger dans un cyber café du Korn, alors tout n'est pas perdu. J'ai même été dans un bar qui passait du Asian Dub Fondation, mais bon, ça date des années 90, c'est quand même pas la pointe non plus.

Au niveau des spectacles, et bien il fait croire que les casasouïes, qui ont la culture de la fête, n'aime pas plus que ça. Il faut que ça brille, qu'il y ait du people, pour que ça draine les enthousiasmes. En même temps, il est vrai que ni le théâtre, ni l'opéra ne font vraiment partie de leur référent. En revanche, je commence à entendre parler de plus en plus du Melhoun, qui serait de la poésie en arabe dialectal, chantée ou rythmée, sorte de mix entre le slam et les trouvères médiévaux, accompagné ou non par des instruments traditionnels. Bon, pour le moment, je n'ai pas pu assister à un spectacle de Melhoun, qui, de toute façon, me serait incompréhensible, d'autant qu'il semble que le Melhoun affectionne particulièrement les archaïsmes, compréhensibles uniquement par les initiés. Toutefois, le Melhoun crée un véritable courant de culture alternative à la culture classique et fait beaucoup de remous car, à partir du Melhoun, un certain nombre d'écrivains se sont penchés sur l'arabe dialectal en tant que langue constituée et commencent à écrire en arabe dialectal. Personnellement, je trouve ce mouvement fascinant, bien qu'il se heurte à quelques difficultés : quel arabe dialectal prendre en compte et comment le graphier, par exemple ? En alphabet arabe, phonétiquement ? Ou en alphabet romain, tout aussi phonétiquement ? Doit-on arrêter une orthographe, dans un cas comme dans l'autre, une syntaxe, etc.

Voilà, voilà, c'est tout pour aujourd'hui !

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Mardi 9 janvier 2007

Bonjour les zamis !

Ce matin (enfin cette nuit, à 5 heures du matin), maman est repartie en France. Bien que j'ai été ravie de la voir, et en particulier qu'elle passe dans les meilleures conditions possibles le début de sa convalescence (une nourriture saine 3 fois par jour, aucune tâche pénible à effectuer, un climat propice à un meilleur moral et une meilleure forme), je suis également heureuse qu'elle soit partie.

En effet, elle est arrivée immédiatement après la fin du plus gros de mon installation. A peine avais-je trouvé Amina, ma bonne, et reçut mes meubles, qu'il m'a fallu recevoir maman et faire tout momn possible pour qu'elle se sente bien. Du coup, c'est comme si ma propre installation dans mes petites habitudes et autres conforts minimes du fait d'être chez soi en avait été retardé d'autant, puisque les habitudes prises avec elle ne seront nécessairement pas les miennes seule (enfin, avec JMA, mais ce que je veux dire c'est sans élément extérieur à mon couple).

Je commence donc à envisager sérieusement ma vie ici sous un jour qui ne soit que le mien et à le planifier :

- 10 heures : arrivée d'Amina, thé et relecture du boulot de la veille.

- matinée : travail d'écriture

-midi : repas avec Amina, qui marque la fin de la période d"écriture obligatoire

- après-midi : travail de recherche, courses, et toute autre chose que j'aurais à faire (voir des gens, aménager telle ou telle chose, etc.)

- 18 heures : départ d'Amina, thé et repos.

De cette manière, j'espère me créer un rythme qui m'oblige à écrire plus sérieusement et plus régulièrement. Il importe peu au final que ce que j'écrive le matin soit intéressant ou bon. Si et quand je tiendrais le bon bout pour quelque chose, je suppose que, comme cela m'étais accoutumé, je travaillerais matin, midi et soir. Mais il importe de s'imposer cette régularité minimum du travail matinal de manière à ne pas dépendre de mon moral, de mon 'inspiration' (l'autre terme pour désigner la flemme qui s'empare de toi dans les intervalles de créativité), ou de mon envie.

De la même manière que, lorsque j'étais journaliste, j'étais fière et contente d'un article sur trois seulement que j'écrivais, non que les autres soient mauvais, mais qu'ils ne représentaient pas ce que je pouvais faire de mieux, je suppose qu'il en sera de même de mon travail d'écriture. Mais en journalisme, j'avais atteint ce point où, même si ce n'était pas excellent, c'était acceptable. Et pour en arriver là, il m'avait fallu travailler. Je veux en arriver au même point en écriture et cela demande que je m'y attelle que j'en ai envie ou non, à heure fixe.

Du coup, je remets mon rythme entre les mains d'Amina, qui devient un arbitre externe. Quand elle arrive, je commence, quand elle m'appelle pour le déjeuner, je finis. De cette manière, pas d'échappatoire du genre "encore 5 minutes" ou "j'aurais bien le temps plus tard" ou " j'ai d'autres choses à faire".

Seule exception à cette règle : le petit-déjeuner de Casa Accueil une fois par mois, qui réunit l'ensemble des adhérentes pour se retrouver, rencontrer les nouvelles et échanger autour d'un thème.

Si vous venez me rendre visite, ce rythme même, je refuse de le changer. Je serais ravie d'être disponible pour vous dans l'après-midi et le soir, mais le matin, il faudra que vous considériez que je ne suis pas là, jusqu'au déjeuner. Comme si j'étais au bureau, quoi.

C'est sans doute ce qu'il y a de plus proche d'une résolution de nouvelle année que je puisse faire, mais pour moi, c'est une résolution de nouvelle vie, en fait. Espérons que je m'y tienne !

Sinon, à part cela, JMA m'a fait remarqué que mes réflexions sur la vie à Casa et son coût étaient exagérées. C'est assez vrai : il ne faut pas 25 000 à 30 000 dhs pour vivre bien à Casa, quand on est un couple sans enfants. C'est juste qu'avec cette somme, qui n'est pas si énorme, on vit royalement. Or il est vrai que, dans mon esprit, vivre royalement est justement l'un des avantages de vivre au Maroc. Cette vie-là, nul hormis les très très riches ne peuvent en bénéficier en France. Et ici, c'est finalement assez simple. Il suffit de relativement peu d'argent. 25 000 dhs, cela fait à peine 2083€.

En France, pour cette somme, on vit correctement en province, avec les plus grandes difficultés à Paris (ou plutôt en banlieue, soyons honnêtes si l'on ne veut pas habiter un studio), bref, ce n'est pas le Pérou. Ici, c'est le confort inimaginable d'une bonne, d'un appartement de très grand confort, bref, c'est la vie rêvée.

Mais si personellement, et dans la mesure où je n'en suis toujours pas revenue de cette chance extraordinaire, j'insiste beaucoup sur ce point, pour être honnête, le Maroc, c'est aussi :

- se nourrir beaucoup, beaucoup mieux

- travailler sur un rythme très différent : ici, les gens commencent tôt, vers 8h30, mais ils prennent 2 heures pour déjeuner, longue pause durant laquelle ils reviennent chez eux, et le soir, à 18, 19 heures max, ils sont rentrés à la maison. C'est donc un rythme extrêment différent du stress et du surmenage à la française. C'est probablement plus efficace aussi : les marocains travaillent beaucoup, mais ne se stressent pas comme les français. Les choses se feront, comme et quand elles doivent se faire. Si on leur demande de faire plus que leur maximum dans le cadre de leur travail, c'est que cette demande est déraisonnable, pas qu'eux ne sont pas assez performants.

- un climat extraordinaire : le soleil 300 jours par an, plus de 20°  cinq à six mois par an, mais rarement plus de 30°, bref, c'est le pied. En revanche, le climat de Casa étant très humide, vous aurez toujours un peu le nez qui goutte, comme l'hiver, il ne fait jamais ni vraiment chaud, ni vraiment froid, vous ne saurez pas toujours comment vous habiller et vous retrouverez régulièrement ou trop ou pas assez couverts. Ceci acté, c'est quand même fabuleux et personellement, à part une gastro, je n'ai pas eu l'habituel cortège de rhumes et de crèves qui empoisonne mes hivers. Et comme je suis très, très fragile, c'est vous dire à quel point un tel climat est bénéfique.

- une vie plus "humaine", moins morose, plus chaotique mais aussi plus naturelle dans sa conception même : l'espoir d'une vie meilleure pour ses enfants est un moteur réel pour les gens ici. Les études sont une voie vers l'amélioration, SM le roi est perçu comme progressiste et préoccupé du bien-être de son peuple, le droit des femmes est en train de changer et d'améliorer la condition féminine, bref, les choses avancent. C'est très agréable de vivre dans une telle ambiance. Certes, les choses sont moins uniformes ici qu'en France, certes, la pauvreté est criante et les différences de niveau de vie sont hallucinantes, mais les choses vont de l'avant. Si certaines choses qui nous apparaissent être des droits fondamentaux ne sont pas en vigueur ici (le fait de pouvoir vivre en couple sans être marié, l'homosexualité, l'avortement, etc.), l'ambiance est à les permettre, c'est un progrès en cours. tandis qu'en France, j'ai le sentiment qu'à l'inverse, on remet en cause les choses : les pro-life gagnent chaque jour du terrain, les acquis sociaux sont remis en question, mais la solidarité, elle, n'est pas là. Cet élan vers l'avenir, c'est à mon sens un des atouts les plus flagrants du Maroc et de la vie ici.

Bref, il n'y a pas que l'argent qui compte, bien sûr, mais vous vous en seriez douté, je pense. Nul besoin de vivre au niveau de ce que je décris pour ressentir les effets bénéfiques du Maroc. Mais si en plus, vous avez les moyens de ce confort, alors c'est le paradis. Ceci dit, essentiellement, c'est une vie absolument différente de celle que vous connaissez en France. Au départ, on pense que vivre là ou ailleurs ne change pas grand chose et après tout, au Maroc, presque tout le monde parle le français, donc les contraintes d'adaptation sont moindres par rapport à un autre pays. Mais il ne s'agit pas de cela : vivre dans un autre pays, c'est vivre dans un autre état d'esprit. Même s'il est possible de manger, de s'habiller exactement de la même manière qu'en France, de se faire coiffer chez Dessange, épiler chez Yves Rocher, etc., cela n'est toujours pas pareil. D'ailleurs, généralement (et heureusement), singer les habitudes que l'on avait en France, on ne le fait pas plus de 15 jours. On s'en crée de nouvelles, qui vont avec une vie qui n'a tout simplement pas le même goût. Ergo, si vous êtes heureux en France mais voulez simplement vivre "mieux" dans le sens de "plus confortablement", le Maroc n'est pas pour vous. Si, en revanche, vous n'êtes pas heureux de votre vie en France et souhaitez autre chose, tentez le Maroc, vous y vivrez effectivement mieux et incomparablement plus confortablement.

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