Lundi 8 octobre 2007
Depuis quelques jours fleurissent les polémiques concernant le projet de loi relatif à l'immigration et aux tests ADN pour le regroupement familial. Initialement, j'avais pondu un texte extrêment virulent exposant mon opinion personnelle sur la question, mais j'ai pris le parti de réfléchir et de vous donner plutôt quelques détails sur comment cette loi est en train de s'élaborer techniquement et quelles sont les garanties effectives offertes par les amendements proposés par le Sénat.

Projet de loi et proposition de loi

Tout d'abord, sachez qu'il s'agit d'un projet de loi. Il existe deux manières d'initier le processus législatif en France, le Projet de loi et la Proposition de loi. La Proposition de loi est un texte législatif proposé par l'une des deux chambres et ensuite discuté, amendé et enfin voté par les deux chambres qui constituent le corps législatif français, l'Assemblée Nationale et le Sénat, avant qu'un décret d'application émis par le Président de la République rende la loi effective, normalement dans les 15 jours. Le Projet de loi est lui initié par le gouvernement et ensuite discuté, amendé et voté par le corps législatif français avant qu'un décret d'application émis par le Président de la République rende la loi effective, normalement dans les 15 jours. La différence première réside donc dans l'initiative de la loi. Naturellement, les lois de finances sont nécessairement des projets de loi, mais il faut savoir qu'actuellement, quelques 90% des lois votées en France sont à l'origine des Projets de loi, c'est à dire des lois voulus par le pouvoir exécutif. A la base, cette procédure devait constituer l'exception, selon le principe de la séparation des pouvoirs. Il s'agissait d'un processus de régulation de la législation selon les besoins immédiats du pouvoir exécutif dans le cas où le corps législatif français serait embourbé dans tellement d'autres préoccupations qu'il ne puisse pas pallier l'urgence.

C'est ce pourquoi deux dispositions différencient encore le Projet de Loi de la Proposition de loi. Le premier est que le calendrier des Assemblées est bouleversé à l'arrivée d'un projet de loi. Il doit être examiné rapidement, dès qu'un membre d'une des commissions relatives à l'intérêt de la loi (affaires étrangères, culture, économie, etc.) l'a pris en main. Le gouvernement peut exiger des chambres qu'elle examine en priorité son projet de loi, et donc que ce projet de loi ne dorme pas un certain temps dans les assemblées, le temps que l'ordre du jour le prenne en compte. Le Projet de loi est donc plus rapidement débattu en général qu'une Proposition de loi.

La seconde différence est que, dans certains cas très particulier, le Projet de loi ne peut qu'être accepté ou refusé par les deux chambres, mais non débattu et modifié. Ce cas d'exception peut être demandé par le gouvernement s'il pense que son projet de loi n'est utile qu'en l'état. Les deux chambres ont alors très peu de temps pour rendre leur verdict d'exception et la loi est votée telle quelle. Mais ce n'est pas le cas du projet de loi qui nous intéresse. Malgré tout, cela vaut la peine d'être dit, parce que la prochaine fois que vous entendrez qu'un projet de loi en mesure d'exception a été voté, vous saurez ce que cela signifie.

Du vote de la loi en général et du processus d'urgence en particulier

Lorsqu'une loi est débattue par les chambres législatives françaises et que les deux chambres ne sont pas d'accord, le gouvernement peut demander l'"Urgence", et ce, que la loi débattue soit à l'origine un projet ou une proposition de loi. La procédure d'urgence consiste à désigner une Comission Mixte Paritaire composée de membres des deux chambres, 7 par chambre, qui vont proposer au vote un texte amendé par leur soin. Dès lors, l'Assemblée et le Sénat votent la loi, l'entérinant ou la refusant. Dans le cas où l'une des deux chambres entérine la loi et l'autre non, le gouvernement peut, s'il le souhaite, privilégier la décision de l'Assemblée Nationale, après une nouvelle lecture dans les deux chambres. Après quoi, le décret d'application est signé dans les 15 jours par le Président de la République qui peut, s'il le souhaite, saisir le Conseil Consitutionnel pour qu'il vérifie que la loi est conforme à la Constitution Française.

Ce que cela veut dire techniquement dans le cas présent

Dans le cas qui nous intéresse immédiatement, si on lit donc correctement les informations qui nous ont été données concernant ce projet de loi sur le regroupement familial via un test ADN, on comprend donc :

- comme c'est un Projet de loi, c'est le gouvernement qui a initié le débat sur cette loi
- l'Assemblée l'a voté sans modifications, le Sénat a proposé des amendements, le gouvernement a décidé d'appliquer le processus d'urgence sans permettre le va et viens habituel entre les deux chambres.
- une Comission Mixte Paritaire va donc proposer un autre texte (pas celui proposé par le Sénat, un autre) aux deux chambres qui vont délibérer
- si le gouvernement le souhaite et en cas de désaccord, l'Assemblée nationale aura le dernier mot.
- le Conseil Constitutionnel ne sera vraissemblablement pas saisi par le Président de la République puisque c'est son gouvernement qui est à l'origine du projet de loi et la loi sera ratifiée donc rapidement.

3 conclusions logiques devraient vous sauter aux yeux

- Si les amendements proposés par le Sénat avaient la faveur du gouvernement, il n'aurait probablement pas initié l'Urgence. En effet, il est probable qu'en ce cas, l'Assemblée aurait ratifié le texte puisqu'il correspondait aux voeux de sa majorité politique qui est également la majorité gouvernementale. Il n'était donc pas besoin d'une procédure d'urgence.
- Dès lors, que permet une procédure d'urgence ? Une Comission Mixte Paritaire, convoquée par... Le Gouvernement ! Laquelle va faire une proposition de texte qui va être débattue telle quelle par les deux chambres, acceptée ou refusée. On peut a priori penser sans trop de risque qu'il est raisonnable pour le gouvernement de proposer une Comission Mixte Paritaire composée de membres sensibles à ses arguments qui vont donc proposer un texte vraisemblablement très proche de ses désirs.
- L'on sait que l'Assemblée a déjà approuvé le texte initial, il n'y a donc aucune raison de penser qu'elle sera moins encline à accepter la proposition de la Comission Mixte Paritaire. Le Sénat lui, a voulu imposer des limites à cette loi, mais il est désormais impuissant : s'il n'accepte pas la loi, elle sera promulguée quand même, puisque le Président a le droit d'entériner la décision unilatérale de l'Assemblée.

En résumé :

Un projet de loi a été initié par le gouvernement concernant le recours systématique aux tests ADN dans le cas d'une demande de regroupement familial d'immigrés sur le territoire français. L'Assemblée l'a voté sans discussion, le Sénat a voulu l'amender, le gouvernement a demandé l'urgence et une commission mixte paritaire choisie par le gouvernement va proposer un texte amendé par ses soins dans le sens qu'elle entend au vote. Que le Sénat soit ou non d'accord ne change plus rien et il ne peut plus exercer son contrôle et sa régulation puisque l'Assemblée a préséance. Ergo : ce dont on nous rebat les oreilles comme quoi le texte amendé est tout bien fait pour préserver les droits fondamentaux, on s'en fout. Rien ne nous dit que la loi votée reflétera la réflexion du Sénat, si tant est qu'elle soit suffisante et nous n'avons pas les recours nécessaires pour exiger que la loi soit examinée sous l'angle de sa constitutionalité ou de son respect des accords internationaux tels que les droits de l'homme (dont font partie le respect de la vie privé et de la dignité humaine).

De fait, logiquement, la loi nationale est un cran en-dessous de la constitution et des accords internationaux, donc cela ne devrait pas poser de problème... Sauf que dans le cas présent, si le recours légal normal n'a pas été saisi, ergo, le Conseil Constitutionnel, les décisions se feront au cas par cas par procédure judiciaire et les textes appliqués le seront en fonction d'une jurisprudence qui se mettra en place au fil du temps. Or combien d'immigrés en demande de regroupement familial auront la possibilité d'engager un procès long et coûteux pour tenter de déterminer si la loi est ou non applicable dans le respect des droits de l'homme ? D'or et déjà, la Comission d'Ethique a rendue un avis défavorable sur cette loi, la considérant comme contraire à l'esprit des lois françaises. Seulement voilà : tout le monde s'en fout, elle n'a qu'un avis consultatif...

Dernière conclusion : apprenez à lire les nouvelles correctement en pesant leurs implications, vous verrez le monde sous un autre jour...
publié dans : Réflexions en vrac ajouter un commentaire commentaires (8)    recommander communauté : La France et le Monde
Vendredi 30 novembre 2007
Ce matin, j'ai été faire des courses. Fascinant, me direz-vous. Oui, n'est-ce pas ? Parce que comme je déteste faire des courses, j'en profite à chaque fois pour me prendre un petit-dej à la terrasse d'un café de Maârif, au soleil, et lire tranquilou le journal. C'est ma pause à moi pour me récompenser et faire de cette corvée un petit plaisir. Et ce matin, mon petit-dej m'a apporté tout un tas de réflexions, de par la conjecture de trois éléments :

1) Je reviens de France et d'Europe en général,
2) dans le journal, un article m'a appris un élément que j'ignorais (il faut dire que je ne me tiens pas au courrant aussi) de la vie politique marocaine,
3) comme à chaque fois, cela n'a pas manqué, j'ai eu le plaisir de discuter avec des voisins de table.

Oui, dis comme cela, ça paraît disparate. Mais un peu de patience et vous comprendrez. Reprenons les événements dans l'ordre : d'abord, le mois passé en Europe.

Que ce soit en France ou en Belgique (mais surtout en Belgique, c'est vrai, pour des raisons d'immigration marocaine importante dont, malheureusement, une minorité agressivement visible voilée des pieds à la tête), les questions sur ma vie ici fusèrent et les gens qui ne lisaient pas ce blog ne semblaient pas vraiment comprendre quand je leur disais que oui, vraiment, je pouvais vivre sans porter le voile et même, m'habiller sexy quand je le souhaitais sans qu'un rassemblement d'exités ne veuille me violer puis me lyncher illico au carrefour. L'idée que je puisse vivre et être acceptée en tant que chrétienne (puisque JMA et moi sommes catholiques) a rencontré quand à elle une incrédulité farouche que rien n'a pu réellement ébranler. Bref, les idées reçues concernant ce pays dans lequel la liberté de culte est garantie par la constitution et qui ne souffre pas du tout d'extrêmisme sont de plus en plus éloignées de la réalité et j'ai parfois le sentiment que l'on perd considérablement le sens commun à force de se racrapoter sur soi-même, effrayés que nous sommes par le Grand Extérieur Hostile qui veut Venir CHEZ NOUS et nous Imposer Ses Lois Iniques en Nous Enlevant Le Pain De La Bouche. Mouais. Personellement, cela m'a laissé un goût légèrement amer.

Il faut dire aussi que les choses ont bien changées. A Bruxelles, largement touchée par le chômage, les immigrés maghrébins sont souvent pauvres et incultes. Ils se sentent, comme partout en Europe, agressés par le regard des autres et réagissent, comme souvent les incultes, bêtement, en se raccrochant à une compréhension de l'Islam des plus restrictives et des moins sympathiques. D'ailleurs, quand ils reviennent au bled (oui, même au bled !!!), ils sont tout aussi à la ramasse et ne comprennent pas que oui, les femmes travaillent, non, elles ne sont plus voilées façon ninja et cloitrées, etc. [EDIT : suite à la réflexion pertinente de Julien en commentaire, je tiens à rectifier une possible mauvaise interprétation de ce passage : les femmes marocaines n'ont jamais été traditionellement voilées façon ninja. En revanche, jusqu'à pas si longtemps, beaucoup étaient cantonnées au rôle domestique et ne sortaient jamais de chez elles. D'ailleurs, une des explications courramment admise pour la multiplication du voile de toute sorte, du hijab au ninja, est que justement, les femmes sortent plus dans le monde...] Je pense qu'il est vraisemblable que seule un minorité réagisse ainsi, seulement, elle est éminement visible et dérangeante pour une Europe laïque et embourbée dans des problèmes moraux assez conceptuels vis-à-vis du conflit israélo-palestinien et des problèmes de sous bien concrets, eux, qui font moins souvent mettre la main à la poche et avec plus de ressentiment quand on compte chaque euro pour boucler ses fins de mois inquiètes.

Quand à la France... Ah ! La France ! On l'a voulu, on l'a eu, notre Président de la Rupture et du Ministère à l'intégration ! C'est pas pour rien... Le match France-Maroc qui a vu la Marseillaise sifflée par des supporters d'origine maghrébine a donné lieu à un déchaînement de passion haineuse dont presque tout le monde m'a parlé. Et c'était beau comme un symphonie, tiens. Le commentaire le plus courrant et la Voix du Peuple (ou de son Maître ?) était évidemment l'antienne : "s'ils ne sont pas contents, ils ont qu'à RENTRER CHEZ EUX !!!" avec force, conviction et certitude de son bon droit à l'appui. Malheureusement, et je suis bien désolée d'être la seule à le rappeler encore, chez eux, c'est la France, parce qu'ils sont français. Ne croyez pas un instant que des marocains ou des algériens se soient déplacés rien que pour le plaisir de siffler un hymne étranger dont ils se tamponneraient le coquillard si toutefois ils s'en préoccupaient une seule seconde, vu que c'est pas le leur, d'hymne. Et c'est bien normal : vous le connaissez, vous, leur hymne ? Ben non. Et vous vous en foutez. Ben eux c'est pareil, voyez. Donc ce sont bien des français d'origine maghrébine, certes, mais des français TOUT DE MEME qui ont sifflés leur propre hymne national. Et ça, alors même que quasi tout le monde vous dira qu'il est haineux et pas beau, notre hymne (encore que pour moi, il garde l'avantage indéniable d'être historique et symbolique d'un événement très important de notre culture), ben ça choque. On Ne Siffle Pas Un Hymne National, Môôsieur !

Quelquefois, j'ai osé demandé si ça ne devrait pas frapper les consciences que des français rejettent avec une telle violence le symbole de l'unité de la nation qu'est notre hymne (comme tous les hymnes, en fait, c'est à ça que ça sert), si cela ne dénotait pas l'importance du trouble que traverse notre société. On m'a répondu que, français ou pas, ils n'étaient pas bien intégrés et qu'ils aillent au diable ces immigrés hooligans de banlieue parce que ce n'était pas ça, être français et qu'ils avaient donc (rebelotte, remarquez l'étendue de l'argumentation) qu'à se barrer ailleurs s'ils étaient pas contents. Une fois ou deux, j'ai fait remarqué à mon interlocuteur que mon père était anglais et moi-même née en allemagne, mon mari d'origine espagnole, voire, mon interlocuteur lui-même immigré de deuxième ou troisième génération seulement. C'est normal, il n'y a pas de peuple français, on est une mosaïque. Y'a qu'à voir notre président, d'ailleurs. Mais on m'a fait remarqué avec stupeur que "ce n'était pas pareil, voyons !" Parce que nous, on est si bien intégrés, tandis qu'eux... Ils ont qu'à se barrer puisqu'ils sont pas contents. Une fois, je me suis suffisamment agacée (comprendre que j'avais, avec mon grand sens des proportions, quasi la bave aux lèvres) pour répondre qu'en effet, cela semblait la seule solution et d'ailleurs, c'était celle que j'avais choisie : non, je ne suis pas contente de la société française et oui, je me suis barrée. Et avec plaisir, encore !

Une fois passé ce triste épisode pas très bon pour mon coeur (que je n'ai pas malade, mais bon, s'énerver n'est jamais bon), je me suis rendue compte avec stupeur et énormément de chagrin que mes interlocuteurs étaient, dans leur immense majorité, des gens très biens, éduqués, sympathiques et qu'ils ne se considéraient pas pour deux sous racistes. En même temps, c'est normal, je ne vais pas en France pour voir des cons, non plus. Et pourtant... Comme ce discours a un refrain connu ! Pour peu que l'on remplace "arabe" (terme générique on ne peut plus impropre mais en usage en Europe) par "juif", on se souviendrait peut-être que ces discours ont mené à la justification du plus grand crime contre l'humanité jamais perpétré il n'y a pas plus de 60 ans en Europe.

Mais cela, je l'ai déjà dit, mainte et mainte fois, sur ce blog et ailleurs, aux gens que je connais, à ma famille, à mes amis et cela ne semble jamais suffire. C'est ce pourquoi j'espère que mon petit-dej' de ce matin pourra peut-être m'aider à avancer quelques arguments de plus.

Dans le journal, un article concernant je ne sais plus quoi, m'a fait sursauter car on y parlait de plusieurs femmes ministres dans l'exercice de leurs fonctions. Alors j'ai regardé plus en détails : au Maroc, pays musulman et craint en Europe comme un fauteur de troubles extrémistes moyen-âgeux, il n'y a pas moins de 5 femmes ministres : 

Ministre de l’Energie et des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, Mme Amina BENKHADRA
Ministre de la Santé publique, Mme Yasmina BADDOU
Ministre de la Jeunesse et des Sports, Mme Nawal MOUTAWAKIL
Ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, Mme Nouzha SKALLI
Ministre de la Culture, Mme Touriya JABRANE 

Plus 2 secrétaires d'état :

Secrétaire d’Etat auprès du Ministre l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche scientifique, chargée de l’Enseignement, Mme Latifa LABIDA
Secrétaire d’Etat auprès du Ministre des Affaires étrangères, mme Latifa AKHERBACH

Donc voyez, c'est pas si terrible que ça, le Maroc et l'Islam. Cela n'empêche pas la modernité et le XXIe siècle. C'est sûr que ce n'est pas nécessairement suffisant et que les femmes ont encore du mal à percer en politique, mais sommes-nous si différents en Europe où les salaires des femmes sont inférieurs à ceux des hommes à compétence et poste équivalents, où un chef d'entreprise peut dire à la télé qu'à compétences égales, il préférera toujours un homme qui ne le fera pas chier avec ses gosses ou ses règles ? (véridique, entendu à la télé il y a un an et demi, avant notre départ...).

Reste le dernier point, qui, s'il ne vous convainct pas, vous rassurera peut-être : les marocains ont compris le message, ils ne veulent plus vivre en France. C'est l'essence de la conversation que j'ai eu avec mes voisins de table de ce matin : quand on voit ce qu'il se passe en France et que les français se précipitent ici, au Maroc, où l'on sait encore vivre, ne pas tuer nos petits vieux par manque de soins, et ne pas se déshumaniser sous prétexte que l'état providence qui ne gère plus rien est là pour remplacer la beauté d'un sourire gratuit, pourquoi donc quitter le paradis pour l'enfer et la grisaille d'un pays qui ne veut pas de nous et qui ne respecte même pas notre amitié, au point que son président n'a pas daigné venir nous rendre visite avant des mois alors qu'il allait en Tunisie et en Algérie ? Je parlais à des gens simples, une coiffeuse qui voulait être mannequin et un vendeur des rues de serpillère. Mais voyez, même eux, pauvres pourtant, la France, ils n'en veulent plus. Pourtant, ils aiment les français. Ils ne sont pas rancuniers. Ils discutent avec eux, leur souhaitent la bienvenue dans leur pays, leur proposent de venir manger le couscous et puis des dattes. Ils ne comprennent pas tout des importantes décisions que la France doit prendre en matière de répression de la délinquance et de politique d'immigration. Mais ils comprennent la tristesse quand ils ouvrent leur porte avec un sourire et qu'on les rejette comme des malpropres. Ils comprennent aussi que les français deviennent pauvres et les marocains progressent et ils ne comprennent pas pourquoi tous les français malheureux ne viennent pas ici, où il y a de la place pour tout le monde puisqu'on est heureux. Ici, ça va bien. Hamdoullila !

publié dans : Réflexions en vrac ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander communauté : La France et le Monde
Lundi 11 février 2008
Alors, dans la mesure où le rapport Attali est plus ou moins en train de s'enterrer tout seul, tandis que la France a ratifié le Traité de Lisbonne, il m'est apparu plus urgent de m'attaquer à ça en premier. Malheureusement, c'est bien moins simple. Ben oui, parce que bon, le rapport Attali, c'est 250 pages de bout en bout, un seul gros fichier PDF à télécharger, et donc, même si c'est chiant à lire, on peut parvenir à progresser dedans à peu près simplement. Tandis que le Traité de Lisbonne, mes pauvres amis, n'est qu'un traité modificatif des autres traités européens... Et là, ça veut dire que pour comprendre les modifications publiées au Journal Officiel de l'UE en langue française, faut se référer aux traités modifiés. Breeef ! Une pagaille incroyable qui fait que je ne parviens pas à mettre la main sur un document uni et définitif qui me permette au moins une vision d'ensemble du texte et après on voit. Non, faut se taper le téléchargement de CHAQUE p... de chapitre séparément, avec des mentions très utiles du genre : "Protocole relatif à l'article 6, paragraphe 2, du traité sur l'Union européenne sur l'adhésion de l'Union à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales" (et ça, c'est rien que dans l'annexe, parce qu'après, fourmillent les explications vachement éclairantes du genre "la phrase suivante est ajoutée à la fin du premier alinéa "..., à laquelle les Etats membres attribuent des compétences pour atteindre leurs objectifs commun." " Et maintenant, t'es content, faut que tu te tape le premier document, repère la fin du premier aliné et intègre ce que la modification apporte.)

C'est la merde, mes amis, c'est moi qui vous le dit. On nous parle de constitution simplifiée, ben moi je dis simplifiée mon cul, à l'usage des citoyens en tout cas, parce que c'est illisible. En attendant, histoire de pas vous laisser totalement le bec dans l'eau, et après des heures à m'arracher les cheveux pour tenter de vérifier la fiabilité d'au moins le début des documents que je vous livre en patûre, il apparait que tout de même, quelques juristes sympas ont pensé à nous et donc, certains sites reprennent les grandes modifications d'une manière pas trop con. Le premier, qui vous en donne un aperçu super simplifié mais au moins facile à comprendre, c'est le site touteleurope.fr. Mais bon, ça reste maigre, juste une vision d'ensemble, on va dire. Du coup, y'a un petit malin qui s'est dit, ça serait sympa de faire des fiches, comme à l'école. C'est le site robertschuman.org. Bon, c'est très orienté, ça vous explique pourquoi c'est super, mais en même temps, au moins, ça vous raconte d'une manière didactique en 10 fiches seulement (soit même pas 50 pages, du bonheur !) les grands axes de réflexion ayant présidé au Traité. C'est déjà pas mal et en tout état de cause, je crois pas personellement pouvoir faire mieux.

Enfin, comme quoi notre Assemblée Nationale est quand même sympa et pense à ses citoyens, elle a pondu un texte extrêmement bien foutu, qui reprend dans leur contexte (en mettant les modifications en valeur en gras) toutes les subtilités du Traité de Lisbonne et le rend enfin lisible (enfin, au moins autant que la constitution européenne rejetée parce que trop longue, lol). Malheureusement, ils l'ont fait sur la base des documents approuvés par la conférence intergouvernementale du 18 octobre 2007 et non sur le traité tel que ratifié hier par la France. Donc je ne sais pas (et ils ne s'engagent pas là dessus) si des modifications ont été apportées au Traité depuis et à dire vrai, c'est très probable, même si cela ne concerne en fin de compte non les grands points, mais des détails de vocabulaire sur lesquels tout le monde doit se mettre d'accord en chaque langue. Ceci dit, faut pas déconner, ni vous, ni moi n'avons franchement les moyens de pinailler sur des points de vocabulaire qui, s'ils changent tout au regard de la loi, nous sembleront au mieux des ergotages, donc pour les courageux qui veulent lire le Traité mais n'ont malgré tout pas que ça à foutre durant les 10 prochaines années de leur vie, ça me semble quand à moi conforme (sur les 15 premières pages) à la version publié au JO, avec toutes les réserves déjà exprimées quand à ma capacité à comparer les deux versions avec accuité.

Voilà ! Moi, clairement, je vais m'en tenir à cette version, parce que bon, comme je le disais, dans mon dernier post, j'ai franchement autre chose à faire. Et puis même, tiens, vu que tous les pays européens n'ont pas encore ratifié ce fameux traité, je vais même me donner le temps d'attendre un peu, voir si nos gentils députés peuvent pas actualiser leur copie. Et puis sinon, ben je me contenterais de ça et je serais sans doute un peu moins bien informée que je le devrais, mais ça ne sera certes ni la première, ni la dernière fois.
publié dans : Réflexions en vrac ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander communauté : La France et le Monde
Mardi 12 février 2008
Alors, comme nous sommes tout de même sur un blog privé, qui n'engage que ma petite personne, du coup, je me donne le droit, moi aussi, d'exprimer ce que je pense du Traité de Lisbonne par rapport à la constitution Européenne que nous avons rejeté, dans la mesure où il est bien acquis pour tout le monde que mon opinion n'est en aucun cas éclairée, que je ne suis pas juriste et que donc, je peux me planter dans les grandes largeurs (et aussi qu'on a le droit, du moment qu'on est poli, de ne pas être d'accord avec moi). Au final, ce que je veux dire en préambule est que ce post ne CONSTITUE PAS un résumé, une clarification ou tout autre élément de référence pour comprendre mieux le Traité de Lisbonne, mais seulement l'expression des premières réflexions que ce fameux traité m'inspire.

Qu'il soit très clair dès l'abord que je préférais la Constitution. Rien que parce que ça faisait un seul texte et que ça, c'est cool pour les citoyens. Plus le corpus légal de l'Europe est important, moins il est facile de le comprendre et de s'y référer pour en connaître les grandes lignes comme les droits de chaque citoyen.

Ensuite, le grand avantage d'une constitution à mes yeux, c'est que ça nous rapprochait à grands pas de ce que j'apelle de mes voeux, à savoir une Europe Fédérale, dans laquelle la souveraineté des nations est limitée aux questions relatives à son territoire. Et ce, pour tout un tas de raisons. Il me semble quand à moi que le pouvoir politique est actuellement tellement mis à mal par le pouvoir économique qu'il faut un grand groupe pour résister à la pression. Si l'on considère que les USA en forme un, la Chine un autre, l'Inde probablement un troisième, tant en terme de poids démographique qu'économique, il apparaît raisonnable de craindre qu'une Europe dispersée dont les membres ne présentent vis-à-vis les uns des autres que la loyauté nécessaire à s'assurer un marché commun est la porte ouverte au grand n'importe quoi. Sans compter (mais nous y reviendrons, en s'appuyant pour ce faire sur un dossier extrêmement intéressant et qui confirme ce que je crains depuis longtemps, sur la remise en cause de la laïcité en Europe), que nous (sic ! Je parle là de l'action fabuleuse et malheureusement perdue de députés européens courageux s'étant battu durant des mois) avions réussi à intégrer dans les fondements mêmes de la Constitution le principe de laïcité et éviter la mention d'une culture européenne basée sur le christianisme, garantissant ainsi la liberté de conscience et nous évitant bien des dérapages prévisibles quand à la politique extérieure de l'Europe par rapport au monde musulman. Enfin, bien évidemment, un hymne, un drapeau, une devise auraient fait beaucoup pour donner une réalité concrète (bien que symbolique) à cette entité supra-nationale qu'est l'Europe, qui reste pour beaucoup de nos concitoyens trop lointaine. Et ça, ce ne sont que les arguments généraux, parce qu'il y aurait beaucoup à dire sur les détails pertinents du texte, mais bon... Inutile de revenir sans cesse sur les pots cassés et passons donc à la suite.

Tout de même, une chose me désole concernant la Charte des Droits Fondamentaux. Elle était dans la Constitution intégrée et amendée et surtout, obligatoire pour tous les membres signataires. Or là, elle acquière certes une valeur contraignante pour les états membres, sauf, encore et toujours pour les irréductibles saxons (lol), à savoir le Royaume-Unis et la Pologne (dont je ne savais pas qu'elle s'y opposait, mais bon, on en apprend tous les jours.). Et là, on retombe sur le problème de toujours de l'Union européenne, qui est qu'elle s'effectue à plusieurs vitesses. Seuls certains membres de l'UE ont mis en place la monnaie commune, certains pays refusent de signer tel ou tel traité en invoquant des alliances et traités antérieurs, etc. Tant qu'on n'arrive pas à dire une fois pour toute qu'on accepte les règles d'une entité supra-nationale tous sur le même plan, on n'arrivera à rien. Mais je vois bien que je reviens encore et toujours à ma nostalgie quand à la Constitution qui, au moins, aurait obligé certains pays à clarifier leur position. Donc passons aux points positifs (et ils sont nombreux, malgré tout, quoique tous issus du projet de constitution, comme quoi, hein...).

Le premier point que je juge personnellement fabuleux est la possibilité d'un recours citoyen au parlement européen. Malheureusement, par rapport à sa version première, il est un peu plus limité, puisqu'il ne concerne que les lois sur l'application des traités mais le principe est le même : sur pétition d'un million de citoyens européens d'un nombre suffisant de pays (le même principe de représentation que pour le vote, en fait), le Parlement peut être saisi directement. Evidemment, ça paraît beaucoup, un million. Mais en même temps, ce n'est pas si énorme si l'on se réfère à notre population globale (27 pays, ça fait du monde) et puis c'est la première fois qu'on nous donne le droit direct d'intervenir. Et ça, ça s'apelle le progrès démocratique, mes amis.

Le deuxième point tout aussi important que la Constitution proposait et qui est heureusement repris, c'est la possibilité pour un état membre de sortir de l'UE. Or jusqu'à présent, quand t'avais signé un traité, t'étais coincé. Et si je pense qu'il est fondamental d'arriver à terme à une UE fédérale, il ne s'agit aucunement de contraindre quiconque à renoncer à sa souveraineté s'il ne le souhaite pas, au risque de guerres intestines dévastatrices. D'un autre côté, comme il va bien falloir déterminer qui est partant et qui ne l'est pas, il est nécessaire de laisser une porte de sortie, sans quoi on ne sort pas du schmilblik d'une europe à plusieurs niveaux d'intégration, ce qui est un énorme problème pour la stabilité de l'ensemble.

D'ailleurs, tout un tas de mesures visant à une plus grande stabilité de la politique européenne et à sa mise en application sont bienvenues : la clarification de la répartition des compétences entre les pays et l'UE, les simplifications des votes, la présidence plus longue et permanente (2 ans et demi au lieu de 6 mois), le regroupement des charges concernant la politique extérieure, la réduction du nombre de commissaires européens, la personnalité juridique de l'UE, etc. Même le renforcement du rôle des parlements des différents pays est une excellente chose au regard de la mise en oeuvre de la politique européenne, car cela devrait éviter les imbroglios que l'on a déjà vu quand est ratifié un traité incompatible avec la loi nationale (quoique je le rapelle, les accords supra-nationaux aient une valeur juridique théoriquement supérieure).

Concernant la Banque Européenne, il était effectivement temps, au vu de son importance économique vitale (puisqu'elle régule entre autres la valeur de l'euro) pour tous les adhérents à la monnaie unique, qu'elle devienne une institution européenne. Cela permet au moins que notre politique monétaire soit en accord (a priori) avec la volonté globale de l'UE.

Après, la collaboration judiciaire et policière me semble certes un bon principe, mais en l'état, ni plus, ni moins applicable qu'elle ne l'est déjà (c'est à dire qu'elle est déjà faite pour ce qui est possible et un casse-tête dans certains cas et que je ne crois pas que ça va changer vraiment), les bons mots sur le réchauffement climatique, j'attend de voir s'il en sort quoi que ce soit de contraignant, etc.

Au final, de ce que j'en ai compris, un assez grand nombre de points fondamentaux de la défunte constitution européenne ont été repris dans ce traité, mais malheureusement pas tous, ne serait-ce que parce qu'il était impossible qu'il en fut autrement, étant donné que tous les pays de l'UE n'ont pas souscrits aux traités modifiés par celui-ci. Il reste malgré tout à mon sens un progrès par rapport à la confusion dans laquelle nous avait laissé l'abandon du projet constitutionel et peut peut-être éviter à l'UE de subir le sort de beaucoup des grands idéaux supra-nationaux comme la Société des Nations et les Nations-Unis, dont on voit désormais le peu d'effet réel. Bien entendu, je ne parle pas là des accords économiques qui eux, fonctionnent assez bien depuis le départ mais ne représentent finalement qu'une première étape largement dépassée de ce que veut être l'UE. Quoi qu'il en soit, ce fameux traité est une étape de plus bienvenue, certes, mais non l'étape fondatrice d'une ère nouvelle qu'aurait pu être la Constitution. Ce sera, avec un peu de chance, pour dans quelques années, maintenant.
publié dans : Réflexions en vrac ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander communauté : La France et le Monde
Vendredi 15 février 2008

Alors que notre président "a le plaisir de persister et de signer" dans sa déclaration de foi à l'occasion du dîner au Crif, se foutant de la gueule de tout le monde quand on lui demande si exposer ses convictions sur la morale religieuse n'est pas une atteinte à la nécessaire neutralité d'un pays dont la laïcité est radicale en faisant mine de s'interroger sur la citoyenneté de seconde classe des religieux, il me semble qu'il est temps de revenir sur une petite définition de ce qu'est, en pratique, la laïcité.

Définition

Définir la laïcité est loin d'être aussi simple qu'on pourrait le croire, en fin de compte. A la base, être laïc signifie simplement ne pas être religieux, sans pour autant que cela implique de ne pas être croyant. Ainsi, la bonne du curé est une servante laïque de l'église, par exemple. Mais dans les institutions politiques, la laïcité signifie la séparation de l'église et de l'état. Dans nos vieux pays judéo-chrétien, ce n'est pas simple, aussi des lois ont été adoptés de manière à garantir cette séparation, avec plus ou moins de fermeté selon les pays. La France est l'un de ceux chez qui les lois sont les plus dures et les plus restrictives à l'encontre de l'expression d'une conviction religieuse par l'état ou ses représentants, tout en permettant tout un tas de contradictions d'apparence. Ainsi, la loi française garantie la liberté de culte, mais interdit à ses fonctionnaires de porter un insigne religieux dans l'exercice de leurs fonctions. De même, il est interdit de porter un insigne religieux à l'école, mais des écoles privées religieuses peuvent être subventionnées par l'état, à la condition que l'enseignement religieux n'y soit pas obligatoire.

Cet état de fait est dû principalement à l'un des fondements de la laïcité française (et, j'ose le dire, de la laïcité européenne, quelle que soit sa forme étatique) : le pouvoir politique a très longtemps et très souvent été remis en cause par l'influence de la religion catholique et la laïcité s'est essentiellement élevée contre la regilion catholique. Or, remettre à sa place une église qui jugeait normal de diriger le monde quand la plupart des acteurs de la vie politique étaient eux-mêmes catholiques n'a pas été simple. Il a donc fallu des règles claires et en même temps subtiles, permettant des compromis, telles que la distinction faite entre vie privé du citoyen X, membre respecté de sa paroisse et vie publique du fonctionnaire x, membre respecté de l'appareil d'état. Ce n'est pas idéal, dans la mesure où malgré tout, la religion catholique s'en sort mieux que d'autres à l'heure de la distribution de subventions pour une école, par exemple, ou quand l'aumonerie catholique est une association que l'on trouve dans quasiment tous les collèges et lycées de France quand on y voit rarement un atelier associatif d'étude de la Torah ou du Coran. Malgré tout, cela fonctionne à peu près. Et cela, on peut le voir à plusieurs éléments très simples :

1) exprimer en France l'idée qu'une religion est par essence supérieure à une autre est mal vu,
2) la vie privé de nos gouvernants n'est pas jugée à l'aune de la morale (pensons notamment à l'affaire Lewinsky aux USA et au finalement peu d'intérêt manifesté par les français pour la fille de Mitterand ou même le mariage de Sarkozy, ses divorces ou bien l'union libre de la candidate de gauche aux dernières élections présidentielles),
3) les prêtres se permettent assez peu d'ingérence dans la vie politique et seuls quelques radicaux de tous poils prêchent sur des sujets d'actualité.

Les contradictions Sarkozy

Là où la position du chef de l'état est étonnante, c'est qu'elle change les règles du jeu du tout au tout. Si les fonctionnaires n'ont pas le droit de porter un insigne religieux dans l'exercice de leurs fonctions, imaginez le président ! Il est logiquement absolument exclu qu'il puisse se positionner là-dessus. Qu'il soit catholique, grand bien lui fasse, mais qu'il le montre et s'exprime là-dessus en tant que président est un problème. Ceci dit, il a raison sur un point : le président n'est pas un fonctionnaire, il n'est pas assujetti à cette loi et n'a donc techniquement pas à la respecter tant qu'il ne privilégie pas une religion au détriment des autres, ce que pour l'instant, il n'a pas fait. Mais c'est un point technique, car il entre bien frontalement en contradiction avec l'esprit de la loi. Comment et pourquoi ?

La raison la plus évidente est que notre président a du mal à distinguer sa vie privé de sa vie publique. Il est le premier à afficher sa vie privée "sans tabou". Mitterand avait pris garde de cacher ses convictions comme sa fille, jusqu'à sa mort, quasiment. On a su après, et ce n'était pas plus mal. Non que les français eussent jugé mieux ou plus mal de leur président de l'époque : dans l'ensemble, ils s'en foutaient royalement. Simplement, Miterrand, à l'instar de De Gaulle, qu'il n'aimait pourtant pas, avait "une certaine idée de la France" et de la dignité de sa fonction. Il n'apparaissait pas en homme, mais en homme d'état. Moi qui n'aimait aucun des deux précités, je reste malgré tout d'accord pour dire que ça m'emmerde un peu qu'on parle plus du mariage de Sarko que de ses réalisations. Pourtant, on ne peut pas vraiment dire qu'il fasse tout pour qu'on en parle, d'ailleurs. C'est plus subtil que cela : il ne fait juste rien pour le cacher. Donc on en parle. Dès lors qu'il est loisible au président de ne pas cacher sa vie privée, il est relativement logique que ses convictions personelles aient droit de cité. Malheureusement, concernant la religion, ça rentre en contradiction flagrante avec la laïcité, à laquelle je suis plus attachée qu'à n'importe quel président de passage.

Ceci dit, n'y a-t-il pas quelque chose qui vous frappe dans la remise en cause de facto de la laïcité  par monsieur Sarkozy, notre président ? Non ? Nooon ? Vous êtes sûrs ? Il est catholique, rapellez-vous... Oui, c'est ça, c'est bien, vous, au fond, vous avez suivi le schmilblik. Ben oui, l'église catholique ne reconnait pas le divorce, dont monsieur Sarkozy est un habitué. Techniquement, la peine d'excomunication prononçable à l'encontre des divorcés n'est pas levée, d'ailleurs, même si elle n'est plus appliquée. Vous me direz, ce n'est qu'un des très nombreux catholiques à croire en dieu et en Jésus et tout le tremblement tout en expérimentant dans sa vie privée des déboires sentimentaux menant au divorce. Oui, mais bon... Dans ce cas précis, ça donne un tour savoureux à l'affaire. Car le distingo "vie privé, vie religieuse" est un acquis de lalaïcité. Et notre président brouille encore une fois les cartes. A nous de nous démerder maintenant avec sa vie privée, sa vie publique et sa vie religieuse et de faire la part des choses... Ben oui, mais techniquement, moi, je dis que c'est pas à nous de les faire, ces distinctions, mais à lui.

Quand il dit qu'il est catholique, pas de problème. Quand il divorce, aucun souci (sauf que... Ce faisant, il a violé une ou deux lois de la république pour pouvoir le faire, parce que je rapelle qu'en France, le divorce est un jugement et que le président n'a pas le droit de passer en jugement pendant la durée de son mandat. Mais bon, passons, et disons que ce n'est pas très grave. Mais il a fallu en débattre, tout de même. Cette histoire privée a occupé nos amis du conseil constitutionnel un certain temps, qu'ils eussent peu passer autrement et peut-être plus utilement pour les français). Quand il dit que la seconde guerre mondiale est dû à une absence navrante de sentiment religieux, danger. Il a le droit de le penser, le droit de le dire dans ses diners de famille mais pas le droit de le dire en discours.

De même, qu'il rende visite au pape, fort bien, c'est un chef d'état après tout. Qu'il assiste à la messe en tant que citoyen Sarkozy, qu'à cela ne tienne, on s'en fout. Qu'il s'y trouve des caméras en revanche, et c'est le président qui assiste à la messe, danger.

Je me rends compte que mon post est déjà long, moi qui voulais vous parler du fameux dossier du Courrier international sur la remise en cause de la laïcité en Europe. ça sera pour une autre fois. Mais vous verrez que les signes d'une recrudescence de l'influence de l'église catholique y sont patents, avec des curés prêchant le "vote moral" un peu partout... Et personnellement, ça me fait froid dans le dos.

publié dans : Réflexions en vrac ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander

Dates importantes

Planning d'occupation de notre chambre d'amis :

- Du 27 octobre au 4 novembre : Marie-Catherine & Xavier

Le forum

Le forum du blog melaumaroc :  c'est là.
Et , c'est le forum de la comunauté Autres Mondes.
Enfin, , c'est le forum des communautés Soif de Lire, SFFF et abc-cuisine.

Commentaires Récents

 
blogg sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus